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La France telle qu’elle est de Laurent Mucchielli /Le Triangle et l’Hexagone de Maboula Soumahoro

49 min
À retrouver dans l'émission

Ce soir comme semaine, deux essais sous les feux de la critique : "Le Triangle et l’Hexagone : Réflexions sur une identité noire" de Maboula Soumahoro, La Découverte et "La France telle qu’elle est : pour en finir avec la complainte nationaliste" de Laurent Mucchielli, Fayard.

Crédits : Don Farrall - Getty

Deux livres qui interrogent la notion d’identité française, et partagent un point de vue… la France est un pays d’immigration qui ne s’assume pas, et de ce fait exclue une partie de sa population.  Dans La France telle qu’elle est, publié chez Fayard, Laurent Mucchielli se propose de répondre au discours ambiant de défiance et même de rejet des immigrés et des musulmans. Le sociologue parle d’une « nouvelle pensée nationaliste à la mode », à laquelle il entend opposer la vérité des chiffres et des faits. C’est aussi cette pensée et sa diffusion qu’interroge Maboula Soumahoro, en partant d’une réflexion autobiographique, dans Le Triangle et l’Hexagone publié à La Découverte. Cette spécialiste des études africaines-américaine et de la diaspora noire/africaine propose une conversation entre la petite et la grande histoire pour réfléchir à ce que peut être l’identité d’une femme noire en France au XXIe siècle.

Laurent Mucchielli - La France telle qu’elle est : pour en finir avec la complainte nationaliste

Je vous propose de commencer par le livre de Laurent Mucchielli, La France telle qu’elle est. Pour en finir avec la complainte nationaliste, publié chez Fayard, dans la collection « Raison de plus ». Laurent Mucchielli est sociologue, directeur de recherche au CNRS, au sein du Laboratoire Méditerranéen de Sociologie, il enseigne à l’Université Aix-Marseille en Sociologie et Droit pénal et en sciences criminelles. Il est d’ailleurs plutôt connu pour ses travaux sur les questions de sécurité, il a par exemple créé en 2011 un Observatoire de la délinquance dans la région Provence-Alpes-Côte d’Azur. Il a récemment publié chez Armand Colin une Sociologie de la délinquance et Vous êtes filmés. Enquête sur la vidéosurveillance.

Ce dernier essai sort donc un peu de cette spécialité, même si on le verra qu'il y est aussi question de la délinquance, La France telle qu’elle est part en effet d’un étonnement face à ce que Mucchielli appelle la « passion française pour le foulard islamique ». Comment cette question apparemment simple et relevant de la liberté individuelle et de la privée est-elle devenue une affaire publique nationale, et pourquoi seulement en France ? C’est un point de départ qui l’amène plus largement à se pencher sur les questions liées à l’immigration, à l’islamophobie – termes dont il revendique la pertinence et qu’il justifie – à la montée d’un discours mythologique à la fois sur la nation et sur la laïcité. 

C’est un essai engagé, contre ce que le sociologue estime être la montée d’un discours nationaliste raciste, et qui fait le pari de recourir systématiquement aux résultats des recherches de sciences sociales menées ces dernières années. En cela, c’est un livre qui apporte moins des connaissances nouvelles qu’il ne propose une synthèse. Le propos est combatif : à trop s’éloigner, sur la question de l’immigration au sens large, des données connues, on valide indirectement un discours national-populiste qui a le vent en poupe, et qui se trouve de plus en plus légitimé par certaines positions qualifiées d’islamophobes des tenants honnêtes d’un discours sur la laïcité ou le féminisme.

Je suis assez étonnée de l'étonnement de Laurent Mucchielli concernant la place du voile, c'est un étonnement auquel on est maintenant habitué. Là où je trouve ce livre salutaire, c'est que faire des recherches sur Internet, rassembler tout un ensemble de livres, ça suppose du temps et il l'a fait. Alors effectivement, la question se pose toujours de savoir à qui on s'adresse. J'imagine bien pas Eric Zemmour, pas à la « fachosphère » forcément. Mais néanmoins, je me dis il peut s'adresser à moi, par exemple, à savoir me donner des chiffres que je n'ai pas forcément sous la main, faire un travail de recherche, de recension, de recoupement d'informations que je n'ai pas fait. (Géraldine Mosna-Savoye)

