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Caricature parue dans Le Rire, 20 mai 1905. L’homme au milieu est Jean-Baptiste Bienvenu-Martin, ministre de l’Instruction publique du cabinet Rouvier.

Plaidoyers pour la religion et la nation ?

49 min
À retrouver dans l'émission

Ce soir comme chaque semaine deux essais sous les feux de la critique : celui du philosophe Rémi Brague, "Sur la Religion" (Flammarion) et "La nation contre le nationalisme" du politologue Gil Delannoi.

Caricature parue dans Le Rire, 20 mai 1905. L’homme au milieu est Jean-Baptiste Bienvenu-Martin, ministre de l’Instruction publique du cabinet Rouvier.
Caricature parue dans Le Rire, 20 mai 1905. L’homme au milieu est Jean-Baptiste Bienvenu-Martin, ministre de l’Instruction publique du cabinet Rouvier. Crédits : Charles Léandre

Deux livres qui entendent réhabiliter respectivement la religion et la nation. Vaste programme aurait dit Charles De Gaulle qui d’ailleurs ne négligeait ni l’une, ni l’autre. Pour s’y atteler deux auteurs qui creuse chacun son sillon depuis plusieurs ouvrages. Le philosophe Rémi Brague poursuit sa critique de la modernité avec Sur la Religion, aux éditions Flammarion. Le politologue Gil Delannoi,  quant à lui, sort aux Presses Universitaires de France La nation contre le nationalisme, une opposition qui n’est pas le paradoxe le plus surprenant d’un essai qui cultive le contre-pied.

Rémi Brague - Sur la Religion 

Rémi Brague est philosophe, Membre de l'Institut de France, il est professeur émérite de l'Université Panthéon-Sorbonne. C’est un érudit, spécialiste de la philosophie médiévale arabe, juive et du christianisme. Une connaissance des trois monothéismes qu’il mobilise ici pour évoquer la religion non pas comme fait social mais bien comme un phénomène transcendantal. C’est suffisamment inhabituel pour qu’on s’y arrête. La forme du titre d’ailleurs, Sur la Religion, fait penser à un traité d’une autre époque… le style du livre un peu aussi il faut bien le dire.

Rémi Brague est l’auteur de nombreux ouvrages toujours très savants mais qui portent ces dernières années un projet intellectuel qui frise avec le politique : montrer les failles de la modernité. C’était évidemment le cas en 2014 dans Modérément Moderne mais aussi dans Le Règne de l'homme : Genèse et échec du projet moderne en 2015.

Dans le livre qui nous intéresse aujourd’hui, il part d’un constat : s’il y a trente ans il fallait parler de politique pour avoir l’air sérieux alors qu’évoquer la religion était le meilleur moyen de déclencher l’hilarité… désormais c’est la politique qui fait rire et la religion qui inquiète. Au fil des chapitres Rémi Brague s’intéresse beaucoup aux mots, en philologue, et revient aux sources de La Religion pour interroger son rapport à la raison, au droit, à l’état, à la liberté, à la violence… c’est une réponse aux inquiétudes contemporaines et une forme de plaidoyer.

Deuxième temps de l’émission après la religion donc, la Nation. On n’a pas peur de s’attaquer à des sujets massifs et controversés.

On pourrait sous-titrer ce livre « pas d’amalgame ». C’est ce qu’il essaye  de faire, déconstruire le relativisme contemporain qui met toutes les religions dans le même sac… Ce livre est un exercice de distinction entre les différentes religions et à l’intérieur des différentes religions les différents concepts. (Eugénie Bastié)

Rémi Brague n’est pas un analphabète en théologie et donc je trouve dommage qu’il arrive, à mon avis par conviction politique, à faire de cette lecture des textes […] là on est pas dans un dialogue interreligieux mais dans une volonté de hiérarchiser et de classer les religions qui me semble absurde… (Joseph Confavreux)

Gil Delannoi  - La nation contre le nationalisme

Cet ouvrage est sorti aux PUF… politologue, sociologue, chercheur au Cevipof et professeur à Sciences Po Gil Delannoi  n’est pas à son coup d’essai sur le sujet. Il est l’auteur de Sociologie de la nation. Fondements théoriques et expériences historiques ou encore avec Pierre-André Taguieff de Nationalismes en perspective.

La proposition de son dernier livre est comprise dans le titre : la nation est le meilleur rempart contre le nationalisme. Une affirmation pour le moins contre-intuitive qu’il étaye en reprenant lui aussi les choses à leur fondement. La naissance des Nations, leurs fonctions d’émancipation, de liberté et d’égalité, l’opposition entre la dimension politique et culturelle… pour montrer finalement que la Nation n’est qu’un véhicule, le seul qui permette la démocratie selon lui et qui ne serait être tenu responsable des dérives qui ont eu lieu en son nom. Abandonner la Nation serait une folie.

Or cette idée est très répandue : Gil Delannoi récuse la Doxa dominante qui affirme selon lui qu’on assisterait à la mort des nations, un phénomène qui, s’il n’est pas inéluctable, est au moins souhaitable… C’est le triomphe de ce qu’il décrit du néologisme de « natiophobie ».

Sa thèse est assez convaincante mais un peu datée. Ca fait déjà longtemps que Régis Debray dans son « Eloge des frontières » et Pierre Manent dans « La raison des nations » avaient bien expliqué la raison d’être des nations et comment la nation pouvait faire barrage à une forme de mondialisme et à une forme d’identarisme. (Eugénie Bastié)

C’est un livre au-delà du décalé, un peu inconséquent, il ne parle pas de populisme, de protectionnisme. Il parle des frontières en en faisant l’éloge mais sans expliquer ce que cela veut dire[…]. Il ne s’aventure jamais sur un terrain concret. (Joseph Confavreux)

L'instant critique

Joseph Confavreux nous propose une nouvelle revue Panthère Première,  une  revue indépendante de critique sociale, son premier numéro se penche sur les paroles « déplacées », et Eugénie Bastié met l'accent sur un roman L'Archipel des Solovki écrit par un auteur contemporain Zakhar Prilepine paru chez Actes Sud, 800 pages pour suivre le destin d'Artiom.

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