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Sartre en 1972 devant Boulogne-Billancourt à la suite du décès de Pierre Overney. Portrait de Marcel Proust vers 1900.

Sociologie et philosophie de la littérature

49 min
À retrouver dans l'émission

Ce soir comme chaque semaine deux essais sous les feux de la critique, celui de Jacques Dubois «Le Roman de Gilberte Swann» paru au Seuil et « Au Café Existentialiste : la liberté, l’être et le cocktail à l’abricot… » de Sarah Bakewell, paru chez Albin Michel.

Sartre en 1972 devant Boulogne-Billancourt à la suite du décès de Pierre Overney. Portrait de Marcel Proust vers 1900.
Sartre en 1972 devant Boulogne-Billancourt à la suite du décès de Pierre Overney. Portrait de Marcel Proust vers 1900. Crédits : AFP - AFP

Ces deux livres  développent une certaine idée de la littérature. Dans Le Roman de Gilberte Swann paru au Seuil, l’universitaire belge Jacques Dubois propose une lecture d’A la Recherche du temps perdu qui s’éloigne de l’habituelle dimension psychologique et dépeint Proust en « sociologue paradoxal »… en se penchant notamment sur les nombreuses scènes de réception. Il est aussi question de cocktail dans le livre de l’essayiste et romancière britannique Sarah Bakewell, mais sous une autre forme…elle publie chez Albin Michel un très réjouissant Au Café Existentialiste : la liberté,l’être et le cocktail à l’abricot… pour une plongée érudite au cœur de ce courant fondateur de la pensée du XXe siècle.

Pour en parler, vous les trouverez facilement attablés au Café de Flore… Alexis Lacroix, directeur délégué de la rédaction de l'Express et Vincent Trémolet deVillers, responsable des pages idées du Figaro.

Jacques Dubois - Le Roman de Gilberte Swann

Je vous propose de commencer avec l’ouvrage de Jacques Dubois intitulé donc Le Roman de Gilberte Swann : Proust sociologue paradoxale, Seuil. Jacques Dubois est professeur émérite de l’université de Liège où il a enseigné les auteurs français des XIXe et XXe siècles ainsi que la sociologie de la littérature. C’est aussi un grand spécialiste de l’œuvre de Simenon dont il a dirigé l’édition dans la Pléiade. Après s’être intéressé à la tradition réaliste du roman français, il a développé une approche bien particulière de l’œuvre de Marcel Proust : la critique-fiction. Il l’expérimente une première fois en se penchant sur le personnage d’Albertine, le premier amour de Marcel… petite bourgeoise sexuellement trouble qui invente selon lui l'« individualité sociale » et une « sociologie-fiction ».

Pour Albertine sorti au Seuil, déjà, en 1997, il avait connu un certain succès. Jacques Dubois reprend le fil de sa recherche en s’intéressant cette fois-ci à Gilberte Swann, la fille de Charles et d’Odette. Pourquoi elle ? Parce qu’elle dessine à la fois une trajectoire ascendante – avant la déchéance finale – qui traverse de bout en bout A La Recherche du Temps Perdu… et parce qu’elle incarne parfaitement l’ambivalence des personnages proustiens. Dubois fait appelle à Tarde et à Durkheim pour dresser le portrait d’un auteur non pas en sociologue, mais en romancier qui a le sens du social. Le livre est une relecture, car tout le monde sait bien qu’on RE-lit toujours Proust… une nouvelle pierre à l’édifice déjà très impressionnant de la proustologie. Pour montrer que la rencontre de ces deux mondes… la société aristocratique en déliquescence et la bourgeoisie étroitement cloisonnée, est perçue à travers des caractères, des personnages… et chez Proust, nous dit Dubois, c’est « la singularité extrême de l’être ou du "cas"  qui est révélatrice des normes collectives ».

J’ai l’impression d’une critique littéraire rénovée qui prétend innover et qui confirme ce que nous savions tous. A savoir que l’œuvre de Proust c’est aussi une œuvre sociologique et pas seulement un baromètre psychologique des enthousiasmes et des désillusions, voire des déclassements. (Alexis Lacroix)

Personnellement je place la littérature au-dessus de la sociologie […] il me semble qu’une certaine littérature est sociologique et de façon extraordinairement fine et extrêmement nuancée et qu’elle n’a pas besoin du renfort de Durkheim pour qu’on comprenne ce qu’elle est. (Vincent Tremolet)

Sarah Bakewell - Au Café Existentialiste 

Deuxième temps de l’émission, on quitte les soirées chez les Guermantes et les dîners du clan Verdurin, on laisse derrière nous les rites désuets de la tante Léonie pour se plonger dans le Paris de 1932. La scène se déroule à la terrasse d’un café de Montparnasse… trois amis sont assis : Jean-Paul Sartre et Simone de Beauvoir écoutent Raymond Aron leur raconter son séjour à Berlin et les philosophes qu’il y a découvert. Il leur parle surtout d’une pensée radicalement neuve : la phénoménologie. « Tu vois mon petit camarade, tu peux parler de ce cocktail à l’abricot et c’est de la philosophie ».

Cette scène initiale, rapportée par Simone de Beauvoir, est le point de départ du très réjouissant livre de l’essayiste et romancière britannique Sarah Bakewell. Au Café existentialiste : la liberté, l’être et le cocktail à l’abricot est sorti chez Albin Michel, et nous plonge, sous la forme à la fois du récit et de l’enquête philosophique, dans une pensée qui est devenue l’étendard de toute une génération… celle de l’auteur qui n’hésite pas d’ailleurs à se mettre en scène. Il y a même une photo d’elle à un moment étudiante lisant L’être et le Néant.

Mais on est très loin de l’anecdote, ou de la petite histoire, malgré ce que pourrait laisser penser le quatrième de couverture qui annonce « avec Sartre, Beauvoir, Camus, Heidegger, Husserl, Merlau Ponty »… Ils sont tous là en effet et ils sont discutés par Sarah Bakewell pour ce qu’ils ont apporté : une philosophie qui parle de la vie concrète… L’existentialisme a changé fondamentalement la base même de notre existence… qui comme chacun sait précède l’essence.

Elle arrive à restaurer, et ça c’est très fort, l’enthousiasme et la tension de l’esprit vers les grands penseurs que l’on étudie à 20 ans et surtout lorsqu’on a la chance d’étudier dans le quartier latin, dans les années 80, 70, 60 … (Alexis Lacroix)

J’ai trouvé que c’était un livre qui avait beaucoup de mérite. […] C’est un livre très bien traduit et donc il y a un plaisir de lecture permanent. C’est un livre enjoué sans être facile ou dans l’anecdote… la petite histoire. (Vincent Tremolet)

L'instant critique

Vincent Trémolet de Villers à choisi de nous parler d'un article de Stéphane Célérier paru le 1er février  sur l'affaire Woody Allen dans le magazine Le Point intitulé : Woody Allen : crimes et dénis. Alexis Lacroix, quant à lui, nous conseille une lecture : Autobiographie politique de Bat Ye Or aux éditions Les Provinciales. Bat Ye Or« fille du Nil », « une Cassandre, un esprit courageux et clairvoyant » qui a consacré sa vie à étudier et à comprendre la condition des Juifs et des chrétiens sous l'Islam, après avoir été expulsée d'Égypte par Nasser en 1957. 

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