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Centre de distribution d'Amazon.com Inc. doté de robots d'entrepôts automatisés dans la banlieue de Seattle, dans l'État de Washington (21 septembre 2018).

L’avenir de l’économie collaborative

49 min
À retrouver dans l'émission

Ce soir comme chaque semaine deux essais sous les feux de la critique : "Capitalisme de plateforme", publié chez Lux par l’essayiste canadien Nick Srnicek et "L’impasse collaborative : pour une véritable économie de la coopération" d'Eloi Laurent paru aux éditions Les Liens qui Libèrent.

Centre de distribution d'Amazon.com Inc. doté de robots d'entrepôts automatisés dans la banlieue de Seattle, dans l'État de Washington (21 septembre 2018).
Centre de distribution d'Amazon.com Inc. doté de robots d'entrepôts automatisés dans la banlieue de Seattle, dans l'État de Washington (21 septembre 2018). Crédits : Kyodo News - Getty

Deux livres qui se penchent chacun à leur façon sur l’économie collaborative. Dans Capitalisme de plateforme, publié chez Lux, l’essayiste canadien Nick Srnicek fait le point sur ce que l’économie numérique fait à l’économie mondiale en général. La tendance hégémonique, et même monopolistique, des entreprises comme Google, Facebook, Amazon ou Uber modifie en profondeur le capitalisme en imposant petit à petit le modèle de la plateforme. En se livrant à la fois à un exercice de définition et d’analyse, Nick Srnicek – chantre de l’accélérationnisme – dessine les enjeux de demain. C’est aussi l’objectif de l’essai publié par l’économiste Eloi Laurent aux éditions Les Liens qui libèrent : L’impasse collaborative. Le postulat est simple, alors que nous vivons le règne de la collaboration, la coopération elle n’a jamais été aussi faible. C’est en opposant ces deux notions que l’auteur décortique les enjeux économiques bien sûr, mais aussi en matière d’écologie, de social, de fiscalité et de politique. Pour reconquérir les imaginaires et reconstruire les institutions de la coopération.

Nick Srnicek - Capitalisme de plateforme : l’hégémonie de l’économie numérique

Je vous propose de commencer par le livre de Nick Srnicek, Capitalisme de plateforme : l’hégémonie de l’économie numérique publié chez Lux dans une traduction de Philippe Blouin. L’auteur est canadien, spécialiste de l’économie numérique qu’il enseigne au King’s College de Londres. Il avait fait parler de lui en 2013, lorsqu’il avait publié avec Alex Williams comme lui doctorant de la London School of economics un manifeste Accélérationniste qui a suscité un débat mondial. L’accélérationnisme, c’est tenter de sortir la gauche de son marasme actuel en proposant l’idée selon laquelle résister à l’accélération de notre temps ne sert à rien, la gauche devrait au contraire embrasser le mouvement, voire l'accentuer.

Le livre qui nous intéresse ce soir peut d’une certaine façon faire office de manuel pratique de premier niveau à l’usage de l’apprenti accélérationniste. Il s’agit en effet pour Nick Srnicek de montrer qu’il est inutile de lutter contre l’extension du modèle de la plateforme – on reviendra dessus dans un instant pour le définir – il est donc inutile de s’opposer à ce qu’on appelle aujourd’hui l’ubérisation, il faut détourner les technologies qui transforment en profondeur l’économie, le travail et la société au profit de plateformes publiques, postcapitalistes et démocratiques.

C’est la conclusion de cet essai, malheureusement traitée trop rapidement, car l’auteur fait avant tout un travail de définition et d’analyse pour ancrer les évolutions récentes dans l’histoire longue de l’économie.

