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Des écoliers marchent pour le climat lors de l’événement « sauver la planète » du 15 mars 2019 à Paris.

"Peuple" de Déborah Cohen / "Comment gouverner un peuple-roi ?" de Pierre-Henri Tavoillot

48 min
À retrouver dans l'émission

Ce soir comme chaque semaine deux essais sous les feux de la critique : "Comment gouverner un peuple-roi ?" de Pierre-Henri Tavoillot (Odile Jacob) et "Peuple" de Déborah Cohen (Anamosa).

Des écoliers marchent pour le climat lors de l’événement « sauver la planète » du 15 mars 2019 à Paris.
Des écoliers marchent pour le climat lors de l’événement « sauver la planète » du 15 mars 2019 à Paris. Crédits : Frédéric Soltan / Corbis - Getty

Ce soir, exceptionnellement en direct et en public du salon Livre Paris, deux essais pour une question qu’on pourrait résumer d’une formule éculée mais toujours efficace… « De quoi le peuple est-il le nom ? ». On évoquera d’abord un court texte d’intervention signé Deborah Cohen et simplement intitulé Peuple. Publié chez Anamosa, l’historienne s’y penche sur la difficulté aujourd’hui à utiliser ce mot… revendiqué à tous les échelons de la politique et de la vie intellectuelle. La question est alors de savoir s’il faut définitivement abandonner le mot peuple, ou s’il peut être réactivé et redevenir un opérateur politique. C’est une interrogation partagée par le philosophe Pierre-Henri Tavoillot dans Comment gouverner un peuple-roi ? publié chez Odile Jacob, mais dans une perspective très différente. Il propose en effet un traité de philosophie politique qui se penche sur la crise actuelle de la démocratie, et propose d’y répondre par une réflexion sur le pouvoir et l’art d’être gouverné. 

Deborah Cohen - Peuple

Je vous propose de commencer par l’essai de Deborah Cohen, un peu contre les habitudes de cette émission. En général on réserve en effet la deuxième partie à ce type de livres d’intervention, mais il m’a semblé plus logique d’inverser l’ordre aujourd’hui. En effet, la réflexion menée par l’historienne sur la possibilité - ou non - de continuer à employer le mot « peuple » est un bon préalable au traité politique de Pierre-Henri Tavoillot dont il sera question ensuite.

Déborah Cohen est historienne des classes populaires au XVIIIe siècle, maîtresse de conférence à l’université de Rouen. Elle avait déjà signé en 2010, aux éditions Champ Vallon La Nature du peuple. Les formes de l’imaginaire social… dans lequel elle montrait l’étrange proximité entre les regards portés sur le peuple dans l'Ancien Régime, et celui qu’on porte aujourd’hui. Une réflexion qu’elle condense dans ce nouvel essai paru dans la collection « Le Mot est faible » tout juste créée par les éditions Anamosa -présentes au salon Livre Paris pour les curieux- , qui font un travail important pour promouvoir de nouvelles façons de faire de l’histoire.

Cette nouvelle collection s’empare des mots qui occupent l’actualité pour tenter de leur redonner un sens qu’ils ont parfois perdu à force d’être utilisés. En l’occurrence, Deborah Cohen prend pour point de départ une déclaration de Marine Le Pen en 2017, « je suis la candidate du peuple » pour se demander si finalement, face à tant de confusion et de récupération possible, on a vraiment besoin de ce mot. 

Le travail de Déborah Cohen trace un chemin assez empathique, précis, qui n'est pas complètement satisfaisant -sans doute- dans les limites de l'exercice, mais qui permet de ne pas voir seulement le peuple comme une foule qu'on craindrait ou comme un fétiche qu'on adorerait. (Joseph Confavreux)

J'ai trouvé que son essai était un essai embarrassé mais un essai honnêtement embarrassé, elle nous fait part de sa perplexité face à un concept fondateur de la gauche (...) et qui est maintenant le levier de la prise de pouvoir d'un certain nombre de partis à travers l'Occident de droite. (Vincent Trémolet de Villers)

Pierre-Henri Tavoillot - Comment gouverner un peuple-roi ?

Deuxième temps de l’émission, je vous propose maintenant de nous pencher sur l’essai de Pierre-Henri Tavoillot, Comment gouverner un peuple-roi ?,   sous-titre  « Traité nouveau  d’art  politique » publié chez Odile Jacob. Philosophe, Président du Collège de philosophie et enseignant à Sorbonne Université, Pierre-Henri Tavoillot est spécialiste de la philosophie des Lumières dont il applique les enseignements au contemporain… l’éducation, le choc des générations. Il mène surtout depuis plusieurs années une réflexion de philosophie politique sur l’art de gouverner : Qui doit gouverner ? Une brève histoire de l'autorité (Paris, Grasset, 2011).

C’est dans cette veine qu’il publie ce qu’il appelle lui-même un traité politique, forme un peu désuète et choix "culotté" car proposer un traité, c’est toujours s’exposer à se voir reprocher ce qu’on ne dit pas, ce qu’on évacue nécessairement afin d’en préserver la cohérence. Ça oblige surtout à faire des propositions. Pierre-Henri Tavoillot ne se dérobe pas, et adopte donc cette forme pour répondre au grand paradoxe selon lui de la démocratie : comment un peuple roi peut-il être gouverné ? Il se situe là dans un débat très actuel sur les menaces qui pèsent sur la démocratie qu’on dit dépassée, quand ce n’est pas carrément morte. 

C'est un livre assez étonnant dans sa qualité d'écriture et de construction, dans son ambition (...), la notion d'art politique est une notion qui pourrait paraître comme dépassée, moi il me semble que dans les temps que nous vivons, elle est plus présente que jamais et Pierre-Henri Tavoillot rappelle sa richesse et sa complexité. (Vincent Trémolet de Villers)

On sait bien que la démocratie est  une notion instable, ça ne peut pas amener le consensus avec l'organisation de la conflictualité mais qu'organiser la conflictualité  ce n'est pas évident. Je peux le suivre  dans beaucoup de ses développements quand on étudie  philosophiquement  les tensions incarnées par le terme de "democratos" (comme on fait à la fois le dèmos et le cratos) mais pas au prix d'une absence complète de la question sociale et des conditions historiques. (Joseph Confavreux).

>Choix musical : KALI UCHIS - MIAMI {FEAT. BIA}

L'instant critique

Joseph Confavreux nous propose un livre celui de Claire Richard : "Les chemins du désir" (Seuil). C'est une  histoire personnelle, intime, de l’imagerie pornographique (de YouPorn aux variantes les plus récentes). Vincent Trémolet de Villers  nous parle des cent ans des éditions Les Belles Lettres qui proposent la plus importante bibliothèque au monde de textes classiques. Depuis 1919, les civilisations anciennes voient leur  patrimoine littéraire rendu accessible aux lecteurs, par un méticuleux  travail d'édition et de traduction de textes souvent encore inédits  éclairés par des introductions et un appareil de notes.  Il y a non seulement des textes grecs, latins, mais  aussi des textes chinois, sanskrits, donnés dans des  éditions bilingues de référence.

Intervenants
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