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Le « Barbican Conservatory » de la ville de Londres. Ce conservatoire abrite plus de 2000 espèces de plantes et d'arbres, ainsi que des tortues et des carpes koi.

T. Morton sur l’écologie et M. Alizart sur le cryptocommunisme

49 min
À retrouver dans l'émission

Ce soir comme chaque semaine deux essais sous les feux de la critique : "La pensée écologique" de Timothy Morton aux éditions Zulma et le "Cryptocommunisme" de Mark Alizart aux PUF.

Le « Barbican Conservatory » de la ville de Londres. Ce conservatoire abrite plus de 2000 espèces de plantes et d'arbres, ainsi que des tortues et des carpes koi.
Le « Barbican Conservatory » de la ville de Londres. Ce conservatoire abrite plus de 2000 espèces de plantes et d'arbres, ainsi que des tortues et des carpes koi. Crédits : Richard Baker / In Pictures - Getty

Deux livres qui développent une certaine idée de l’évolution. Dans La pensée écologique, aux éditions Zulma, le philosophe anglais Timothy Morton fait la proposition iconoclaste de penser l’écologie en s’affranchissant du principe de Nature. Il puise aussi bien dans la théorie de Darwin, dans l’histoire philosophique, que dans une analyse du rôle de l’art contemporain, de la littérature, du cinéma pour ouvrir des possibles contre la promesse de la catastrophe écologique. Le second essai dont il sera question ce soir, Cryptocommunisme du philosophe Mark Alizart, est publié aux PUF. Il s’agit d’une tentative de comprendre comment les cryptomonnaies, comme le Bitcoin, et surtout la blockchain qui les rend possible, peuvent offrir la possibilité d’un nouveau communisme. Comment ? En permettant une appropriation collective de la valeur.

Timothy Morton - La pensée écologique

Je vous propose de commencer par le livre de Timothy Morton, La pensée écologique, publié dans la toute nouvelle collection essais des éditions Zulma. L’auteur, philosophe anglais,  occupe la chaire Rita Shea Guffy à Rice University, au Texas, et il est présenté par le quotidien de centre gauche britannique le Guardian comme le « philosophe prophète de l’anthropocène ». Il a malgré cela fallu attendre huit ans après sa sortie aux États-Unis par les Harvard University Press, pour voir ce livre traduit, par Cécile Wajsbrot, et publié en Français… Pourtant, dès 2007, son essai Ecology without Nature, chez le même éditeur, avait été très remarqué. On y trouvait déjà l’idée de penser l’écologie contre un concept de Nature trop idéalisé.

Mais partons du constat fait par Timothy Morton selon lequel l’entrée dans l’anthropocène offre une nouvelle possibilité de penser notre place sur terre. Comment ? En dépassant la sidération et ce qu’il appelle dans le deuxième chapitre du livre les « sombres pensées » pour tenter de déterminer ce que seraient des êtres pensants écologiques. Pour y parvenir le philosophe propose de penser grand, c'est-à-dire dans un premier temps de relativiser la toute-puissance de l’homme sur Terre. 

Penser grand impose en effet d’admettre qu’il existe des hyperobjets – le réchauffement climatique, les déchets radioactifs – dont l’ampleur dépasse l’entendement et ne peuvent donc être maitrisés. Il insiste aussi sur l’interdépendance, ce qu’il appelle le maillage, entre les hommes et les « étranges étrangers » : animaux, objets industriels, virus informatiques… On retrouve une pensée proche de celle de Bruno Latour. Comme le sociologue français il puise d’ailleurs beaucoup aux sources de la création artistique contemporaine.

Nous sommes tous symbiotiquement un réseau d'interconnexions entre tous les êtres (et pas seulement les êtres vivants), c'est une pensée très proche de celle de Bruno Latour (...) Ce qu'il reproche au concept de nature c'est d'être un pur concept. En réalité la nature n'existe pas. La nature conçue comme un pur décor n'existe pas. (Catherine Portevin)

Il rejette l'environnementalisme, il rejette la nature de la "deep ecology" pour proposer une "dark ecology" qui est cette nature qui donne une valeur intrinsèque aux êtres vivants, à la terre (qu'il estime se porterait mieux sans les Hommes...), il rejette la nature mignonne et il rejette le fantasme de nature... (Joseph Confavreux)

Mark Alizart - Cryptocommunisme

Deuxième temps de l’émission, je vous propose d’évoquer maintenant le dernier essai de Mark Alizart, Cryptocommunisme, publié aux PUF dans la collection « Perspectives Critiques ». Alors il se trouve, mais ce n’est pas fait exprès, que quand on avait évoqué l’année dernière son précédent livre intitulés Chiens, c’était déjà vous Joseph Confavreux et Catherine Portevin qui étiez venu en parler… de manière très positive d’ailleurs si je me souviens bien, on avait même appris à cette occasion Joseph que Mark Alizart avait été votre camarade de khâgne. Voilà pour ceux qui n’auraient pas suivi la première saison d’Avis critique

Dans l’essai qui nous intéresse ce soir, le philosophe poursuit son travail sur des objets insolites afin d’essayer de dessiner des perspectives contemporaines. Il ajoute d’ailleurs à la difficulté, puisqu’à son habituelle érudition et agilité qui lui permet de jongler avec les concepts et les philosophes, au risque parfois de perdre un peu le lecteur, il se penche ici sur un objet presque incompréhensible : les cryptomonnaies et leur corolaire, la blockchain. Incompréhensible parce qu’ils mélangent la théorie de la valeur, à travers l’analyse de la monnaie, et les possibilités techniques offertes par la maîtrise des algorithmes. 

Mais pour aller au plus simple, la révolution des cryptomonnaies, c’est de proposer un système de désintermédiation, de garantie de la valeur qui peut se passer des banques ou de toute autre autorité centrale. Le protocole appelé Bitcoin permet de partager un fichier qui n’est pas reproductible… il offre un niveau de sécurité maximum à toutes les transactions, comme aux contrats. Un rêve de libertarien, aussi bien que l’opportunité de réinitialiser le communisme en remplaçant l’autorité verticale d’un seul sur tous par une relation horizontale de coopération.

Si ce livre touche plus juste que le précédent (Chiens) c'est parce qu'on voit bien aujourd'hui que la monnaie c'est à la fois la boîte noire et la pierre de touche de toute la politique contemporaine. On l'a vu au moment de la Grèce et de ce qui s'est passé avec l'Europe à ce sujet. (Joseph Confavreux)

C'est toujours très intéressant de le lire car c'est toujours intelligent... et ses façons  d'articuler des carpes et des lapins et ici en l'occurrence d'articuler une relecture de Marx avec le Bitcoin ( plutôt considéré comme une invention anarchiste...). (Catherine Portevin)

>Musique : Ally Brooke - Low Key (feat. Tyga)

L'instant critique

Catherine Portevin nous propose un article de Sophie Houdart "Fukushima, l'expérience en partage" dans la revue Critique n° 860-861 (janvier -février 2019) : "Vivre dans un monde abîmé" et Joseph Confavreux deux livres pour mieux comprendre l'Iran... : "Rue Enghelab : la révolution par les livres -Iran 1979-1983" avec des photographies d'Hannah Darabi et des textes d'Hannah Darabi et Chowra Makaremi (Spector Books) et "La guerre m'a parlé de loin" de Faranguis Habibi (Stock). Faranguis Habibi, spécialiste de l'Iran, était journaliste à RFI, elle vient de nous quitter en ce début du mois de février.

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