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Nathaniel Rich, Perdre la terre / Luc Semal, Face à l’effondrement

49 min
À retrouver dans l'émission

Ce soir comme chaque semaine deux essais sous les feux de la critique : "Perdre la terre : une histoire de notre temps" de Nathaniel Rich (Seuil/ Editions du sous-sol) et "Face à l’effondrement" de Luc Semal (PUF).

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Jardin vertical Crédits : Giorgio Canali/EyeEm - Getty

Deux ouvrages pour repenser l’action écologique. Nous parlerons d’abord d’un livre événement, Perdre la terre du journaliste américain Nathaniel Rich, une coédition Seuil-Editions du sous-sol. Fruit d’une enquête minutieuse, servie par un sens du récit assez rare sur des sujets aussi austères, l’auteur nous plonge dans ce bref moment, au tournant des années 70 et 80, quand les États-Unis ont failli prendre la tête de la lutte globale contre le réchauffement climatique. La question qu’il pose est simple, et effrayante : nous aurions pu sauver la terre, pourquoi n’avons-nous rien fait ? Mais s’il est trop tard pour empêcher le réchauffement climatique, il est encore temps de militer…Dans Face à l’effondrement, publié aux PUF, le politiste Luc Semal retrace l’histoire des mobilisations écologistes pour montrer que le catastrophisme, tant qu’il est éclairé, n’est pas une fascination paralysante. Il génère au contraire une pensée politique propice à la délibération et à l’action… de quoi régénérer la démocratie.

Nathaniel Rich - Perdre la terre : une histoire de notre temps

Je vous propose de commencer par le livre de Nathaniel Rich, Perdre la terre : une histoire de notre temps publié en coédition Seuil-Éditions du sous-sol, dans une traduction de David Fauquemberg. Nathaniel Rich est journaliste, il écrit pour le New York Times dans lequel il avait d’ailleurs fait paraître un article en août 2018 qui a servi de base à ce livre. 

La thèse en est très simple : les Etats-Unis savaient déjà tout sur le réchauffement climatique en 1979, l’opinion publique américaine comme les élus étaient convaincus et sensibilisés au sujet, même les géants pétroliers comme Exxon se préparaient aux inévitables réformes d’un modèle économique fondé sur l’extraction et l’utilisation d’énergies fossiles… pourtant rien n’a été fait. 

Il y a même une date retenue par Nathaniel Rich pour ce rendez-vous manqué de la planète avec le climat : la conférence de Noordwijk, aux Pays-Bas, qui accueillait en novembre 1989 les ministres de l’Environnement de plus d’une soixantaine de pays pour s’entendre sur le principe d’un accord juridiquement contraignant limitant les émissions de gaz à effet de serre.

Voilà donc pour le propos, l’essai est une longue démonstration mise en récit, avec une formidable galerie de portraits, des clifhanghers, des rebondissements, la couleur de la cravate des participants à telle ou telle réunion. Il y a aussi les gentils – l’activiste Rafe Pomerance, le scientifique Gordon Mac Donald, le jeune Al Gore – et les méchants – essentiellement la compagnie pétrolière Exxon et le premier chef de cabinet de George Bush père, John Sununu. C’est efficace, bien documenté, et utile à l’heure où on peine à tenir le moindre objectif en matière de climat. 

Nathaniel Rich parle sur ces 10 années (entre 79/89)  :  quelles actions possibles pour sauver le climat ? C'est la chose la plus intéressante : voir comment expliquer la résistance à  comprendre et à croire en parvenant  au moment où il est question de se dire : "Il est urgent d'agir" (Catherine Portevin)

L'un des apports de ce livre c'est voir comment s'élabore la communication  entre le savoir  et l'action, la communication avec les scientifiques, la communication politique pour défendre l'idée que les émissions de CO2 dans l'atmosphère posent un véritable problème. (Thibaut Sardier)

A la fin de son mandat Carter demande un rapport aux scientifiques avec des mesures concrètes à mettre en place. Ce rapport met trois ans à être élaboré et Reagan pendant trois ans s'abrite derrière la nécessité d'attendre les conclusions de ce rapport. Et cette rhétorique du "Attendons que les scientifiques nous donnent des conclusions  pour pouvoir agir" va s'imposer pendant 10 ou 20 ans !(Thibaut Sardier)

Luc Semal - Face à l’effondrement : militer à l’ombre des catastrophes  

Deuxième temps de l’émission, je vous propose maintenant de nous intéresser au livre de Luc Semal, Face à l’effondrement : militer à l’ombre des catastrophes, publié aux Presses Universitaires de France dans la collection « L’écologie en question ». Puisque nous avons compris que le pire était certain – ce qui explique que les collapsologues aient le vent en poupe – puisque le réchauffement est certain, l’effondrement des espèces avéré, la raréfaction des ressources évidente… pourquoi encore se lever le matin. Pour militer nous dit Luc Semal qui retrace dans ce livre l’émergence et l’évolution des mobilisations écologistes nécessairement saisies par le catastrophisme. 

Ce Maître de conférence en science politique au Museum National d’Histoire Naturel (MNHN) reprend, en quelque sorte, là où Nathaniel Rich s’arrête : l’énonciation claire et sans concessions d’une situation de catastrophe globale d’une part et d’autre part une forme d’insouciance politique à cet égard laissent-elles un espace, même minime, pour l’action ? 

La réponse, heureusement, est oui car Luc Semal analyse le catastrophisme écologiste comme un phénomène idéologique, et donc de nature politique. Souvent perçu comme l’élément le plus rébarbatif et démobilisateur de l’écologie, une porte ouverte à l’autoritarisme et au fascisme vert… le catastrophisme est considéré ici comme un outil puissant pour changer notre rapport au monde.

On retrouve par rapport au catastrophisme la possibilité d'une dérive vers quelque chose d'autoritaire ou de religieux, de la question de leur efficacité : "si on me fait tellement peur, est-ce que je vais agir ?" On retrouve comme toujours la question : est-ce que savoir c'est croire, est-ce que croire c'est pouvoir ? (Catherine Portevin)

Sur les implications politiques et le lien avec la démocratie, ce que je trouve intéressant c'est de regarder la différence avec laquelle il décrit le mouvement français de la décroissance (qu'il présente comme un mouvement d'intellectuels autour de Serge Latouche et Pierre Rhabi) [...] et le mouvement des "transition towns" (du côté duquel son coeur penche !) sous l'influence d'un militant anglais Rob Hopkins, homme de terrain qui propose un modèle concret pour changer la ville  et l'adapter au changement  climatique. Il réunit des cercles de militants dans lesquels la parole circule [...] Après les débats, la délibération sous forme d'Agora devient prolifique, constructive car ainsi chacun peut exprimer ses craintes et élaborer un projet de société collectif. (Thibaut Sardier)

L'instant Critique

Catherine Portevin nous conseille le livre  Un sol commun. Lutter, habiter, penser de Martin Schaffner et met l'accent sur le travail d’édition de la maison Wildproject qui fête ses dix ans.Thibaut Sardier a choisi une web série sur les survivalistes. En Occident, tout le monde peut aujourd'hui devenir survivaliste. Et pourtant, nous ne savons rien ou presque, sur eux. En France, ils seraient entre 100 000 et 150 000. On parle de 4 millions aux Etats-Unis.  Alexandre Pierrin (réalisateur) est parti recueillir, partout en France, la parole de jardiniers, informaticiens ou artisans qui partagent tous la même certitude que quelque chose va se passer. Et ils s’y préparent... : "Survivre" une série à regarder sur France Télévision. 

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