LE DIRECT
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.
Des antifascistes participent à un défilé en souvenir de la lutte pour la libération du nazisme-fascisme. (30 avril 2016 à Rome)

L’émancipation promise de Pierre-André Taguieff / L’Esprit de la réaction de Mark Lilla

49 min
À retrouver dans l'émission

Cette semaine comme chaque semaine deux essais sous les feux de la critique : L’émancipation promise de Pierre-André Taguieff (Cerf) et "L’Esprit de la réaction" de Mark Lilla (Desclée de Brouwer).

Des antifascistes participent à un défilé en souvenir de la lutte pour la libération du nazisme-fascisme. (30 avril 2016 à Rome)
Des antifascistes participent à un défilé en souvenir de la lutte pour la libération du nazisme-fascisme. (30 avril 2016 à Rome) Crédits : Stefano Montesi/Corbis - Getty

Deux livres qui invitent à penser contre soi-même. Dans L’Émancipation promise, publié aux éditions du Cerf, le philosophe Pierre-André Taguieff propose de de remettre en cause cette notion consensuelle… jusqu’à devenir ce qu’il appelle un « émancipationnisme » définit comme l’extension sans limites des droits subjectifs. Car derrière l’émancipation se cacherait en réalité le projet de rejeter identité, histoire et enracinement. De son côté l’historien des idées Mark Lilla se propose d’exploré L’Esprit de réaction… c’est le titre de son essai paru chez Desclée de Brouwer. Là aussi il s’agit de faire mine de penser contre soi-même, de partir en quête de cet autre radical, inconnu parce que devenu infréquentable même pour la recherche intellectuelle : le réactionnaire et sa pensée nostalgique.

Je vous propose de commencer donc par l’essai de Pierre-André Taguieff, L’Émancipation promise, publié aux éditions du Cerf. Politologue et historien des idées, directeur de recherche au CNRS, Taguieff est l’auteur d’une quarantaine d’ouvrages portant sur le racisme et l’antiracisme, l’antisémitisme et les idéologies d’extrême droite. 

Il propose ici de s’attaquer à cette notion d’Émancipation, qui a perdu son sens depuis qu’il est apparu dans la philosophie des Lumières : devenu trop consensuel, elle décrit un projet partagé aussi bien par la gauche radicale – qui y trouve un ersatz de communisme –, que par les progressistes ultra-libéraux en ce qu’elle concourt au triomphe de l’individu. C’est donc d’abord contre le flou, le sens embrouillé de ce terme devenu projet politique qu’écrit Taguieff. Mais aussi contre une idole : il y a chez lui une jouissance non dissimulée à s’attaquer à ce qu’il considère comme un totem, et un tabou. Au point que la rhétorique « émancipationniste » aurait fini par menacer la vraie émancipation. C’est en tout cas ce qu’il entend montrer dans ce livre.

Mais Pierre-André Taguieff ne s’attaque pas seulement au « confusionnisme Moderne », il dénonce un projet politique derrière la « mythologisation de l’idéal d’émancipation » : le désir d’effacer le passé en faisant l’éloge d’individus sans attaches et donc sans identité.

Dégagé selon le philosophe de sa « gangue de confusion » par son travail mené ici sur l’histoire d’une notion devenue folle… l’émancipation apparaît pour ce qu’elle est : un programme de refonte anthropologique visant à abattre systématiquement toutes les limites de ce qui fait, ou ne fait pas, un Homme. Élevé au statut de religion, c’est aussi un outil puissant pour faire taire ceux qui entendent résister, défendre le droit de continuité contre les ruptures… 

Je suis d'accord avec Pierre-André Taguieff sur son projet de critiquer la dynamique effrénée du progressisme qui promet une émancipation, sans fin, sans limite et sans contenu déterminé.[...] qui conduit à un projet sans fin. Là où j'ai un problème c'est sur la forme de cet essai qui me semble noueux , relâché et assez désordonné. (Eugénie Bastié)

Ce que je ne comprends pas c'est que Pierre-André Taguieff dise que l'égalité mènera à l'indétermination, à l'indifférenciation. Ce n'est pas sorcier de dire que vouloir l'égalite des droits ce n'est pas vouloir que tout le monde soit identique. (Joseph Confavreux)

Deuxième temps de l’émission, je vous propose de nous intéresser maintenant à l’essai de Mark Lilla, L’Esprit de réaction, aux édition Desclée de Brouwer. On avait évoqué l’année dernière le précédant livre de l’essayiste américain, La Gauche identitaire : l’Amérique en miettes publié chez Stock. Le professeur de sciences humaines à la Columbia University de New York y défendait l’idée que la gauche s’était perdue en se focalisant trop sur les questions de race et de genre… empêchant de la sorte tout projet fédérateur.

Mais cette « dérive » de la gauche identitaire, et donc forcément morale, empêche aussi selon Mark Lilla de s’intéresser à la pensée réactionnaire, jugée infréquentable. Une paresse intellectuelle, un manque de curiosité qui tient au leurre toujours entretenu d’un retour de la grande lutte antifasciste.

Car de quoi parle-t-on quand on parle de réaction ? D’une idéologie aux mille visages dont on a tendance à ne pas voir qu’elle pose parfois les bonnes questions. C’est ce que Mark Lilla dit dès l’avant-propos du livre en prenant l’exemple du « grand remplacement » qui soulèverait, derrière une expression incendiaire, de vrais débats. Débat démocratique sur l’immigration, la natalité, l’intégration sociale, la laïcité… Renaud Camus est alors décrit comme un « esthète avec un talent redoutable pour décrire les dégâts de la tempête où nous risquons de faire naufrage ». La pensée réactionnaire est donc avant tout une rhétorique, une nostalgie pour un passé fantasmé… au même titre que les révolutionnaires fantasment un avenir radieux. 

Le point intéressant de ce livre c'est de dire qu'il n'y a pas que les révolutionnaires qui pensent, les réactionnaires pensent aussi et c'est intéressant de s'intéresser à leur corpus. La pensée réactionnaire n'est pas une pensée tiède. C'est une pensée qui peut-être aussi révolutionnaire que la pensée révolutionnaire émancipatrice. (Joseph Confavreux)

Ce que je reproche à ce livre c'est qu'il ne réfléchit pas assez à la manière dont le mot réactionnaire est devenu un anathème dans le débat public aujourd'hui. (Eugénie Bastié)

>>> Choix musical : "Party" de Paulo Loundra

Pour afficher ce contenu Youtube, vous devez accepter les cookies Publicité.

Ces cookies permettent à nos partenaires de vous proposer des publicités et des contenus personnalisés en fonction de votre navigation, de votre profil et de vos centres d'intérêt.
Gérer mes choix

L'instant critique

Nous parlerons de deux livres, l'un est un roman Mécanique de la chute de Seth Greenland, traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Jean Esch présenté comme captivant et plein d'humour par Eugénie Bastié le second un beau-livre  de photos Datazone de Philippe Chancel avec des textes du critique d'art Michel Poivert c'est Joseph Confavreux qui nous en parle. Ce livre fait suite à l'exposition d'Arles  en 2019 où Philippe Chancel a exposé son travail, mené durant quinze ans :  une exploration de sites sensibles sur notre planète, pour ausculter le monde et observer les symptômes les plus alarmants de son déclin.

Intervenants
L'équipe
Production
Réalisation
Avec la collaboration de
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......