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Statue de Copernic, astronome de la renaissance (1473-1543) (Statue située dans sa ville natale de Torun)

Repenser la modernité

49 min
À retrouver dans l'émission

Ce soir comme chaque semaine deux essais sous les feux de la critique : "Défense de la Modernité" d'Alain Touraine édité au Seuil, et "Demeure : pour échapper à l’ère du mouvement perpétuel" de François-Xavier Bellamy paru aux éditions Grasset.

Statue de Copernic, astronome de la renaissance (1473-1543) (Statue située dans sa ville natale de Torun)
Statue de Copernic, astronome de la renaissance (1473-1543) (Statue située dans sa ville natale de Torun) Crédits : Frans Sellies - Getty

Ces deux livres abordent chacun à leur façon la question de la modernité. Le grand sociologue Alain Touraine publie au Seuil une Défense de la Modernité  qui vient conclure une recherche ouverte il y a un quart de siècle sur la fin de la société industrielle. Pour une remise à zéro d’un concept aujourd’hui galvaudé, qui appelle une nouvelle définition à l’aide des sciences sociales. Ce livre pose et entend répondre à des enjeux majeurs du moment : le déterminisme économique et social, l’identité, la fin du religieux, l’enjeu écologique… jusqu’à s’intéresser au Bien et au Mal. C’est une tout autre perspective qu’adopte François-Xavier Bellamy dans son livre intitulé Demeure : pour échapper à l’ère du mouvement perpétuel , publié chez Grasset, qui propose de revaloriser une perspective conservatrice. L’agrégé de philosophie, enseignant, interroge la modernité comme ère du mouvement perpétuel, et propose un éloge de la stabilité.

Alain Touraine - Défense de la Modernité

Je vous propose de commencer par l’ouvrage d’Alain Touraine, Défense de la Modernité, publié au Seuil dans la collection La Couleur des Idées. Alain Touraine est un sociologue important, de la génération de Raymond Boudon ou Michel Crozier dont il partage certaines positions contre Pierre Bourdieu pour faire simple.

Il est l’auteur, ces cinquante dernières années, d’une quarantaine d’ouvrages qui s’articulent autour de trois sujets majeurs : d’abord la sociologie du travail, qui l’a amené à réfléchir à l’évolution de la société industrielle. De là, il s’est intéressé à des mouvements sociaux comme Solidarnosc en Pologne ou d’autres en Amérique latine. Dans un troisième temps, Alain Touraine s’est orienté vers la notion de sujet, il développe une réflexion sur l’opposition entre subjectivisation et désubjectivisation développée dans sa Critique de la modernité (publié en 1992). 

L’ouvrage qui nous intéresse ce soir est un retour, un quart de siècle plus tard, sur ce thème en reprenant, je le disais, un travail de définition adapté à notre époque. Touraine évoque même des sociétés Hypermodernes… des sociétés dans lesquelles le pouvoir n’est plus seulement politique et économique, comme à l’époque industrielle, mais également culturel. Dès lors, le cœur de la vie sociale se déplace, il ne se concentre plus sur la défense simplement des intérêts mais aussi sur l’affirmation de droits fondamentaux. 

Les sociétés Modernes se séparent des sociétés d’ordre par leur capacité à produire de la créativité, nous dit Touraine, qui en fait une notion centrale dans cet essai pour public motivé comme on dit pudiquement quand un livre est ardu.

On a envie de prendre ce livre comme un aboutissement, (…) et c’est assez décevant, pour ne pas dire un peu triste, car Alain Touraine a fait des livres très importants. Il n’amène pas de choses très nouvelles par rapport à ce qu’il écrivait il y a vingt, quarante ans. Mais surtout, s'il est un grand sociologue, il fait certainement peu de travail de terrain, et il n'y a pas d’exemples ni de notes de bas de page, la bibliographie est complètement lacunaire… (…) Nous sommes face à un objet très étrange, et qui rend un peu nostalgique de ses travaux plus anciens. (Joseph Confavreux)

J’ai trouvé ce livre extrêmement difficile à lire, extrêmement laborieux (…). L’auteur veut faire un éloge de la modernité, mais il incarne le vieux monde, de la social-démocratie, d’une apologie d’une modernité abstraite, sans contenu, et il ne voit finalement pas les enjeux contemporains (…) : par exemple, il ne cerne pas du tout le populisme, ou dit que la lutte des classes est dépassée alors que l’on voit qu’elle revient très fortement aujourd’hui. (Eugénie Bastié)

François-Xavier Bellamy - Demeure : pour échapper à l’ère du mouvement perpétuel

Deuxième temps de l’émission, je vous propose de nous pencher maintenant sur le livre de François-Xavier Bellamy intitulé Demeure : pour échapper à l’ère du mouvement perpétuel, publié chez Grasset. L’auteur est normalien, il enseigne la philosophie en classe préparatoire, et il est présenté depuis quelques années comme une figure montante de la droite conservatrice. Engagé en politique, il est adjoint au maire de Versailles mais il est aussi très impliqué dans des mouvements comme la Manif pour Tous – il a participé au lancement de son émanation politique, Sens Commun – ou encore les Veilleurs. Pour être complet, je signale aussi qu’il fait partie des « visiteurs du dimanche » de l’Esprit Public d'Emilie Aubry sur France Culture.

François-Xavier Bellamy poursuit dans cet ouvrage une réflexion sur la crise de sens qui affecte selon lui nos sociétés, réflexion amorcée en 2014 dans Les Déshérités qui portait sur l’école et la transmission. Il s’attaque ici à un autre méfait de la modernité, la passion pour le mouvement associée au progrès. Il s’inscrit ainsi dans une réflexion très actuelle sur la notion d’accélération… mais dans une perspective toute autre que celle par exemple d’un Hartmut Rosa dont nous avions parlé ici à propos de son essai Résonnance. Il s’agit en effet de plonger dans la philosophie grecque, la littérature, et de mener une réflexion sur l’actuel, pour montrer à quel point cette foi dans le mouvement est facteur d’instabilité. Face à cela il faudrait affirmer l’importance de retrouver des points d’appui dans nos vies… s’attacher à ce qui demeure.

C’est finalement une généalogie de la modernité par le prisme du mouvement, (…) de laquelle François-Xavier Bellamy développe peu à peu le constat que nous sommes aujourd’hui dans une société où le mouvement est le mot d’ordre, et donc la stabilité et l’ordre, la subversion. (…) Il essaie de nous rappeler que le mouvement en soi n’a pas de raison d’être si l’on perd le sens et la signification des choses. (Eugénie Bastié)

Ce livre est complètement hors du temps, hors-sol. (…) L’auteur prend comme titre et comme modèle de son monde la vieille demeure bourgeoise dans les quartiers huppés de l’hexagone, et il ne s’adresse qu’à des grands propriétaires, donc ni à des petits locataires, ni évidemment à des SDF. C’est le monde vu de Versailles Centre. (Joseph Confavreux)

  • Le choix musical : Foo Fighters, "best of you" (Album In your honor)

L'instant critique

Cette semaine nous avons choisi un article de la revue Travail, genre et sociétés n°40 de novembre 2018 intitulé "Présidentielle 2017" paru aux éditions de la Découverte. Il s'agit de l'article de Martin Balogne et Marie-Ange Grégory  "Le vote à l'épreuve du couple".

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