Laurent Mucchielli montre qu’au nom de la défense d'une certaine idée de la laïcité, mais souvent trompeuse, d'une certaine idée de la République, mais souvent rigide, le discours de la complainte nationaliste touche des gens dont on aurait pensé que, a priori, ils  étaient préservés car eux-mêmes ne se sentent pas racistes, ne sont pas racistes au sens individuel du terme, et finalement épousent des cadres de pensée qui en viennent à produire des effets structurels de nature raciste, c'est-à- dire désigner des populations -et notamment les Arabes musulmans-, comme les principales fauteurs de troubles de la société française. (Joseph Confavreux)

Maboula Soumahoro - Le Triangle et l’Hexagone : Réflexions sur une identité noire

Deuxième temps de l’émission, je vous propose de nous pencher maintenant sur l’essai de Maboula Soumahoro Le Triangle et l’hexagone. Réflexion sur une identité noire, publié à La Découverte. Maboula Soumahoro est Maîtresse de conférence à l'université de Tours en langues et littératures anglaises et anglo-saxonnes… ses travaux portent sur les études africaines-américaines et de la diaspora noire/africaine. Elle préside aussi l’association Black History Month, dédiée à la célébration de l’histoire et des cultures noires.

« Fille de l’Hexagone et de l’Atlantique, mon ascendance, mes origines, mes trajectoires et ma propre histoire m’inscrivent dans l’immensité culturelle, politique et intellectuelle de l’Atlantique noir, un espace géographique profondément façonné par l’Histoire. » Ce sont les premières lignes de cet essai qui annoncent sa dimension autobiographique, l’autrice revient sur son parcours personnel et universitaire, ses pérégrinations transatlantiques entre la Côte d’Ivoire, la France et les États-Unis. Pour une expérience qui est aussi une réflexion sur des sujets polémiques aujourd’hui : l’identité, l’intersectionnalité, le racisme, l’indigénisme. 

Écrit à la première personne, contre les conventions universitaires, il s’agit de raconter un parcours qui révèle aussi bien la difficulté à construire cette identité, qu’à faire advenir les Black studies…les études noires en France. Cette réflexion sur l’inscription des êtres, des corps des femmes et des hommes noirs dans une histoire particulière ne peut être menée selon Maboula Soumahoro qu’à partir d’une histoire personnelle.

Maboula Soumahoro a-t-elle voulu être juste du côté de l'anecdote ? Ça, c'est un peu la limite.  Non, on voit bien qu'il y a quelque chose qui, en creux, se dessine très fort : c'est le rapport à l'autre. Que dit l'autre du je que je suis ? Et est-ce que je ne suis qu'un je ? Dois-je  m'en tenir à cette seule réalité. On voit bien que c'est ce hiatus là, cette tension là,  sont présents dans cet ouvrage.  (Géraldine Mosna-Savoye)

C'est un livre sérieux qui a même des moments assez drôles quand Maboula Soumahoro raconte que pendant tout un moment, elle était comparée à Rama Yade. Puis, dix ans après, elle est devenue Sibeth Ndiaye. C'est un livre qui ne s'interdit pas l'ironie et la légèreté. On est sur des questions très personnelles, très dures parfois, et des questions très politiques. Mais il y a un ton qui parfois tombe très juste. (Joseph Confavreux)

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Oxmo Puccino offre le clip et les droits de "Tendrement" à la Maison des femmes.

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L'instant critique

Nos critiques ont choisi une revue et un livre. Joseph Confavreux avec son goût prononcé pour les revues nous engage à parcourir le dernier numéro "L'Inde colossale et capitale"de la Revue Critique (n°872/873) vers  une Inde qui par son poids démographique, son développement économique et sa situation géostratégique est capitale. Géraldine Mosna-Savoye évoque des objets a priori insignifiants – tubes, boîtes, bouteilles, sachets, flacons, pots, capsules ... à travers sa lecture du livre  de Philippe Garnier paru aux éditions Premier Parallèle : Mélancolie du pot de yaourt. Méditations sur les emballages. Après cette lecture vous ne regarderez plus jamais  les traces de la surconsommation avec indifférence.

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