LE DIRECT
Une partie du drapeau européen vu sur l'écran d'un Iphone

Guerres et démocraties

49 min
À retrouver dans l'émission

Ce soir comme chaque semaine deux essais sous les feux de la critique : "Le destin de l’Europe" d’Ivan Krastev (Premier Parallèle) et "Comment perdre une guerre : une théorie du contournement démocratique" d’Elie Baranets (CNRS éditions).

Une partie du drapeau européen vu sur l'écran d'un Iphone
Une partie du drapeau européen vu sur l'écran d'un Iphone Crédits : Jaap Arriens/NurPhoto - AFP

11 novembre oblige il sera question de la guerre et de la paix. Avec d’abord le court essai d’Ivan Krastev, Le Destin de l’Europe aux éditions Premier Parallèle. L’universitaire bulgare propose une analyse de la crise traversée par  l’Union à l’aune de la désintégration du bloc soviétique… sensation de déjà vue en perspective. Puis en seconde partie on évoquera le livre d’Elie Barnets, Comment perdre une guerre publiée par CNRS éditions… une théorie des relations internationales pour répondre à cette question : les démocraties bénéficient-elles, plus que tout autre régime, d’un avantage militaire décisif ?

En studio pour débattre, les guerriers de la critique, Eugénie Bastié du Figaro,  et Baptiste Touverey du magazine Books pour une toute première participation à l’émission. 

Ivan Krastev - Le destin de l’Europe : une sensation de déjà vu

On commence donc par ce court essai publié chez Premier Parallèle. 

Ivan Krastev, politologue bulgare a fondé et dirige le Center for Liberal Strategies à Sofia. Il est aussi membre de l'Institut des sciences humaines de Vienne en Autriche, où il réside. C’est donc un intellectuel très influent en Europe de l’Est et dans les pays anglo-saxons. Et voilà plusieurs années qu’il critique, analyse, les fractures qui traversent le projet européen : entre une élite méritocratique internationaliste et une solidarité locale populaire.

Dans ce nouvel ouvrage, il développe surtout l’idée d’une opposition entre « Nous » les européens et « Eux » les gens. Il revient sur une crise des migrants qui met à mal selon lui la promesse européenne… et révèle la possibilité d’une Europe qui se désintégrerait. Dans une interview récente à Isabelle Lassère, journaliste au Figaro, Ivan Krastev voyait même dans ce phénomène « le 11 Septembre de l'Union européenne »… tout comme les attentats sur le World Trade Center ont révélé à l’Amérique sa vulnérabilité, le phénomène migratoire révèle aux européens leurs fragilités. 

Européen convaincu, il appelle à une analyse réaliste et à cesser de fermer les yeux, contre une certaine vision de l’Union qui ne pourrait, par nature, pas revenir en arrière. C’est là que l’exemple du bloc soviétique, que l’auteur a vu s’effondrer, est importante : « il n’est pas rare que des sociétés se suicident, et même qu’elles le fassent avec un certain entrain » nous dit Krastev.

Deuxième temps de l’émission… en ce samedi 11 novembre où on fête l’armistice de la Première guerre mondiale, nous allons nous intéresser à un livre qui propose une étude minutieuse des rapports entre démocratie et guerre.

Sa pensée pour moi n’est pas très claire. IL constate que l’Europe est en crise ? Bon ! Il constate ensuite qu’il y a une montée des populismes ces dernières années. Et sa seule idée un peu originale (mais qui selon moi est fausse) c’est qu’au cœur de cette crise, il y a la crise migratoire. (Baptiste Touverey)

La thèse principale c’est de dire que la crise de l'Europe provoque cette sensation de déjà vu, d’une part puisqu’il fait une référence à l’empire des Habsbourg à l’issue de la seconde guerre mondiale et de l’autre à l’effondrement de l’URSS en 1989. En nous disant ça peut aller très-très vite. (Eugénie Bastié)

Elie Barnets - Comment perdre une guerre : une théorie du contournement démocratique

Cet ouvrage est publié aux édition du CNRS… il est signé par Elie Barnets qui est chercheur à l’Ecole Polytechnique et à L’Institut de recherche stratégique de l'École militaire. C’est un livre exigent, pour public averti comme on dit… mais un livre passionnant qui s’inscrit dans une longue tradition de réflexion en matière de Relations Internationales autour de cette question : est-ce que les démocraties sont mieux ou moins bien armées que les régimes autoritaires pour faire la guerre ? 

Longtemps, on a considéré que les régimes démocratiques étaient désavantagés, puis on a tout simplement estimé que la guerre et son chaos avaient leur règles propres qui ne rendaient par pertinente une réflexion en termes de régimes politique. Mais depuis la seconde moitié du XXe siècle, c’est une autre théorie qui domine : celle de la victoire démocratique. Selon ses défenseurs, dont Elie Barnets, « les démocraties libérales sont vouées à remporter les guerres qu’elles mènent ». 

Pour tester cette hypothèse, l’auteur mène un vrai travail de scientifique et se penche sur deux cas où elle a été contredite : la défaite des Etats-Unis au Vietnam et la défaite d’Israël au Liban en 1982. Il veut montrer que s’il y a eu défaite, c’est précisément parce que les valeurs et les principes démocratiques n’ont pas été respectés. C’est ce qu’il appelle le contournement dont il livre une analyse poussée.

J’ai été conquis, j’ai adoré, c’est une lecture austère […]. Ce qu’il propose c’est une théorie qui permet d’expliquer les défaites démocratiques alors qu’elles ne devraient pas à priori se produire. Ce qu’il explique c’est qu’une démocratie perd une guerre ce n’est pas à cause  de leur fonctionnement démocratique mais au contraire parce qu’elle cesse de fonctionner comme une démocratie. (Baptiste Touverey)

Pour moi la principale faille de ce livre c’est que finalement l’auteur évacue l’idée principale de ce champs et domaine de recherche c’est l’idée de la guerre juste pour parler juste de guerre démocratique. Et pour lui qu’est que la démocratie : c’est le consentement du public  à l’action du gouvernement. Et ça me paraît une définition assez limitée. (Eugénie Bastié)

L'instant critique

Eugénie Bastié vous recommande jusqu’au 11 novembre 2017 sur le parvis de Notre-Dame de Paris un spectacle son et lumière pour célébrer le centenaire de la première guerre mondiale, pour rendre hommage aux milliers de soldats alliés qui ont combattu et donné leur vie pour la liberté.  Vous pourrez assister gratuitement au spectacle baptisé « Dame de Cœur ».  C’est une création du metteur en scène Bruno Seillier. Deux séances samedi 11 novembre à 19h30 et 21h.

Baptiste Touverey propose une autre lecture : Le fleuve céleste de Guy Gavriel Kay, un livre de « fantaisy » paru chez Atalante

Intervenants
L'équipe
Production
Réalisation
Avec la collaboration de

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......