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Le général Toussaint Louverture (XIXe siècle)

La radicalité en question

49 min
À retrouver dans l'émission

Cette semaine comme chaque semaine deux essais sous les feux de la critique : "La Tentation radicale", d'Anne Muxel et Olivier Galland, PUF et "Histoire des révoltes panafricaines", de C.L.R James, éditions Amsterdam.

Le général Toussaint Louverture (XIXe siècle)
Le général Toussaint Louverture (XIXe siècle) Crédits : Wikimédia Commons

On va bien sûr parler de l’essai qui a fait débat cette semaine, La Tentation Radicale : Enquête auprès des jeunes, dirigé par Olivier Galland et Anne Muxel et publiée aux Presses universitaires de France. Pour une approche quantitative qui conclut à un « effet islam » spécifique en matière de radicalisation. Puis en seconde partie, on va remonter dans le temps à l’occasion de la traduction d’un texte inédit de 1939, Histoire des révoltes panafricaines, paru aux Éditions Amsterdam. L’auteur, C.L.R James, est un des penseurs les plus importants, mais méconnu en France, de la question noire… un livre qui reste d’une brûlante actualité. 

Anne Muxel et Olivier Galland - La Tentation radicale : enquête auprès des jeunes

Anne Muxel et Olivier Galland, sociologues, sont tous les deux chercheurs aux CNRS, spécialistes de la jeunesse.

C’est un travail qui a profité de l’appel à projet lancé, on s’en souvient, par le président du CNRS Alain Fuchs à la suite des attentats de 2015 sur, je cite, « tous les sujets pouvant relever des questions posées à nos sociétés par les attentats et leurs conséquences ». Dans leur introduction, Anne  Muxel et Olivier Galland exposent leur projet : réaliser la première enquête de grande ampleur sur les jeunes et la radicalité. Pour ça ils mettent en place une méthode quantitative en sélectionnant un panel de quelques 7000 lycéens dans les régions de Lille, Paris, Dijon et Marseille… ils soumettent à tous les lycéens un questionnaire puis les rencontrent individuellement ou par petit groupe pour une approche plus qualitative. 

Partant du principe que les phénomènes de radicalisation se trouvent plus volontiers dans les classes populaires et chez les jeunes musulmans, leur panel est ouvertement et volontairement surreprésenté dans cette catégorie de la population. Un sondage mené auprès d’un échantillon témoin, plus représentatif, doit venir apporter un élément de comparaison. Les questions portent sur les valeurs, la politique, la religion, l’attachement à la nation ou encore le rapport à la science, à l’éducation ou aux théories du complot.

Voilà résumé la méthodologie, nous allons  y revenir tout de suite car elle fait débat. Mais pour être complet il faut tout de même dire quel est le résultat mis en avant par Anne Muxel et Olivier Galland : l’existence aujourd’hui de ce qu’ils ont appelé un « effet islam », une sensibilité plus grande des jeunes musulmans aux idées radicales et absolutistes.

Deuxième temps de l’émission on change d’époque et de sujet… mais pas complètement de thème car il est aussi question de radicalité.

Les trois grands enseignements de l’enquête : il y aurait une partie minoritaire mais conséquente des lycéens qui serait sensible aux thèses radicales quelle qu’elles soient (parmi les lycéens rencontrés et questionnés donc pas représentatifs au niveau national). Chiffres chocs : 1/3 ne se sont pas sentis concerné par la minute de silence en hommage aux victimes de Charlie Hebdo - 7/10 pensent que les médias n’ont pas dit toute la vérité sur le sujet et il existerait une radicalité spécifiquement musulmane : les musulmans seraient particulièrement traditionalistes. (Sonya Faure)

 C’est un livre qu’il faut prendre au sérieux même si c’est pour sérieusement en démonter les soubassements politiques et certains biais idéologiques.(Joseph Confavreux)

C.L.R James - Histoire des révoltes panafricaines

C’est un livre qui paraît aux éditions Amsterdam, déjà sorti il y a pile 80 ans, en 1938… Il a été repris en 1969 avec un nouvel épilogue. Il fallait en effet prendre en compte les indépendances africaines et le mouvement civique aux États-Unis… notamment le rôle joué par Martin Luther King assassiné en avril 1968. On en a beaucoup parlé sur France Culture à l’occasion d’une journée spéciale jeudi dernier. Je dis qu’il fallait rajouter ces épisodes à l’analyse que produit C. L. R. James, car il s’emploie à rompre avec la thèse dominante à son époque, et qui reste aujourd’hui influente dans les esprits, selon laquelle les populations noires ont subi passivement l’exploitation dont ils ont été victimes. 

Quelques mots sur C.L.R. James, peut connu en France mais très important dans l’émergence d’une pensée panafricaine. Il est né à Trinidad au tournant du XXe siècle et se considère lui-même comme un véritable intellectuel britannique. Militant marxiste, James est proche de leader comme Jomo Kenyatta qui deviendra premier président du Kenya, de Julius Nyerere qui dirigera la Tanzanie mais aussi de figures comme Marcus Garvey, pour qui il n’a pas que des mots tendres… Tout son travail est d’ailleurs tourné vers cette articulation entre le rôle des masses et celle des dirigeants.

Histoire des révoltes panafricaines paraît la même année qu’un autre ouvrage, plus connu, intitulé Les Jacobins Noirs dans lequel James revenait sur la figure de Toussaint Louverture et sur Saint Domingue pendant la Révolution Française. On a là plutôt une sorte de panel à travers les continents et les époques… pour constituer les opprimés en sujets historiques.

Il y a une admiration pour les grands hommes […] Il y a la volonté d’écrire une histoire édifiante qui soit une histoire qui donne encore les forces morales, des exemples pour les Noirs de 1938 (quand il écrit la première version) et ceux de 69 (quand il le réédite) afin de se battre à nouveau par la connaissance de leur histoire. (Sonya Faure)

On sent la formation à la fois marxiste, intellectuelle très puissante de James, mais  parfois un peu théorique du livre. (Joseph Confavreux)

L'instant critique 

Sonya Faure nous propose une bande dessinée "Alt-life"parue aux éditions du Lombard , avec un scénario de Thomas Cadène, le dessin de Joseph Falzon, les couleurs de Marie Galopin. L'histoire : Josiane et René vivent à moitié dans le réel, à moitié dans le virtuel. Fuyant un monde à l'agonie, ils se portent volontaires pour la plus définitive des expériences : être les pionniers d'un nouveau monde, 100% virtuel, sans retour possible. Joseph Confavreux nous entraîne lui au cinéma pour un documentaire de Dominique Marchais "Nul homme n'est une île". Une histoire en Europe des nouvelles révoltes, une vision qui milite pour une nouvelle façon de penser.

Intervenants
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