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Pinocchio et son ombre...

Les fonctions du mensonge

49 min
À retrouver dans l'émission

Ce soir comme chaque semaine, deux essais sous les feux de la critique :" La Faiblesse du vrai : ce que la post-vérité fait à notre monde commun" de Myriam Revault d’Allonnes paru aux éditions du Seuil et " Pouvoirs de l’imposture" de Maxime Decout publié aux Éditions de Minuit.

Pinocchio et son ombre...
Pinocchio et son ombre... Crédits : Giorgo Majno - Getty

Deux livres qui évoquent chacun à leur façon la question du mensonge. Dans La Faiblesse du vrai, la philosophe Myriam Revault d’Allonnes se demande ce que la post-vérité fait à notre monde commun.  Cet essai, publié au Seuil, interroge la relation longue et conflictuelle entre la politique et la vérité… pour montrer finalement que ce qui se joue actuellement c’est la confusion entre les faits et l’opinion, au risque d’une crise de la démocratie. Si le livre de Myriam Revault d’Allonnes se termine par une réflexion sur le rôle de la fiction… celui de Maxime Decout – dont il sera question dans la seconde partie de l’émission – est tout entier consacré à la littérature. Il publie Pouvoir de l’imposture aux Éditions de Minuit et poursuit une réflexion engagée de longue date sur les liens qu’entretiennent la littérature, l’authenticité et le sens. Il se penche donc ici sur l’imposture, et sur ceux qui s’y livrent tout en essayant de la déjouer : détectives, psychanalystes, faussaires, joueurs. Des figures choisies pour mener l’enquête et proposer une autre forme de critique littéraire. 

Myriam Revault d’Allonnes - La Faiblesse du vrai : ce que la post-vérité fait à notre monde commun

Je vous propose de commencer par le livre de Myriam Revault d’Allonnes, La Faiblesse du vrai : ce que la post-vérité fait à notre monde commun publié aux éditions du Seuil dans la collection La couleur des idées. Spécialiste de philosophie politique et d’éthique, la philosophe poursuit un travail au long cours sur les notions d’autorité, de crise, de représentation… bref des sujets au cœur de l’actualité. On citera parmi ses précédents ouvrages La Crise sans fin ou Le Miroir et la scène… ce dernier surtout parce qu’elle y revenait sur la question de la représentation en rapprochant politique et théâtre. 

Une démarche qu’on retrouve dans la dernière partie du livre qui nous intéresse ce soir puisque Myriam Revault d’Allonnes se penche sur la puissance de la fiction, sa capacité à agir sur le réel. Une façon pour elle de montrer que si la créativité de la fiction littéraire ou artistique détruit le réel, c’est pour mieux y revenir. À la différence de la post-vérité qui réduit la puissance de l’imaginaire. Mais n’anticipons pas, car l’ouvrage est principalement et avant tout une réflexion approfondie sur le rapport entre vérité et politique… qui revient sur l’opposition entre Platon et Aristote, entre opinion et vérité, reprend les écrits de Machiavel. Pour finalement, avec Hannah Arendt dont l’auteur est spécialiste et traductrice, interroger le lien étroit entre mensonge et puissance politique d’agir. 

Tout commence par un état des lieux de cette « ère des post» : post-moderne, post-démocratie, post-politique et donc post-vérité. 

Ce que veut faire Myriam Revault d’Allonnes est à mon avis salutaire (…). Dans cette période troublée, elle essaie de restaurer ce qu’Hannah Arendt appelle la mentalité élargie et donc la possibilité d’une conversation civique sans laquelle il est impossible d’approcher la vérité. (…) Elle le fait avec les moyens très anciens de l’histoire de la philosophie, qu’elle restaure et qu’elle rappelle. On y retrouve un certain nombre de plaisirs qui manquent à la vie de l’esprit. (Vincent Trémolet de Villers)

Elle commence en disant que la démocratie n’a jamais été le règne du vrai ou de la Vérité, et a du coup une réflexion beaucoup plus subtile que s’il s’agissait d’une lamentation sur le fait que la vérité aurait disparu aujourd’hui. (Julie Clarini) 

Maxime Decout - Pouvoirs de l’imposture

Deuxième temps de l’émission, je vous propose de nous intéresser maintenant au livre de Maxime Decout, Pouvoirs de l’imposture, publié aux éditions de Minuit dans la collection Paradoxe. Une collection dans laquelle ce chercheur et maître de conférence en littérature avait déjà publié deux études sur les relations qu’entretiennent la littérature, l’authenticité et le sens : En toute mauvaise foi en 2015 et Qui a peur de l’imitation ? en 2017.

Maxime Decout propose là un essai à la lecture assez jubilatoire dans lequel il s’adresse directement au lecteur transformé en enquêteur. Car c’est le point de départ de sa réflexion, un rapprochement entre cette littérature qui mène en bateau, qui "embobeline", qui donne le change… bref qui met l’imposture au centre… et la position de l’enquêteur, de celui ou celle qui cherche à résoudre les énigmes. « Tentation de l’imposture, désir d’enquête : ce couple vous va à ravir » dit-il en s’adressant au lecteur. On part donc sur les traces du policier, du psychanalyste, du faussaire, du joueur, on le cherche en nous et dans les livres pour tenter aussi de dépasser notre quête d’identité et voir en quoi ces motifs informent les textes, leur logique, leur écriture, leurs enjeux.

C’est aussi un programme de recherche que nous soumet Maxime Decout, pour proposer une autre forme d’investigation que celle adoptée par la critique contemporaine qui a pris selon lui le virage de l’enquête documentaire et de l’archive, inspirée des sciences humaines. 

C’est un livre qui est brillant mais presque trop, à force de vouloir faire des cabrioles, l’auteur ne sait plus très bien où il nous mène. (…) On retrouve le plaisir de réfléchir sur la littérature et son pouvoir de mentir vrai ou de mentir faux, mais il y a quand même des manques. (Vincent Trémolet de Villers)

Il nous propose une sorte de promenade-enquête sur le thème de la littérature et de l’imposture. (…) Il montre que ce qui était d’abord un thème devient un mécanisme de fabrication des textes : des auteurs vont s’amuser à mettre le lecteur en position d’enquêteur, à le mettre mal à l’aise et à lui faire se poser des questions sur la capacité de l’œuvre à se mystifier. (…) S’il y a un fil dans ce labyrinthe très agréable, c’est la réflexion sur la capacité de la littérature à déchiffrer le réel, et celle du lecteur à déchiffrer le monde. (Julie Clarini)

Morceau de musique : "Tout oublier" d'Angele (Album "Tout oublier")

L'instant critique

Nous avons choisi l'article de cette semaine dans la revue Mots. Les langages du politique. Nous parlerons de "L’attentat comme objet de discours : problématique et enjeux", un article co-signé par Gérôme Truc, Christian Le Bart et Émilie Née. 

Première diffusion le 8 décembre 2018

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