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Répétition générale de la pièce de Molière "Trissotin ou Les Femmes Savantes "réalisée par Macha Makeieff : Marie-Armelle Deguy , Maud Wyler , Geoffroy Rondeau, et Thomas Morris.

Le Français est à nous de M. Candéa et L. Véron / Nous sommes tous des femmes savantes de L. Naccache

49 min
À retrouver dans l'émission

Ce soir comme chaque semaine deux essais sous les feux de la critique : "Le Français est à nous : petit manuel d’émancipation linguistique !", de Maria Candéa et Laélia Véron aux éditions La Découverte et "Nous sommes tous des femmes savantes" de Lionel Naccache aux éditions Odile Jacob.

Répétition générale de la pièce de Molière "Trissotin ou Les Femmes Savantes "réalisée par Macha Makeieff : Marie-Armelle Deguy , Maud Wyler , Geoffroy Rondeau, et Thomas Morris.
Répétition générale de la pièce de Molière "Trissotin ou Les Femmes Savantes "réalisée par Macha Makeieff : Marie-Armelle Deguy , Maud Wyler , Geoffroy Rondeau, et Thomas Morris. Crédits : ROMAIN LAFABREGUE - AFP

Deux livres qui vous feront voir Molière différemment.  Que signifie parler la langue de Molière ? C’est l’une des nombreuses questions auxquelles s’attaquent les linguistes Maria Candéa et Laélia Véron dans ce « petit manuel d’émancipation linguistique » elles se penchent avec érudition et humour sur les périls supposés qui guetteraient la langue française. Baisse du niveau de français à l’école ou dans les médias, querelle du passé simple et de l’accent circonflexe, écriture inclusive… tous ces débats sont abordés et révèlent les liens subtiles entre langue, politique et société. Il est aussi question de Molière, évidemment, dans le dernier livre de Lionel Naccache, Nous sommes tous des femmes savantes, sorti chez Odile Jacob. La pièce de théâtre sert de point de départ au neurologue, pour une réflexion sur les liens entre savoir et sexualité qui poursuit son travail engagé de longue date sur la construction des subjectivités à notre époque.

Maria Candéa et Laélia Véron - Le Français est à nous ! : petit manuel d’émancipation linguistique

Je vous propose de commencer par le livre de Maria Candéa et Laélia Véron, Le Français est à nous ! : petit manuel d’émancipation linguistique publié à La Découverte. Maria Candéa est linguiste, maîtresse de conférences à la Sorbonne Nouvelle et membre du comité de rédaction de la revue Glad ! consacrée aux recherches sur la langue, le genre et les sexualités. Laélia Véron est maîtresse de conférences en stylistique à l’université d’Orléans. Toutes deux signent donc cet ouvrage sur l’épineuse question de la langue française, afin de répondre à tous ceux et toutes celles qui annoncent son déclin… quand ce n’est pas sa mort. 

Le livre se penche donc sur un sujet très sensible… Tout producteur de radio en est bien conscient tant il reçoit de mails – je devrais dire de courriels – ou de lettres manuscrites pour nous reprocher nos « fautes de français ». Mais quel but poursuivent vraiment les gardiens du temple ? Les autrices se font provocatrices en se demandant faussement ingénues s’il s’agit d’abord d’assurer l’entre-soi, ou de repousser les souillures venues de l’extérieur. Car ce discours conservateur, qui remonte au XVIe siècle, est moins selon elles la conséquence d’un amour de la langue, qu’un rejet de sa dimension vivante.

C’est en linguiste, avec la rigueur et la méthode de leur discipline, qu’elles abordent de manière réflexive la langue française, comme objet social, politique, et non comme une entité figée, dotée d’une essence abstraite dont les règles seraient fixées de toute éternité. Égratignant au passage la vénérable Académie française… 

Qu’est-ce qu’une faute d’orthographe, une faute de français ? Pourquoi ne peut-on dire « je vais au coiffeur » ? La beauté du français vient-elle vraiment de sa complexité ? C’est quelques-unes des questions posées par Maria Candéa et Laélia Véron… et ceci au service d’une affirmation : on peut aimer le Français, et accepter sa vitalité, ses changements. 

