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Le 16 janvier 2003, à la veille de la date anniversaire du déclenchement de l'Opération "Tempête du désert", des manifestants soudanais protestent contre l'interventionnisme américain.

Repenser la guerre comme acte politique

49 min
À retrouver dans l'émission

Ce soir comme chaque semaine deux essais sous les feux de la critique : "Aujourd’hui la guerre" de Catherine Hass chez Fayard et "Où va la France populaire ?"’ un ouvrage dirigé par les sociologues Nicolas Duvoux et Cédric Lomba, publié aux PUF.

Le 16 janvier 2003, à la veille de la date anniversaire du déclenchement de l'Opération "Tempête du désert", des manifestants soudanais protestent contre l'interventionnisme américain.
Le 16 janvier 2003, à la veille de la date anniversaire du déclenchement de l'Opération "Tempête du désert", des manifestants soudanais protestent contre l'interventionnisme américain. Crédits : Patrick Baz - AFP

Deux livres qui tentent de penser à nouveaux frais de vieilles questions. La guerre tout d’abord, dans Aujourd’hui la guerre publié par Catherine Hass chez Fayard… pour une enquête sur la disparition puis le retour du terme à l’occasion des attentats de 2015, qui remonte aux sources des penseurs comme Clausewitz, Mao ou Carl Schmitt… et l’anthropologue de s’interroger : de quoi parle-t-on désormais quand on parle de guerre ? C’est un tout autre sujet qui nous occupera en seconde partie, mais qui pose lui aussi la question de savoir comment repenser pour le présent des questions anciennes : en l’occurrence celle des classes populaires. Où va la France populaire ?, c’est le titre de l’ouvrage dirigé par les sociologues Nicolas Duvoux et Cédric Lomba, publié aux PUF. Pour finalement repenser une catégorie dont on a vu ces derniers temps qu’elle était à la fois solidaire de destin, et extraordinairement hétérogène de situation.

Aujourd’hui la guerre - Catherine Hass

Je vous propose de commencer par l’essai de Catherine Hass Aujourd’hui la guerre sous-titré Penser la guerre : Clausewitz, Mao, Schmitt, administration Bush publié chez Fayard. C’est un livre tiré de sa thèse en anthropologie politique soutenue en 2015. Après un passage à l’Institut du Temps présent, Catherine Hass est aujourd’hui chercheuse associée au CERNA (Centre d'Économie Industrielle), MINES ParisTech, PSL Research University… et chargée de cours à Sciences Po Paris.

Ce premier essai propose, comme souvent quand un livre est tiré d’un travail de thèse, une enquête très dense et complète… ici sur le nom de guerre, comment le mot et la chose ont évolué dans l’histoire, et surtout comment l’étude des écrits de théoriciens comme Clausewitz, Mao ou Carl Schmitt peut servir aujourd’hui. Car, et c’est le point de départ, Catherine Hass constate une grande confusion dans l’emploi du mot « guerre ». 

Tout est résumé dans un paradoxe. Alors que les dirigeants français n’hésitent pas à parler d’une situation de guerre au moment des attentats de 2015… ils rechignent toujours à employer le mot pour décrire les opérations menées au Mali ou en Syrie. L’anthropologue montre comment cette confusion est héritée d’une période, après la chute du mur de Berlin, où l’on pensait la guerre disparue, et au cours de laquelle on l’a vidée de sa substance politique pour n’en faire que la manifestation d’une sorte de guerre civile globalisée. Au risque de ne plus rien comprendre à sa complexité, à ce qui fait la différence par exemple entre le génocide rwandais, la guerre en Yougoslavie ou les affrontements entre Israéliens et Palestiniens…

Cet ouvrage peut-être vu comme un essai de philosophie politique mais plutôt dans une perspective aristotélicienne et non pas à la manière de Platon (...) comme Aristote sous forme de typologie, de cas concrets, des formes de guerres pour montrer la variété qui peut être contenu sous le terme de guerre. En partant évidemment des guerres contemporaines (...) La guerre selon elle est pos-étatique. C'est l'état nation qui va être dissolu dans l'idée de guerre. (Aliocha Wald Lazowski)

C'est là que le livre devient très intéressant, c'est quand elle dit que quand la guerre menée par l'administration Bush c'est une guerre qui prétend faire la guerrre pour les individus des états qu'elle attaque ! (Joseph Confavreux)

Où va la France populaire ? - Nicolas Duvoux et Cédric Lomba

Pour le deuxième temps de l’émission, je vous propose de nous pencher sur l’essai dirigé par Nicolas Duvoux et Cédric Lomba, Où va la France populaire ?, publié aux PUF dans la collection « la vie des idées.fr ». Ils sont tous les deux sociologues, comme d’ailleurs l’ensemble des contributeurs au livre : Nicolas Duvoux est rédacteur en chef de la revue en ligne La Vie des idées.fr, professeur des université à Paris 8 Vincennes-Saint-Denis et chercheur au Cresppa, le Centre de Recherches Sociologiques et Politiques de Paris où officie également Cédric Lomba en tant que directeur de recherche au CNRS. 

Comme dans le premier essai, on s’intéresse ici à un mot, une expression qui est loin d’être une invention conceptuelle… mais qui semble avoir perdu ces dernières années de sa signification, de sa valeur opératoire. La question est donc simple et relève de la définition : Qui sont les classes populaires ? Malgré le pluriel, l’unification dans cette catégorie de ceux qu’on désignait avant par le terme de « classe ouvrière » a empêché assez largement, selon les auteurs, de prendre en compte la diversité des situations qui la composaient.

Il s’agit donc ici à travers une série de textes, de dresser une carte des classes populaires en partant de leurs différences : à travers les prismes du travail, du logement, des conditions de revenus, des pratiques culturelles ou encore des ressorts moraux comme un certain rapport à l’égalité. À travers cinq textes tirés d’enquêtes sociologiques au long cours, les auteurs dessinent le portrait de ceux qui aujourd’hui nourrissent les rangs des Gilets Jaunes.

Ce que l'on découvre dans ces textes c'est que parler de multiplicité des classes populaires, c'est déjà faux. On est dans les micros ségrégations. Il faut donc entrer dans la micro-histoire. (...) C'est un livre qui au regard de ce qui se passe aujourd'hui est un livre plus qu'utile. (Joseph Confavreux)

La télévision c'est un peu le baromètre de l'équilibre familial. Tout le monde se retrouve devant l'écran à un moment donné, il n'y a plus de disputes, on oublie le conflit et on évite aussi le silence en allumant la télé. La télévision rythme la vie des citoyens et des citoyennes comme l'horloge dans le foyer... ((Aliocha Wald Lazowski)

L'instant critique

Nous parlerons aujourd'hui de la revue Sciences Humaines, n°311 de février 2019, dans laquelle nous passerons au crible "L'abécédaire des idées d'aujourd'hui" coordonné par Héloïse Lhérété. On passe d'Antispécisme à Asperger, de Climat à Connerie, de Réactionnaire à Sexualité...

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