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Préambule de la déclaration des droits de l'Homme et du citoyen (1789)

Les droits de l’homme en question…

49 min
À retrouver dans l'émission

Ce soir comme chaque semaine deux essais sous les feux de la critique : le livre de Pierre Manent, "La Loi Naturelle et les droits de l’homme" (PUF) et celui de Smaïn Laacher "Croire à l’incroyable : un sociologue à la Cour nationale du Droit d’asile" (Gallimard).

Préambule de la déclaration des droits de l'Homme et du citoyen (1789)
Préambule de la déclaration des droits de l'Homme et du citoyen (1789)

Deux livres qui s’interrogent sur le devenir contemporain des droits humains. Dans La Loi naturelle et les droits de l’homme, aux Presses universitaires de France, le philosophe Pierre Manent attaque la question sur son versant théorique. Il s’interroge, en philosophe, sur ce que deviennent la loi, le bien et le mal, le normal et l’anormal quand la nature humaine est reléguée au nom du droit. Dans Croire à l’incroyable : un sociologue à la Cour nationale du Droit d’asile le sociologue Smaïn Laacher propose lui une vision très concrète, l’application positive des droits de l’homme en revenant sur son expérience de juge assesseur à la Cour Nationale du Droit d’asile. Pour une ethnographie de l’univers de l’asile.

Nous serons en compagnie de Catherine Portevin et de Jean-Marie Durand pour en parler.

Pierre Manent - La loi naturelle et les droits de l’homme

C’est un traité de philosophie, tiré d’une série de six conférences données à la faculté de philosophie de l’Institut Catholique de Paris dans le cadre de la Chaire Etienne Gilson, confiée chaque année à un intellectuel dont les recherches dans le domaine métaphysiques sont reconnues.

Pierre Manent est assurément de ceux-là, il mène depuis de nombreuses années une analyse critique de la pensée libérale, dont il interroge les fondements incertains (Histoire intellectuelle du libéralisme, Calmann-Lévy, 1987)… ce spécialiste des idées politiques, ancien assistant de Raymond Aron et cofondateur à la fin des années 70 de la revue anti-totalitaire Commentaire, défend la centralité de la politique dans la vie humaine (Cours familier de philosophie politique, Fayard, 2001)… il s’intéresse à la nation, comme cadre de la démocratie (La Raison des nations, Gallimard, 2006).

Cet essai  offre une véritable porte d’entrée dans sa pensée. Il y pose une question difficile et qui s’avère particulièrement provocatrice : sur quelle idée de l’homme reposent les droits de l’homme ? Provocatrice, car elle amène Pierre Manent, comme souvent, à interroger les idées reçues de l’époque, à faire des propositions résolument anti-modernes comme celle de réhabiliter la notion de loi naturelle pour assurer la vraie liberté… contre le droit positif, celui qu’on construit et qu’on se donne.

C’est un essai dense, parfois difficile à suivre dans ses paradoxes et ses dilemmes moraux. Mais il s’en dégage tout de même une idée claire que l’on pourrait résumer ainsi : le progressisme, dont les Droits de l’homme sont le catéchisme, garantie théoriquement l’égalité, mais ne permet pas d’orienter concrètement l’action "bonne".

Deuxième temps de l’émission, allons justement du côté du droit positif en nous plongeant dans le fonctionnement quotidien de la justice chargée d’accorder, ou non, l’asile. Notre guide, c’est le sociologue Smaïn Laacher qui publie Croire à l’incroyable : un sociologue à la Cour nationale du Droit d’asile, chez Gallimard dans la collection NRF essais.

Pierre Manent est un très grand philosophe qui a une puissance de pensée très impressionnante et qui du coup sidère beaucoup ses lecteurs et on se sent en pays étranger quand on le lit. C’est au-delà des opinions, fondamentalement on voit ce qu’est un antimoderne et on se rend compte de notre propre modernité. (Catherine Portevin)

J’ai lu ce livre avec beaucoup d’intérêt une oeuvre dense, puissante. Pierre Manent est un très fin historien de la philosophie grand connaisseur des philosophes du 18e siècle […] Il annonce aujourd’hui que l’article 1er de la déclaration des droits de l’homme (« Les hommes naissent  et demeurent libres et égaux en droits »), ne va pas ! […] Selon lui les individus ne peuvent pas demander des droits infinis. Il est contre ce droit. (Jean-Marie Durand)

Smaïn Laacher- Croire à l’incroyable : un sociologue à la Cour nationale du Droit d’asile

Pendant quatorze ans, Smaïn Laacher a été juge assesseur, juge assesseur représentant le Haut-Commissariat aux Réfugiés de l’ONU à la Cour nationale du droit d’asile, la CNDA. Alors forcément, ce travail d’ethnologue sort un peu des canons de l’écrit scientifique : l’auteur choisi la première personne du singulier, le « je » d’un chercheur spécialiste de l’immigration, qui se dit lui-même militant, en faveur de la défense des opprimés.

Et c’est justement tout le propos du livre : comment juger de la vérité des histoires qui sont racontées par ceux dont il faut juger le droit à obtenir l’asile ? On découvre une juridiction qui a pour principe la Convention de Genève, le droit français et qui a pour seul outil … pas d’enquête, pas de preuve en la matière. Smaïn Laacher ne donne pas à voir le point de vue des requérants… qu’il sait trop éloigné… mais celui des juges dont il fait partie.

C’est aussi l’occasion pour lui d’aborder autrement, avec complexité, une question trop souvent instrumentalisée dans des oppositions binaires : immigration et chômage, immigration et banlieue, immigration et radicalité…

Ce qui est quelque peu décevant dans ce livre c’est que finalement Smaïn Laacher ne va pas au bout des dilemmes de la décision. A aucun moment il ne fait état de sa propre difficulté d’appartenir à la Cour nationale du droit d’asile qui –il le dit lui-même-  refuse 80% des dossiers. (Catherine Portevin)

Ce qui m’intéresse dans ce livre, c’est le jeu des regards, des gestes, des hésitations, des pleurs, des sidérations, des impossibilités même de raconter ce que l’on a vécu, des expériences traumatisantes notamment pour les femmes […] Tout l’enjeu c’est de rendre audible le récit. (Jean-Marie Durand)

L'instant critique

Catherine Portevin nous propose un film documentaire en résonance avec la question des réfugiés « L’Héroïque Lande. La frontière brûle » de Nicolas Klotz et Elisabeth Perceval qui signent un documentaire rare et précieux sur la « jungle de Calais». Jean-Marie Durand nous propose une exposition au Mac-Val d'Ivry-sur-Seine pour voir le travail de Kader Attia, plasticien franco-algérien. Pour cette exposition  « Les racines poussent aussi dans le  béton », Kader Attia imagine une réflexion intime en forme de parcours  initiatique, autour de l’architecture et de sa relation aux corps. Il  expose également avec Jean-Jacques Lebel au Palais de Tokyo.

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