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Un activiste grimpe sur le monument au centre de la place de la République avec la bannière "On occupe mieux que ça" (Nuit debout le 26 avril 2016 à Paris)

Penser et repenser la démocratie

49 min
À retrouver dans l'émission

Ce soir comme chaque semaine deux essais sous les feux de la critique : "De la démocratie en France. République, nation, laïcité" de Dominique Schnapper (Odile Jacob) et "Antidémocratie" de Sandra Laugier et Albert Ogien (La Découverte) pour un regard croisé sur la démocratie.

Un activiste grimpe sur le monument au centre de la place de la République avec la bannière "On occupe mieux que ça" (Nuit debout le 26 avril 2016 à Paris)
Un activiste grimpe sur le monument au centre de la place de la République avec la bannière "On occupe mieux que ça" (Nuit debout le 26 avril 2016 à Paris) Crédits : Joël Saget - AFP

Avec d’abord un livre qui revient sur trois décennies de recherches de la sociologue Dominique Schnapper… De la démocratie en France. République, nation, laïcité, il est sorti chez Odile Jacob et montre encore une fois la permanence de ces questions, et du clivage identifié en son temps par Régis Debray entre Républicains et Démocrates. Une opposition que tentent de dépasser la philosophe Sandra Laugier et le  sociologue Albert Ogien qui publient Antidémocratie aux éditions La Découverte, en abordant ces questions à l’aune des nouvelles formes de mobilisation politiques.

Dominique Schnapper - De la Démocratie en France : République, Nation, laïcité

C’est surtout un ouvrage qui permet d’historiciser des débats dans lesquels nous sommes pris au quotidien et dont on a tendance à oublier qu’ils nous occupent depuis plusieurs décennies maintenant… parfois exactement dans les mêmes termes. C’est ce qu’on ne peut que constater à la lecture de cet essai qui rassemble des articles organisés autour de deux grands thèmes : qu’est-ce qui constitue le lien démocratique d’une part et quel rapport entre citoyenneté et pluralisme de l’autre… 

Le plus ancien article date de 1987, le plus récent de 2015 mais Dominique Schnapper a jugé utile de ne pas les reprendre, de ne pas leur apporter de corrections, ce qui nous offre une plongée dans l’avancée des connaissances autant qu’un témoignage de l’évolution d’une certaine vision de la démocratie et de ses corolaires : l’universel, l’égalité, la liberté, la citoyenneté, la laïcité, l’intégration, l’identité, le multiculturalisme…

Dominique Schnapper regarde ces questions en sociologue mais propose aussi des analyses plus philosophiques et même à certains égards politiques. Dans cette opposition entre Républicains et Démocrates, que je citais en introduction et qui avait été développée en 1989 par Régis Debray dans un article du Nouvel Observateur… Dominique Schnapper se situe clairement du côté de la République dans laquelle l’Etat surplombe la société… quand pour les démocrates la société domine l’Etat.

On va se pencher maintenant sur un essai qui se veut en quelque sorte une proposition pour dépasser les problématiques évoquées par Dominique Schnapper.

Dominique Schnapper n’est pas que dans la recherche universitaire. Ce qui la singularise avec d’autres, c’est qu’elle jette des ponts entre le monde académique et le monde de la décision politique. […] Ce qu’elle recherche fondamentalement c’est une république ouverte qui soit à la fois sociale et ouverte au pluralisme sans être dans le relativisme culturel. (Alexis Lacroix)

Elle pose le principe républicain comme un principe indépassable. Dominique Schnapper dessine une sociologie attentive aux individus […] je trouve que sur le choix de ses objets sociologiques elle est très intéressante (exemples : dès 1981 elle parle du chômage comme catastrophe sociale, en 1987 elle voit la montée du religieux qui pourrait être une menace pour le  futur…). Ce qui sous-tend toute sa pensée dans ce cadre républicain c’est qu’elle défend toujours l’individu. (Cécile Daumas)

Sandra Laugier et Albert Ogien - Antidémocratie

Antidémocratie est le troisième volet d’une trilogie débutée par la philosophe Sandra Laugier et le sociologue Albert Ogien en 2011 avec Pourquoi désobéir en démocratie, poursuivie en 2014 par le Principe Démocratie… ils ont tous paru aux éditions de la Découverte. Vous aurez tous compris quel en est l’objet principal… leur point de départ c’est la volonté de comprendre et de remettre en perspective ce que les sciences sociales s’accordent à décrire comme un désenchantement et même une certaine méfiance vis-à-vis de la démocratie comme système.

Les auteurs proposent une solution : une radicalisation de la démocratie comme mode de vie, contre toutes les manifestations de ce qu’ils désignent par ce terme donc d’antidémocratie. La notion est à la fois précise et vaste : elle caractérise tout mouvement de résistance à l’extension du pouvoir des citoyens, de leur accès aux fonctions de contrôle et d’initiative. Ils remettent en cause l’idée de représentation au profit d’une approche plus directe.

La méthode employée : une enquête conceptuelle qui s’appuie sur des événements récents comme le terrorisme, la crise grecque, Nuit Debout, les élections…

Nous serons en compagnie de Cécile Daumas, Rédactrice en chef adjointe, service Idées de Libération  et Alexis Lacroix, directeur délégué de la rédaction de l’Express pour en parler.

Dans les appels à la démocratie directe il y a parfois le meilleur mais il y a aussi souvent le pire […]. C’est-à-dire l’exaltation d’une sorte d’immédiateté  politique, de spontanéisme politique. Je ne suis pas sûr  que quand on se libère des limites  du jeu démocratique tel que prescrit par le régime institutionnel, on est forcément dans cette respiration démocratique appelée de leurs vœux par les auteurs. (Alexis Lacroix)

Ce que j’aime dans ce livre c’est qu’il est utopique, qu’il est idéaliste. C’est vrai mais au moins les auteurs donnent  un principe politique et un principe de vie. Et surtout, ils remettent le citoyen au centre de la décision politique. (Cécile Daumas)

L'instant critique

Cécile Daumas nous recommande la lecture de l'article de l'économiste Gabriel Zucman, spécialiste des paradis fiscaux, intitulé : « 40 % des profits des multinationales sont délocalisés dans les paradis fiscaux », il est également l'auteur du livre paru au Seuil La richesse cachée des nations : enquête sur les paradis fiscaux.
Alexis Lacroix nous propose un film pour ce week-end, il s'agit de "Jalouse", un film de David Foenkinos et Stéphane Foenkinos. Le pitch : Nathalie Pêcheux, professeure de lettres divorcée, passe quasiment du jour au lendemain de mère attentionnée à jalouse maladive.

Bibliographie

Intervenants
  • rédactrice en chef adjointe, service Idées de Libération et présidente du Laboratoire de l'égalité
  • Journaliste et essayiste
L'équipe
Production
Réalisation
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