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Une manifestation de fermiers à Nantes le 24 mai 1968. Sur la pancarte "Tu nous dit que le lait est trop cher mais tu profites des Pays Tiers qui produisent la chère Margarine."

Raconter mai 68 autrement

49 min
À retrouver dans l'émission

Ce soir comme chaque semaine deux essais sous les feux de la critique : "De grands soirs en petits matins" de l’historienne Ludivine Bantigny publié au Seuil et "La France d’hier : récit d’un monde adolescent" essai d’ego-histoire de Jean-Pierre Le Goff publié aux éditions Stock.

Une manifestation de fermiers à Nantes le 24 mai 1968. Sur la pancarte "Tu nous dit que le lait est trop cher mais tu profites des Pays Tiers qui produisent la chère Margarine."
Une manifestation de fermiers à Nantes le 24 mai 1968. Sur la pancarte "Tu nous dit que le lait est trop cher mais tu profites des Pays Tiers qui produisent la chère Margarine." Crédits : AFP - AFP

Deux livres qui se penchent sur un événement à la mémoire controversée et dont on célèbre cette année le cinquantenaire… vous l’aurez compris nous parlons ce soir de mai 68. Avec d’abord le 1968 : de grands soirs en petits matins publié au Seuil par l’historienne Ludivine Bantigny. Elle s’est replongée dans les archives, dont certaines inédites, pour restituer la diversité des expériences. Une histoire du collectif qui contraste avec l’essai d’ego-histoire de Jean-Pierre Le Goff… La France d’hier : récit d’un monde adolescent… pour un récit très personnel dans la France qui s’ennuie.

Ludivine Bantigny - 1968 : de grands soirs en petits matins

Ludivine Bantigny est l’une des historiennes les plus en vue ces dernières années. Maîtresse de conférences à l’université de Rouen Normandie, elle a été repérée d’abord pour ses travaux sur la jeunesse : Le plus bel âge ? un livre paru  chez Fayard en 2007, puis en 2015 elle a codirigé avec Ivan Jablonka aux PUF Jeunesse oblige : Une histoire des jeunes en France (XIXe-XXIe siècles). C’est aussi une intellectuelle engagée qui n’a pas peur de tirer les fils d’une histoire très contemporaine comme dans La France à l'heure du monde. De 1981 à nos jours,  au Seuil en 2013.

Une approche revendiquée dans l’introduction de l’ouvrage qui nous intéresse aujourd’hui : « l’écriture est toujours un engagement » affirme l’historienne. Comme elle a pu le faire auparavant en s’attaquant au concept des Trente Glorieuses ou de jeunesse, ce « concept totalitaire » disait Jean Guéhenno, Ludivine Bantigny a le souci de sortir du prêt-à-penser et de proposer une historiographie renouvelée. 

Pour y parvenir, elle propose à la fois d’explorer des sources inédites – du côté de l’État avec les archives des RG, des préfectures, de la police, de l’Elysée – mais aussi de varier les angles d’observation en faisant une histoire des émotions, en sortant de Paris. Pour elle la politique se loge avant tout dans la prise de parole… la parole qu’on prend comme on a pris la Bastille disait Michel de Certeau cité par Ludivine Bantigny. 

On peut même se demander si elle ne veut pas réhabiliter mai 68. C’est un très beau livre, c’est une histoire très vivante qui en fait son attrait premier. Il est basé sur un travail d’archives assez phénoménal.(Cécile Daumas)

C’est un décentrement du regard […] Elle élargit notre focale jusqu’à écrire une histoire internationale des affects politiques qui ont été mobilisés dans la révolution de 68. (Alexis Lacroix)

Jean-Pierre Le Goff - La France d’Hier : récit d’un monde adolescent des années 1950 à Mai 68

Deuxième temps de l’émission, nous parlons toujours de mai 68 mais on change radicalement la perspective avec La France d’Hier : récit d’un monde adolescent des années 1950 à Mai 68, publié chez Stock. Car ce livre est un objet très étonnant. En effet, Jean-Pierre Le Goff qui est sociologue, philosophe de formation, avait déjà abordé l’événement dans Mai 68 : l’héritage impossible, livre sorti à La Découverte en 1998. Ce livre avait connu un certain succès, notamment par l’invention du concept de gauchisme culturel : l’idée de Le Goff, qui est un ancien soixante-huitard, étant que si les organisations politiques trotskistes ou maoïstes avaient vite disparu… l’idéal libéral-libertaire lui a survécu. Jean-Pierre Le Goff est de ceux qui ont avancé l’idée selon laquelle l’individualisme contemporain est le fruit direct de mai 68.

On pouvait s’attendre à ce que celui qui s’affirme aujourd’hui volontiers conservateur reprenne ce fil. En fait il semble avoir des remords, et propose de sortir de la légende noire qui a succédé à la légende dorée en livrant un récit personnel de l’époque. La grande majorité du livre est donc écrit à la première personne et relate ce qu’on pourrait appeler une jeunesse normande de classe moyenne dans l’immédiate après-guerre. Il s’agit de faire comprendre de l’intérieur le climat de l’époque : l’école, l’Église, la culture, la contre-culture… et finalement ce qui peut expliquer l’embrasement et l’engagement. 

Je dois reconnaître un livre immense d’intelligence car on échappe sous la plume de Legoff à cette alternative de la légende noire comme de la légende dorée. On échappe à l’héroïsation des acteurs de mai 68 et à un climat de flétrissure. […] c’est d’abord de l’égo-histoire. (Alexis  Lacroix)

Jean-Pierre Legoff (contrairement à Ludivine B.) a vécu Mai 68 sur le terrain jusqu’au bout, il s’est même engagé ensuite dix ans dans le gauchisme ce qui explique une forme de rancœur par rapport à l’histoire des vainqueurs (Cohn-Bendit and C°)qui ont confisqué la mémoire et rendu cette mémoire de 68 impossible. (Cécile Daumas )

Intervenants
  • rédactrice en chef adjointe, service Idées de Libération et présidente du Laboratoire de l'égalité
  • Journaliste et essayiste
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