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Statues de Marianne

Immigration, l’impossible débat

49 min
À retrouver dans l'émission

Ce soir comme chaque semaine deux essais sous les feux de la critique, deux livres d’intervention qui occupent chacun une extrémité du spectre de la réflexion sur un sujet très débattu et dont on n’a pas fini de parler : l’immigration en France et ses corolaires l’intégration et l’identité.

Statues de Marianne
Statues de Marianne Crédits : Rémy Gabalda - AFP

A ma gauche le post-colonial Marianne et le garçon noir publié chez Pauvert sous la direction de Léonora Miano… à ma droite le néo-réactionnaire La France au Miroir de l’immigration de Stéphane Perrier publié dans la collection le Débat de Gallimard.

Et en studio pour débattre Cécile Daumas, rédactrice en chef adjointe, service Idées de Libération et Alexis Lacroix directeur délégué de la rédaction de l’Express.

Alors, je le disais, nous allons parler ce soir de deux livres d’intervention, c’est-à-dire des essais qui n’ont pas un objectif ni une méthodologie scientifique… ils ne s’appuient pas sur une recherche inédite mais mobilisent, l’un comme l’autre, des concepts et des connaissances tirés des sciences sociales. Leur publication ce mois-c,i à quelques jours d’intervalle, a toutefois attiré notre attention tant ils incarnent l’état du débat sur l’immigration : un débat où chacun des partis se dispute le droit exclusif de dire ce qu’est le réel, renvoyant l’autre camp à l’idéologie.

On pourrait parler conjointement de ces deux livres qui se répondent sur de nombreux points, mais pour pourvoir vraiment les décortiquer, les replacer chacun dans leur contexte nous allons conserver l’organisation en deux temps.

Léonora Miano : Marianne et le garçon noir

Nous parlerons d’abord du livre dirigé par Léonora Miano… un ouvrage collectif je l’ai dit qui entend interroger la masculinité des Noirs en France. L’écrivaine franco- camerounaise donne la parole à ces garçons dont le corps est selon elle un enjeu spécifique de la domination blanche… leur virilité impossible à trouver dans un cadre post-colonial… et leur expérience « commune » face à la violence d’une République Française qui entretien malgré ses discours un racisme systémique.

C’est en tout cas l’analyse qu’elle fait en introduction en partant de l’affaire Théo Luhaka et de son viol présumé par un policier avec une matraque, l’affaire n’a pas encore été jugée. Une atteinte à la dignité héritée de la traite des esclaves et de la période coloniale selon la théoricienne de « l’afropéanisme »…

Les différents textes mobilisent expérience personnelle mais aussi référence à l’histoire des Etats-Unis, à l’analyse post-coloniale… ils nous emmènent sur les sentiers du panafricanisme, d’une société racialisée… posent les questions très actuelles de la non mixité et de l’impossibilité pour les Blancs de penser, de rendre compte de ce qu’ils n’ont pas vécu.

Cette parole- là est inédite. C’est la première fois qu’il y a un livre qui récolte ces paroles. Ce sont des témoignages durs, violents […]moi ce qui m’a frappé c’est cette violence vraiment vécue très corporellement par ces jeunes noirs. (Cécile Daumas)

La démarche de Léonora Miano est salutaire […] le bémol que j’introduis, et il est à mon avis d’importance si l’on veut avoir sur ces questions-là une discussion honnête, c’est-à-dire une discussion qui échappe à la double tenaille idéologique de la droite dure identitaire et de la gauche multiculturaliste regardant en fait secrètement vers les indigènes de la République, c’est que la police républicaine, en France, c’est pas du chiqué, la police elle défend l’ordre républicain et s'il y a parmi elle des brebis galeuses qui commettent des infractions et des délits, ce n’est évidemment pas la majorité des policiers. Hors dans ce livre de témoignages qui me bouleversent, […] je ne peux pas être d’accord avec cette essentialisation de la police républicaine. (Alexis Lacroix)

Deuxième temps de l’émission, on reste dans le thème de l’immigration mais on bascule complètement à l’opposé théorique.

Stéphane Perrier : La France au miroir de l’immigration

La France au miroir de l’immigration est un premier livre de Stéphane Perrier, dont on ne sait pas grand-chose si ce n’est que c’est un jeune cadre dans l'industrie de trente-quatre ans. Son livre est publié dans la collection « Le Débat » de Gallimard, collection dirigée par Marcel Gauchet. Il a reçu les honneurs des bonnes feuilles du Figaro et un article plutôt élogieux dans le Point. C’est un essai d’intervention qui ne s’embarrasse pas de rigueur scientifique… même s’il en revêt parfois le vernis.

Son objet : expliquer la crise interne à la nation française, son malaise, son identité malheureuse par des politiques migratoires désastreuses qui se sont succédées sans jamais changer de François Mitterrand à Nicolas Sarkozy…

Un livre à thèse donc… ce qui en soit n’est pas un problème sauf que l’auteur se revendique continuellement de la rationalité, de l’esprit critique contre le dogmatisme de ceux qu’il appelle les « immigrationnistes ». Il prétend mobiliser les outils de la démographie, l’analyse politique et sociologique…

Au service d’un propos qu’on a parfois du mal à cerner tant Stéphane Perrier use d’une figure de rhétorique bien utile quand on veut dire quelque chose sans avoir l’air de le dire : la prétérition. Il ne s’agit donc jamais de dire que l’immigration est la cause de tous nos maux, ni que les immigrés d’Afrique du Nord ou subsaharienne ne peuvent pas s’intégrer, ni de reprocher aux parents de transmettre leur culture d’origine ni même de dire que l’Islam empêcherait de devenir français… Et pourtant toute ces idées se retrouvent dans cet essai.

J’ai lu ce livre intéressant, plutôt bien écrit comme une théorie des symptômes, ces symptômes sont différents mais ils participent tous à mon avis de la construction d’une nébuleuse idéologique qui probablement inspire indirectement des figures montantes de la droite française, on pense notamment à Laurent Wauquiez. (Alexis Lacroix)

Moi je suis extrêmement surprise, voire décontenancée par ce livre et en fait dès l’introduction, dès la première page, dès la première ligne, c’est incroyable ce livre nous dit « non, non je ne vais pas parler d’immigration, ne vous inquiétez pas... »et il passe exactement 288 pages à ne parler que de ça… C’est une vision totalement catastrophiste de l’immigration où on a un sentiment d’invasion du début jusqu’à la fin. (Cécile Daumas)

Bibliographie

Intervenants
  • rédactrice en chef adjointe, service Idées de Libération et présidente du Laboratoire de l'égalité
  • Journaliste et essayiste
L'équipe
Production
Réalisation
Avec la collaboration de
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