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Mort de Marat - 1793. Tableau de Jacques-Louis david (1748-1825)

Penser la disparition

49 min
À retrouver dans l'émission

Ce soir comme chaque semaine deux essais sous les feux de la critique : " Notre Histoire intellectuelle et politique (1968-2018)" de Pierre Rosanvallon paru au Seuil et "Le Travail des morts : une histoire culturelle des dépouilles mortelles" de Thomas Laqueur paru chez Gallimard.

Mort de Marat - 1793. Tableau de Jacques-Louis david (1748-1825)
Mort de Marat - 1793. Tableau de Jacques-Louis david (1748-1825) Crédits : DeAgostini - Getty

Deux livres qui posent, chacun à sa façon, la question de la disparition. Dans Notre Histoire intellectuelle et politique (1968-2018), paru au Seuil, Pierre Rosanvallon se lance dans un exercice d’ego-histoire, et revient à travers son parcours personnel sur les gloires et déboires de la Deuxième gauche dont il a été « l’intellectuel organique » selon sa propre expression. L’occasion de réfléchir sur les échecs, la déliquescence et finalement l’agonie de l’idée progressiste. 

Dans un tout autre registre, nous nous intéresserons ensuite à la somme que l’historien américain Thomas Laqueur consacre à une question fondamentale : pourquoi le corps sans vie est considéré, en tout lieu et à toute époque, comme une chose importante... et ce indépendamment des considérations purement religieuses. Le travail des morts : une histoire culturelle des dépouilles mortelles a paru aux éditions Gallimard... pour une anthropologie du monde des morts et de son action sur la société des vivants.

Pierre Rosanvallon - Notre Histoire Intellectuelle et politique 1968-2018

Je vous propose de commencer par le livre de Pierre Rosanvallon, Notre Histoire Intellectuelle et politique 1968-2018 publié au seuil dans la collection « Les livres du nouveau monde », collection dirigée par l’auteur lui-même. Historien, professeur au Collège de France, Pierre Rosanvallon poursuit ici son travaille à mi-chemin entre la théorie politique et l’analyse historique de l’évolution de la démocratie, comme il l’avait fait dans son précédent ouvrage Le Bon Gouvernement.

L’originalité du livre qui nous intéresse ce soir, c’est sa dimension personnelle. En se penchant sur un demi-siècle d’évolution intellectuelle, d’histoire d’un gauche autogestionnaire, antitotalitaire et réformiste, Pierre Rosanvallon raconte aussi sa propre histoire, celle d’un intellectuel qui accompagné la deuxième gauche. Avec, il faut le dire d’emblée, le sentiment parfois de lire un ouvrage en forme de mea culpa

Car la question qui anime tout le livre, c’est celle de savoir pourquoi les idées de progrès et d’émancipation – telle que portée politiquement par Michel Rocard, par la CFDT dans le champ syndical, et par la Fondation Saint-Simon dans le champ intellectuel – pourquoi ces idées n’ont pas tenu. Pire, pour l’auteur, elles se sont retrouvées marginalisées, en état de mort clinique après avoir animé la vie intellectuelle française... et finalement devant faire face à un « retournement hégémonique » au profit de la réaction à la modernité. 

C'est un livre de combat politique qui passe par un retour sur le parcours de Pierre Rosanvallon. Ce que je trouve intéressant, souvent passionnant y compris dans ses manques, ses contorsions. (Joseph Confavreux)

Globalement ce livre est vraiment passionnant et aborde un sujet majeur d'aujourd'hui celui de la bataille culturelle et finalement cette question : est-ce que la gauche a perdu la bataille des idées comme on l'entend très souvent. (Eugénie Bastié)

Thomas Laqueur - Le Travail des morts : une histoire culturelle des dépouilles mortelles

Deuxième temps de l’émission, on passe du grand cadavre à la renverse de la gauche française... aux cadavres tout court. Nous allons maintenant nous intéresser en effet au livre de Thomas Laqueur, Le Travail des morts : une histoire culturelle des dépouilles mortelles, publié par Gallimard dans la collection NRF Essais. La traduction est signée Hélène Borraz à qui il faut tirer un grand coup de chapeau, pour la qualité évidente de la traduction, mais aussi pour la somme du travail accomplie sur cet ouvrage qui fait au final 928 pages.

Il faut bien cela pour traiter d’un sujet immense : la compréhension en anthropologue et en historien de l’attitude des Hommes à l’égard de la mort, des corps morts pour être précis. Avec une approche sur le temps long dont l’auteur est coutumier, c’est celle qu’il avait adopté dans Le Sexe en solitaire, son dernier livre paru en 2005 qui faisait l’histoire de la réprobation de la masturbation. Laqueur est donc passé de la petite à la grande mort... 

Malgré son ambition universelle, il se concentre sur l’Occident et principalement sur l’Angleterre, la spécialité de l’auteur. De l’évolution des cimetières à l’apparition de la crémation, des monuments commémoratifs aux cendres de la Shoah, Thomas Laqueur analyse la façon dont les morts travaillent la société, jusqu’à considérer que les défunts font les civilisations. 

Il y a une ambition anthropologique qui se rapproche par exemple du travail de Claude Lévy Strauss définissant l’inceste comme un tabou universel. Le postulat de Thomas Laqueur, c’est que les corps morts sont plus puissants que les corps vivants... et qu’ils permettent de comprendre l’évolution des sociétés. C’est un livre assez vertigineux...

Travail immense, vertigineux, passionnant qui aborde la question la plus universelle celle de la mort. Toutes les facettes y sont abordées : les funérailles, les sépultures, les arbres dans les cimetières, les différentes tombes, les différents moyens de crémation. (Eugénie Bastié)

On comprendra à quel point, avec le tabou de l'inceste, le corps des morts lie intimement culture et nature [...] On passe d'un ancien régime des morts à un nouveau régime des morts (au siècle des Lumières) mais ce passage n'est pas l'abandon, la considération que le corps pourrait être vu comme un déchet ou une matière organique... (Joseph Confavreux)

  • Notre choix musical

Christine and the Queens chante "Intranquillité" dans l'album éponyme.

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L'instant critique 

Nous parlerons du n° 56 de la revue Écologie & Politique qui fête ses 25 ans (éditions Le Bord de l'Eau) et plus particulièrement  de l'article de Jean-Paul Deléage "L’écologie politique, vingt-cinq ans plus tard". Jean-Paul Deléage est historien et fondateur de cette revue.

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