LE DIRECT
Sade Adona croque une bouchée de tarte à la citrouille pendant que les manifestants d'Occupy Wall Street mangent des dîners de Thanksgiving servis à Zuccotti Park  à New York (le 24 novembre 2011).

Les nouveaux lieux de la démocratie

49 min
À retrouver dans l'émission

Ce soir comme chaque semaine deux essais sous les feux de la critique : "Makers. Enquête sur les laboratoires du changement social" d'I. Berrebi-Hoffmann, M-C Bureau, M. Lallement (Seuil) et "Quand la place devient publique" de Joëlle Zask (Le Bord de l’Eau).

Sade Adona croque une bouchée de tarte à la citrouille pendant que les manifestants d'Occupy Wall Street mangent des dîners de Thanksgiving servis à Zuccotti Park  à New York (le 24 novembre 2011).
Sade Adona croque une bouchée de tarte à la citrouille pendant que les manifestants d'Occupy Wall Street mangent des dîners de Thanksgiving servis à Zuccotti Park à New York (le 24 novembre 2011). Crédits : Stan Honda - AFP

Nous parlerons aujourd'hui de deux livres qui explorent les nouveaux lieux de la démocratie. Dans Makers : enquête sur les laboratoires du changement social , les chercheurs Isabelle Berrebi-Hoffman, Marie-Christine Bureau et Michel Lallement proposent une enquête au long court dans l’univers des fablabs et autres hakerspaces. Ils abordent notamment les enjeux politiques liés à ces lieux qui interrogent nos modes de production et de consommation. Une question qui a aussi animé ce qu’on a appelé le mouvement des places, point de départ du dernier essai de la philosophe Joëlle Zask. Pour une réflexion sur le rôle de l’architecture et de l’urbanisme dans l’avènement de la démocratie. Quand la place devient publique, c’est publié aux éditions Le Bord de l’Eau. 

Isabelle Berrebi-Hoffman, Marie-Christine Bureau et Michel Lallement - Makers : enquête sur les laboratoires du changement social

Nous avons pour habitude de présenter les auteurs dans cette émission mais là ce serait un peu long pour les trois. On dira donc simplement qu’ils sont tous les trois sociologues, chercheurs au CNRS, membres du Laboratoire interdisciplinaire pour la sociologie économique rattaché au Cnam. Ils s’intéressent aux transformations du travail, aux nouvelles formes d’organisations et aux dimensions politiques de ces évolutions. Michel Lallement par exemple avait publié, déjà au Seuil, un livre passionnant intitulé L’Age du Faire, consacrés aux hackerspaces et aux fablabs de Californie.

L’ouvrage qui nous intéresse aujourd’hui est avant tout centré sur les Markers en France… je vois déjà arriver les mails donc je vous préviens, il y aura beaucoup d’anglicisme au cours de cette émission comme toujours quand on parle de numérique. Difficile de traduire mais aussi de définir ce que sont ces Makers, c’est l’un des enjeux du livre de donner une cohérence à ce terme. Pour le dire simplement, il s’agit d’un mouvement lié à l’essor des technologies numériques, notamment à l’imprimante 3D, qui a révolutionné l’art du bricolage. 

Les enjeux sont gigantesques, en effet,  ils touchent au travail, à l’économie, à l’écologie, à la politique, à l’art, à la sociabilité… pour finalement proposer une sortie du capitalisme. Des makers qui sont le fer de lance d’une nouvelle révolution industrielle : la possibilité de produire en bas de chez soi, dans ces fameux fablabs.

Les enjeux de cette nouvelle industrie des makers sont très nombreux. Ce que montre très bien le livre c’est qu’il existe deux mouvements principaux. Le premier plutôt individualiste basé sur le bien-être, « la bricole », le bricolage numérique avec l’idée de bien être qui découle de la fabrication de ces objets […] Le deuxième mouvement qui est plus militant utiliser ce procédé du maker pour questionner le capitalisme industriel et finalement prôner l’émancipation. (Eugénie Bastié)

Ce livre est une vraie enquête ethnographique (il est question d’une vingtaine de lieux en France et à l’étranger) faite par des sociologues ? Ce qui est très  intéressant c’est comment ces makers sont à la fois : ingénieurs, artistes, designers, diplômés en sciences humaines… Et comment dans cet éclectisme s’impose malgré  tout un air de famille. Comment une identité collective  se créée et comment ces makers vont construire la société de demain. (Jean-Marie Durand)

Joëlle Zask - Quand la place devient publique 

Dans ce dernier essai, paru dans dans la collection « Les Voies Publiques », la philosophe Joëlle Zask poursuit ses réflexions sur les formes de la démocratie, la participation, l’importance du lieu, du lien entre ville et nature déjà initiée dans ses ouvrages précédents comme le très bon La démocratie aux Champs qui avait été publié en 2016 à la Découverte. Il y a un peu de tout celà dans cet essai qui prend pour point de départ une interrogation liée à l’apparition ces dernières années de ce qu’on a appelé « le mouvement des places ». De New York au Caire, le la Puerta del sol à la République ou à Maidan, des gens se sont réunis pour contester – l’ordre politique, l’ordre économique – mais aussi pour réinventer des modes de vie, des façons de débattre, de décider.

Cette convergence vers les places publique pour « réinventer la société » pourrait faire penser que ce lieu est le plus propice à l’épanouissement démocratique… comme pourrait le laisser penser une image fantasmée de l’agora athénienne, longuement déconstruite par Joëlle Zask. Car ce que montre la philosophe, c’est qu’en réalité il n’y pas de véritables places démocratiques… qu’elle sont pour ainsi dire toujours penser par le pouvoir, pour contrôler et contraindre les régimes d’action.

C’est un essai qui a pour originalité de mêler architecture, urbanisme et philosophie politique.

Joëlle Zask nous dit dans ce livre qu’on a fait de la place le lieu symbolique, l’incarnation de la République qui se réinvente. Hors elle explique bien  que les places ne sont pas forcément des espaces démocratiques et qu’elles sont contrôlées par le pouvoir. […] L’enjeu : dire comment une place publique doit devenir un lieu public comment un citoyen peut devenir un sujet démocratique par l’auto-institution et par l’auto-gouvernement… (Jean-Marie Durand)

On a du mal à voir dans ce livre si le lieu a véritablement une influence politique car dans les exemples de places donnés par Joëlle Zask on voit qu’il n’y a pas forcément  de lien entre l’architecture de la place et le fait qu’une révolution ou une participation à un mouvement soit plus active ou pas.

L'instant critique

Eugénie Bastié nous propose la lecture de Penser la foi chrétienne après René Girard de Bernard Perret paru aux éditions Ad Solem et Jean-Marie Durand nous emmène voir une exposition intitulée  "Couples modernes" au Centre Pompidou-Metz. Cette exposition  explore le processus créatif généré par les relations  amoureuses,  passionnées, complexes parfois subversives, qui unissent  les artistes  avant-gardistes de la  première moitié du XXe siècle. Vous pourrez la voir jusqu'au 20 août prochain.

Intervenants
L'équipe
Production
Réalisation
Avec la collaboration de

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......