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Ballons bleus aux couleurs de l'Europe

Un nationalisme rationnel en Europe par Jean-Claude Milner / Un grand saut fédéral pour Matthieu Calame

49 min
À retrouver dans l'émission

Comme chaque semaine deux essais sous les feux de la critique : "Considérations sur l’Europe" (éditions du Cerf), de Jean-Claude Milner et Philippe Petit et "La France contre l’Europe" (éditions Les Petits Matins) de Matthieu Calame. Deux livres sur les conditions de survie de l'Union Européenne.

Ballons bleus aux couleurs de l'Europe
Ballons bleus aux couleurs de l'Europe Crédits : © Norbert Kamil Kowaczek / EyeEm - Getty

Deux ouvrages qui se penchent sur les conditions de survie de l’Union Européenne : dans Considérations sur l’Europe, aux éditions du Cerf, le linguiste et philosophe Jean-Claude Milner revient sur une union européenne décrédibilisée aux yeux de ses citoyens, critiquée par ses membres, attaquée par les populistes. Sous forme d’une conversation avec le journaliste et essayiste Philippe Petit, instruite par l’histoire et la réflexion politique, il passe en revue des questions aussi fondamentales que la paix, le néolibéralisme ou la justice sociale… avec une conviction, il faut sauver l’idéal européen. C’est la même urgence qui est à l’origine de La France Contre l’Europe aux éditions Les Petits Matins… un livre d’intervention signé Matthieu Calame qui dirige la fondation Charles-Léopold-Mayer pour le progrès de l’homme. Plaidoyer pour que l’UE fasse le grand saut fédéral et constitue enfin un État-nation européen.

Considérations sur l’Europe : conversation avec Philippe Petit

Je vous propose de commencer par le livre de Jean-Claude Milner, Considérations sur l’Europe : conversation avec Philippe Petit (éditions du Cerf). Jean-Claude Milner est linguiste et philosophe, il mène depuis plusieurs années une réflexion sur l’engagement politique… Dans son dernier livre Relire la Révolution, paru en 2016 (Editions Verdier), l’ancien Maoïste se penchait sur ce qu’il appelait la « croyance révolutionnaire ». Ce retour sur la Révolution française montrait comment l’événement avait créé des valeurs, des institutions et changé le sens des mots.

Tout ce que ne fait pas, ou ne fait plus l’Europe. Dans cette conversation avec Philippe Petit qui nous intéresse ce soir, Jean-Claude Milner ne cesse de fustiger la médiocrité de l’époque… Celle des élites et du projet européen tel qu’elles le portent. « Il faut surtout cesser de présenter l'Europe comme une solution d'avenir ; si l'on veut qu'elle existe, il est temps de franchir le pas et de poser qu'elle existe déjà, au présent. Pour la prendre au sérieux, il faut abandonner la culture des promesses, autre forme de la culture de l’excuse : de tout problème qui se pose aujourd'hui, l'Europe supranationale est aussi responsable que les États-nations. »

C’est à montrer le sens de cette responsabilité que s’emploie le philosophe et linguiste, qui attache comme à son habitude beaucoup d’importance à la force performative des mots. Il traque ainsi les phrases vides de sens comme « l’Europe est notre avenir », afin d’essayer de voir ce qui véritablement mérite d’être sauvé : la culture européenne, puisqu’elle existe, doit être retrouvée. 

Mythe de la fin de l’histoire, ennui de la paix, critique du néolibéralisme, le philosophe aborde aussi la justice sociale, dont il dénonce l’abandon au profit de l’enrichissement. 

Le livre est absolument passionnant et il embrasse notre époque au sens le plus large du terme et ça fait du bien [...] Ici on prend le temps de la réflexion, on se ressource dans la longue durée de l'histoire culturelle de l'Europe sur laquelle Jean-Claude Milner insiste avec juste raison. Si nous voulons faire l'Europe [...]il faut avoir conscience de ce qu'est la culture européenne. (Alexis Lacroix)

On est parfois dérouté par ce livre. Si on le prend par la fin Jean-Claude Milner affirme que, pour lui, toute sa réflexion part du postulat que l'Europe doit continuer d'exister hors les références multiples à l'idée de nation, à la constitution nationale, à l'importance que cette forme à prise pour garantir la paix, la stabilité, font qu'on se demande où est vraiment la construction européenne dans sa pensée [...] Son recours à l'idée que la nation n'est pas morte et qu'il faut s'appuyer dessus pour essayer de dessiner un avenir européen est à mon avis fondamental. (Thibaut Sardier)

