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"Science sans conscience n'est que ruine de l'âme". Portrait de F. Rabelais (1494-1553)

Peut-on encore être humaniste ?

49 min
À retrouver dans l'émission

Ce soir comme chaque semaine deux essais sous les feux de la critique : "Questions de conscience. De La génétique au posthumanisme", Jean-François Mattei (Les liens qui libèrent) et "Trois utopies contemporaines" de Francis Wolff (Fayard).

"Science sans conscience n'est que ruine de l'âme". Portrait de F. Rabelais (1494-1553)
"Science sans conscience n'est que ruine de l'âme". Portrait de F. Rabelais (1494-1553) Crédits : Musée du Chateau de Versailles@Luisa Ricciarini/Leemage - AFP

Nous serons en compagnie de Catherine Portevin de Philosophie Magazine et de Vincent Trémolet de Villers du Figaro pour une réflexion sur ce qui constitue notre commune humanité… Dans Question de conscience publié aux éditions Les Liens qui Libèrent, le médecin et généticien Jean-François Mattei s’interroge sur les conséquences éthiques du progrès médicale qui permet non plus simplement de réparer les vivants, mais de les améliorer. Une question qu’aborde également Francis Wolff puisque le transhumanisme compose avec l’animalisme et le cosmopolitisme Les trois utopies contemporaines que le philosophe se propose de décortiquer dans un essai paru chez Fayard.

Question de conscience - Jean-François Mattei

Question de conscience : De la génétique au Posthumanisme publié aux éditions Les Liens qui libèrent n’est pas la première contribution du médecin et généticien sur le sujet. On citera chez le même éditeur Où va l’humanité et L’humanitaire à l’épreuve de l’éthique. Il faut aussi rappeler le parcours professionnel et politique de Jean-François Mattei… rapporteur en 1994 des lois de Bioéthique qu’il a ensuite révisé en 2004 quand il était ministre de la Santé. Il a aussi longtemps été président de la Croix Rouge et a participé, en tant que membre du Conseil de l’Europe, à la construction d’une éthique internationale.

La question posée ici est simple, du moins en apparence : peut-on accueillir les progrès de la médecine, et la possibilité offerte notamment par la génétique de sélectionner et d’améliorer les performances humaines, sans risquer de perdre notre humanité.

L’essai est une réflexion ancrée dans la pratique et l’expérience de Jean-François Mattei qui en déduit un certain nombre de questions : sommes-nous définis par notre corps, par nos gènes, y a-t-il eu un tournant eugéniste de nos sociétés ? Notre humanité peut-elle résister aux projets transhumanistes et posthumanistes. Beaucoup de questions de ce genre et une idée à la fin : il faut remettre de la conscience dans la science, ne pas avoir peur de parler de morale.

C’est un livre assez complet, il essaye d’aborder toutes les dimensions de cette question transhumaniste, c’est-à-dire la dimension de la génétique, la dimension de la machine (de ce qu’on appelle l’homme augmenté), le pouvoir des GAFA […] qui tentent de faire mourir la mort… Tout ça il le balaye, il le fait de façon pédagogique et renseignée. (Vincent Trémolet de Villers)

En revanche moi ce qui m’a intéressé c’est le moment où on se demande si c’est un livre politique : oui mais pas au sens partisan […] le chapitre où l’on se dit c’est pour ça qu’il a écrit le livre, c’est le chapitre 8 où il essaye d’examiner point par point [après il donne son opinion et je respecte tout-à-fait] c’est le chapitre « Jusqu’où naitre autrement » et il observe point par point tous les attendus et toutes les implications de la PMA (procréation médicalement assistée) et de la GPA (gestation pour autrui). Et ça, il le fait de façon très méthodique et on sent que c’était ça le cœur de son intervention. (Catherine Portevin)

Trois Utopies contemporaines - Francis Wolff

Deuxième temps de l’émission… on va maintenant parler de Trois Utopies contemporaines, le dernier essai du philosophe Francis Wolff publié chez Fayard dans la collection Histoire de la pensée.

Au point de départ de ce livre, l’idée selon laquelle nous avons perdu les repères qui nous permettaient historiquement de nous distinguer des dieux d’un côté, des animaux de l’autres. De là naissent de nouvelles utopies : le posthumanisme qui entend nous débarrasser définitivement de notre animalité et faire de nous des immortels, autant dire des dieux par les vertus de la technique. L’utopie animaliste à l’inverse veut abolir toutes les frontières qui nous séparent des autres êtres sensibles : inclure hommes et bêtes dans la même communauté morale. Francis Wolff décortique et réfute ces idées, pour proposer une autre utopie propre selon lui à revaloriser l’humanisme : un cosmopolitisme sans frontière.

On va évidemment retracer les étapes de ce raisonnement. Il faut peut-être situer Francis Wolff qui continue ici de chercher le meilleur moyen de perpétuer l’héritage des Lumières et de renouer avec la notion de progrès. Il est professeur émérite au département de philosophie de l’école normale supérieure de la rue d’Ulm. On lui doit notamment chez Fayard Pourquoi La Musique en 2015 et Il n’y a pas d’amour parfait qui avait reçu le prix Bristol en 2016.

J’ai été impressionné d’abord par l’opposition qui fait système entre l’animalisme et le posthumanisme, c’est-à-dire soit l’homme est une machine comme les autres soit l’homme est un animal comme les autres. ça j’avoue que c’est un rapprochement très intelligent, très brillant. ( VincentTrémolet de Villers)

Moi j’ai beaucoup aimé ce livre parce que j’ai trouvé extrêmement intéressant que justement […] il parte à partir de la notion d’utopie et cela change tout. ça change tout quand on essaye de comprendre ce qui se passe quand il s’agit de réhabiliter cette notion d’utopies. (Catherine Portevin)

L'instant critique...

Catherine Portevin a choisi un documentaire d' Alexandre O Philippe diffusé sur ARTE qui met l'accent sur une séquence qui a changé la face du cinéma : la scène du meurtre sous la douche de Marion Crane (Janet Leigh) par Norman Bates (Anthony Perkins) dans "Psychose", qui comporte 78 plans et 52 coupes.: 78/52 : les derniers secrets de «Psychose» et Vincent Trémolet de Villers nous propose d'aller à la mairie du 5e arrondissement de Paris (du lundi au samedi entre 10h et 18h) pour découvrir "Présence de la peinture en France, 1974 - 2016". Une sélection des 30 œuvres présentées qui prennent place dans l’histoire de l’art, dans la suite des meilleures œuvres du passé et dans l’attente de celles du futur... Une exposition gratuite.

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