Le point le plus important de cet ouvrage c'est qu'il remet bien en perspective l'économie numérique avec ses fameuses plateformes (Amazon, Google...)que nous connaissons tous dans la forme d'aujourd'hui avec le mode de production capitaliste (...) qui est de faire pression à la baisse sur les coûts de production. (Laurent Etre)

L'idée forte, on est dans le prolongement de l'histoire du capitalisme. Le capitalisme du XXIe siècle se recentre sur l'extraction et la mobilisation d'une nouvelle matière première qui s'appelle les données et comme le pétrole au siècle dernier, le pétrole était également une matière première qu'il fallait savoir extraire, raffiner et utiliser d'une manière différente. Les données sont le pétrole d'aujourd'hui. (Jean-Marie Durand)

Eloi Laurent - L’impasse collaborative : pour une véritable économie de la coopération

Deuxième temps de l’émission, je vous propose de nous pencher maintenant sur le livre d’Eloi Laurent, L’impasse collaborative : pour une véritable économie de la coopération aux éditions Les Liens qui Libèrent. L’auteur est économiste, il enseigne la social-écologie et l’économie écologique à l’école de management et d’innovation de Sciences Po Paris et à l’université de Stanford aux États-Unis. Il faut noter dans le contexte politique et intellectuel actuel qu’il est l’un des premiers en France à avoir alerté sur les liens entre crise écologique et crise sociale, montrant par ses travaux comment les plus pauvres étaient aussi les premiers touchés par la dégradation de l’environnement.

L’idée qu’il développe dans le livre qui nous intéresse ce soir est à la fois simple et forte : notre époque est marquée par un paradoxe, nous vivons simultanément le règne de la collaboration et le recul de la coopération. Pour le dire autrement, quand la collaboration met en avant l’utilité et l’efficacité, exige un sacrifice contre un bénéfice individuel, la coopération s’appuie sur le commun et la poursuite d’une intelligence collective. Eloi Laurent résume cela d’une formule : on collabore pour faire, on coopère pour savoir.

Ce qu’il veut montrer, c’est que la collaboration porte les sociétés au conservatisme quand la coopération est naturellement innovante. Or les enjeux qui se posent aujourd’hui à nous, notamment les enjeux écologiques, exigent pour y répondre de se tourner résolument vers l’innovation sociale. Après une brève histoire de la coopération humaine comme entrée en matière, l’auteur fait trois propositions pour reconquérir les imaginaires et reconstruire les institutions de coopération : sortir de la mythologie de la croissance, renforcer la coopération sociale et fiscale en Europe, décélérer la transition numérique pour accélérer la transition écologique. 

Sur cette distinction entre coopération et collaboration, je reste un peu sur ma faim. D’abord parce que les exemples qui sont donnés du lien entre coopération et savoir, parce qu’il nous dit que l’enjeu de la coopération c’est le savoir et les connaissances (…), ne sont pas dans le domaine du savoir. Il évoque les travaux d’Elinor Ostrom, (…) qui sont convoqués pour illustrer notre capacité à coopérer, mais non pas pour savoir, (…) pour la préservation de ressources naturelles. Quand il parle des comportements non coopératifs (…), il fait référence à l’évasion fiscale, et l’on n’est donc pas tout à fait dans le domaine du savoir non plus. (Laurent Etre)

Il essaie de mettre au jour de manière concrète ce que lui estime être cette crise de la coopération, en s’attachant à trois symptômes (…) : l’épidémie de la solitude, (…) qui est aujourd’hui je pense assez précise et documentée ; les nouveaux passagers clandestins (…), les plus riches par rapport à la fiscalité notamment ; et la guerre contre le temps, cette tension entre l’accélération du présent et l’obscurcissement du futur, que je trouve plus difficile à saisir. (Jean-Marie Durand)

Le chois musical du jour : "Novocaïne for the soul" d'Eels (Album Beautiful freak)

L'instant critique

Nous parlerons d'un article paru dans la revue Sensiblités (éditions Anamosa) sur « Le "neuro" à toutes les sauces » par Fernando Vidal, qui est historien à l'Institution catalane de Recherche et d’études avancées (ICREA).  (p.60)

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