Maria Candéa et Laélia Véron veulent montrer qu'une langue est vivante, qu'une langue obéit à une dynamique sociale, politique, qu'elle se situe dans un contexte historique et surtout que l'on peut aborder la langue selon des angles différents [...] Ce livre est intéressant car il ouvre des espaces au sein de la langue française et de notre histoire. (Aliocha Wald Lasowski)

Il y a peut-être une marque historique pour le français qui date de la Révolution [...] même dans l'élan révolutionnaire il y a eu un élan d'unification très important. L'abbé Grégoire a été considéré comme l'un des premiers Jacobins car il a imposé l'enseignement du français dans les écoles en éradiquant les patois. [...] C'est effort d'unification de la Révolution fait aussi parti de l'élan universel. (Catherine Portevin)

Lionel Naccache - Nous sommes tous des femmes savantes

Deuxième temps de l’émission, je vous propose maintenant de nous pencher sur le livre de Lionel Naccache, Nous sommes tous des femmes savantes publié chez Odile Jacob. Ancien élève de l’École normale supérieure de la rue d’Ulm, neurologue, chercheur en neuroscience… il nous propose depuis plusieurs année une approche très originale qui mélange des considérations scientifiques, éthique, philosophique et parfois même mystiques. Son objet : tenter de percer les mystères de la conscience, de ce qui construit la subjectivité humaine. Chez Odile Jacob il a déjà publié Un sujet en soi : Les Neurosciences, le Talmud et la Subjectivité en (2013), L'Homme réseau-nable : Du microcosme cérébral au macrocosme social, (2015), Le Chant du signe. Aventures et mésaventures de nos interprétations quotidiennes (2017).

Ce dernier ouvrage poursuit le travail, en laissant provisoirement de côté les sciences du cerveau, pour poursuivre une intuition née après avoir vu une représentation de la célèbre pièce de Molière : notre modernité est secouée par les désordres croisés de la connaissance et de la sexualité. Depuis les Fakes news jusqu’à #Metoo, de l’essor du complotisme aux scandales de pédophilie dans l’Eglise… Le malaise contemporain prend sous la plume de Lionel Naccache la forme d’une névrose : « le complexe des femmes savantes ». 

Pour décrire cette névrose cognitivo-sexuelle, il se lance d’abord dans une analyse détaillée de la pièce, avant de se lancer dans une description quasi-clinique des symptômes, et enfin de proposer une interprétation adaptée à notre époque. La théorie, fruit d’une construction hypotético- déductive se confronte donc à l’expérience du réel dans une démarche très scientifique… 

Pour Lionel Naccache, Molière s'adresse à nous. Nous ne sommes pas dans une société de la connaissance mais une société de l'information et donc nous avons un rapport extrêmement marchand à la connaissance et même chose du côté de la sexualité. (Aliocha Wald Lasowski)

Ce que je trouve toujours très intéressant chez Lionel Naccache c'est qu'il a un ton, quelque chose d'aimable dans sa façon de penser qui va très vite [...] Il s'aventure sur les crêtes, sans forfanterie et s'en s'excuser d'être là ! Il est spontané et nous montre son appétit à connaître qu'il nous fait réellement éprouver. (Catherine Portevin)

>>> Choix musical : Anna Farrow "New born day"

L'instant critique

Catherine Portevin nous propose de nous plonger dans la lecture de Incognita, incognita, ou le plaisir de trouver ce qu'on ne cherchait pas  de Mark Forsyth aux éditions du Sonneur :  un éloge du hasard, de la chance, de l’inconnu et Aliocha Wald Lasowski a choisi la Revue Dessinée n°23 qui présente l'actualité avec des planches de bandes-dessinées dont une est consacrée à la jeunesse de Donald Trump intitulée : "Inconnu au bataillon".

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