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Collection de 100 estampes représentant les différentes nations de l'Est gravées sur des peintures produites par M. de Ferriol, ambassadeur auprès du roi à la Porte (1714 - Collection privée)

Histoires de mondialisation

49 min
À retrouver dans l'émission

Comme chaque semaine deux essais sous les feux de la critique : le livre de Sanjay Subrahmanyam "L’inde sous les yeux de l’Europe" (Alma éditeur) et "La mondialisation des pauvres" d'Armelle Choplin et Olivier Pliez (Seuil).

Collection de 100 estampes représentant les différentes nations de l'Est gravées sur des peintures produites par M. de Ferriol, ambassadeur auprès du roi à la Porte (1714 - Collection privée)
Collection de 100 estampes représentant les différentes nations de l'Est gravées sur des peintures produites par M. de Ferriol, ambassadeur auprès du roi à la Porte (1714 - Collection privée) Crédits : Photo12 - AFP

Deux ouvrages qui nous parlent différemment de mondialisation. Dans L’Inde sous les yeux de l’Europe publié par Alma éditeur, traduit de l’anglais par Johanna Blayac, le grand historien Sanjay Subrahmanyam poursuit son entreprise au service de ce qu’il a appelé l’histoire connectée. Il propose une galerie de portraits d’européens qui se sont intéressés à l’Inde entre le XVIe et le XIXe siècle, pour interroger la notion de « rencontre » entre deux mondes. D’une mondialisation l’autre, nous évoquerons en seconde partie La Mondialisation des pauvres, par les géographes Armelle Choplin et Olivier Pliez publié au Seuil dans la collection La République des idées. Tentative de sortir d’un débat stérile, pour ou contre la mondialisation. 

Nous en débattrons avec Catherine Portevin de Philosophie Magazine et Julie Clarini du supplément Idées du Monde

Sanjay Subrahmanyam - L’inde sous les yeux de l’Europe : Mots, Peuples, Empires

Sanjay Subrahmanyam, historien d’origine indienne, est professeur d’histoire moderne à l’université de Californie à Los Angeles (UCLA), et est professeur invité permanent au Collège de France. Il est l’un des acteurs majeurs de ce qu’on appelle l’histoire connectée, qui vise à sortir la discipline d’une vision trop enfermée dans les cadres nationaux et souvent trop européo-centrée. Il s’agit de penser une histoire du monde à partir de lieux de rencontre, qui révèlent les échanges aussi bien que les frictions, les préjugés comme la circulation des idées. 

C’est encore ce que propose Sanjay Subramanyham … ce nouvel essai comme le précédent L'éléphant, le canon et le pinceau : Histoires connectées des cours d'Europe et d'Asie (Alma 2015), se penche sur la période qui va de l’arrivée des premiers portugais ayant franchi le Cap de Bonne Espérance à la fin du XVe siècle, à l’arrivée des britanniques marquant le début de la période coloniale au XIXe. 

L’auteur propose une démarche chronologique et une série de portraits qui lui permettent de dessiner l’évolution de l’Inde et l’émergence d’une série de topoïs, de thèmes récurents. Se dessine peu à peu une vision archétypale de l’Inde, malgré l’intérêt réel manifesté par les sources étudiées. Á la fascination semble succéder progressivement la méfiance et le mépris, annonciateurs de la colonisation. C’est aussi une réflexion sur comment se constitue le savoir européen sur l’Inde.

C’est un livre qui est parfois dense et pas toujours facile à lire mais il est toujours intéressant car il est l’application de cette idée que l’on peut travailler sur les représentations autrement qu’en déconstruisant totalement le discours occidental. (Julie Clarini)

Ce que je trouve très intéressant aussi c’est la période choisie, la période qui précède la prise de contrôle britannique qui se situe entre l’installation des Portugais (premier voyage de Vasco de Gama en 1498-1501) et 1800 avec l’installation de l’Empire britannique et le moment ou l’Empire mogol s’écroule. (Catherine Portevin)

Armelle Choplin et Olivier Pliez - La mondialisation des pauvres, loin de Wall Street et de Davos

Deuxième temps de l’émission, on passe de la mondialisation à l’époque Moderne à sa manifestation la plus contemporaine. Lorsqu’on étudie le phénomène, il est d’usage de signaler une forme de paradoxe : si le nombre de personnes sortant de la pauvreté ne cesse de croitre, les inégalités elles aussi sont sur une pente ascendante. Ce qui amène souvent à considérer que les pauvres sont exclus et même victimes de la mondialisation.

C’est précisément cette idée que les géographes Armelle Choplin et Olivier Pliez contredisent dans un court essai très stimulant, publié au Seuil dans la collection La République des Idées et intitulés La Mondialisation des pauvres, loin de Wall Street et de Davos. En effet, il est bien plus question de Salloum en Egypte, Yiwu en Chine ou encore du Souk d’El Eulma en Algérie… autant de lieux révélateurs de ce commerce transnational qu’analyse les auteurs. 

À l’abri des regards, derrière les grands succès de la mondialisation, se tissent depuis trente ans un ensemble de routes commerciales qui relient la Chine à l’Afrique en passant évidemment par l’Inde. Dans ces espaces marginaux, les pauvres du monde commercent et inventent des pratiques globales qui bouleversent l’économie.

En multipliant les échelles, du plus locale au plus globale mais aussi en diversifiant les analyses, sur les lieux de rencontre et de passage du flux des marchandises, Armelle Choplin et Olivier Pliez montrent comment ceux qu’on appelle les pauvres – catégorie bien trop générale – participent aussi à la mondialisation.

On est dans une mondialisation avec la calculette dans la poche, on ne se pose pas la question  des cultures, on parle anglais un peu arabe dans les quartiers chinois. La question principale ce n’est pas la découverte mais comment s’en sortir. (Catherine Portevin)

Je ferais un petit reproche à ce  livre avec cette idée développée de la mondialisation des pauvres, les auteurs parlent plutôt de la mondialisation vue de l’hémisphère sud et cette mondialisation à ses gagnants et ses perdants. Cette vue spatiale offerte par deux géographes a tendance à écraser les inégalités intrinsèques. (Julie Clarini)

L'instant critique

Julie Clarini nous emmène aux Ateliers Berthier (Odéon - Théâtre de l'Europe) pour la pièce de Racine "Bérénice" dans une mise en scène de Célie Pauthe et Catherine Portevin nous propose une exposition qui se déroule actuellement  au Musée Guimet "Le Monde vu d’Asie - Au fil des cartes " et que vous pourrez voir jusqu'au 10 septembre prochain. Elle vous recommande aussi le catalogue dirigé par Fabrice Argounès et Pierre Singaravélou paru en coédition Seuil / MNAAG.

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