La France Contre l’Europe : Histoire d’un malentendu

Deuxième temps de l’émission, je vous propose maintenant de nous pencher sur le livre de Matthieu Calame, La France Contre l’Europe : Histoire d’un malentendu (éditions Les Petits matins). L’auteur, franco-suisse (ça a son importance), est ingénieur agronome de formation et dirige la Fondation Charles-Léopold-Mayer qui œuvre pour le progrès de l’homme par les sciences et le développement social, à en croire son site internet. C’est donc un essai d’intervention plus que de spécialiste, un ouvrage issu, comme on dit, de la société civile.

C’est aussi un essai qui porte une conviction et une thèse forte : l’Union européenne est à la croisée des chemins, le dénouement est proche, « soit les états membres acceptent le saut fédéral et constituent un État Nation européen, soit l’Europe confédérale actuelle vivotera avant de se déliter sous la poussée hégémonique des grands États mondiaux et sous le poids de ses propres contradictions ». L’essai s’ouvre sur ces mots, et annonce tout de suite la couleur, Matthieu Calame entend défendre une position qui a, pour ainsi dire, disparu des discussions sur l’union européenne : l’option fédérale.

Il y a un corollaire à cette idée : dans la mesure où les dirigeants européens qui se sont succédé ces dernières décennies, notamment en Allemagne et en France, ont affirmé leur amour de l’UE et leur désir de l’approfondir, comment comprendre qu’on en soit arrivé là aujourd’hui ? Car l’auteur n’est pas tendre avec les institutions actuelles, on le verra… La réponse est simple : c’est la faute de la France qui a toujours fait mine de vouloir une Europe forte, mais avec des institutions faibles.

L’essai comporte deux parties, d’abord un retour assez pédagogique sur les défis, comme la souveraineté ou l’enjeu géopolitique. Puis, dans une seconde partie, s’attache à montrer comment la France a bloqué l’intégration fédérale. Et Matthieu Calame d’aller chercher un exemple étonnant : l’UE devrait prendre exemple sur la Suisse.

C'est un essai qui part d'un postulat alarmiste : il va falloir faire le pari de la fédération sinon ce sera la mort et à l'appui cette idée que la façon dont la Suisse s'est construite malgré sa diversité culturelle, sa différence entre des cantons très urbains et certains très ruraux, où les langues, les religions ne sont pas toujours les mêmes, les niveaux de richesse divergents... On a réussi à construire un ensemble grâce à un projet politique. (Thibaut Sardier)

Nous en France, nous sommes sur les cinq continents. Ce n'est pas seulement le résultat d'une politique coloniale, c'est la conséquence d'un universalisme français. On peut bien sûr en faire la critique [...] Cette spécificité aujourd'hui : ce n'est pas le nationalisme, les propos de Florian Philippot ou de Marine Le Pen, celà a comme conséquence une responsabilité accrue pour le monde. (Alexis Lacroix)

>>> Choix musical : "Beloved" par Mumford & Sons (enregistrement acoustique) - Album : "Delta" (2018).

L'instant critique

  • Alexis Lacroix conseille la lecture d'un ouvrage d'Avraham B. Yehoshua, Le Tunnel traduit de l'hébreu par Jean-Luc Allouche et paru en février 2019 aux éditions Grasset.

[Le nouveau roman du grand conteur israélien mêle habilement la question de la perte de mémoire à celle des identités israélienne et palestinienne. A.B. Yehoshua parvient à évoquer avec une justesse infinie la tendresse d’un couple vieillissant face à l’épreuve de la maladie tout en dépeignant une fois de plus la société israélienne dans toutes ses contradictions.]

  • Thibaut Sardier, lui, propose la lecture d'une bande dessinée : Des milliards de miroirs de Robin Cousin (Editions FLBLB - Poitiers)

[Dans un futur proche, alors que le réchauffement climatique et la dégradation écologique se font de plus en plus sentir dans la vie quotidienne, l'astrophysicienne Cécilia Bressler découvre une planète, Gamma Céphée, qui présente des lueurs semblables à celles des villes terrestres. Même si, à 45 années-lumière de la Terre, elle est inaccessible, la nouvelle bouleverse tout le monde.]

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