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George Orwell à la BBC en 1940

Orwell fait-il l’objet d’un détournement politique ?

29 min
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Politiquement, George Orwell était un homme résolument de gauche. Sa pensée et ses interrogations se retrouvent aujourd’hui au coeur de réflexions politiquement plus diverses, à l’instar de la création du comité 'Les Orwelliens'. Débat sur l’appropriation et la subjectivité politique.

George Orwell à la BBC en 1940
George Orwell à la BBC en 1940 Crédits : BBC / Wikicommons

Politiquement, cela ne souffre pas le moindre doute, George Orwell était socialiste. Dans sa Note autobiographique de 1940, il écrit « J’ai été membre un temps de l’Independant Labour Party. […] Par conviction personnelle, je suis résolument de gauche. »

Mais le socialisme selon Saint George Orwell n’a cessé d’exaspérer la gauche britannique. Dès la guerre d’Espagne, à laquelle il prend dans les rangs du POUM, il se fait remarquer. La gauche de l’époque ne tient pas à ce qu’on parle de la manière dont les communistes, dirigés directement sur place par les agents de Moscou, font régner la terreur dans les rangs républicains. Pas de chance, Orwell assiste sur place, à Barcelone, en mai-juin 1937, à la liquidation des socialistes révolutionnaires indépendants, emprisonnés et torturés par des agents de la Guépéou. La presse de gauche (le New Statesman) refuse ses articles de témoignage : il ne faut pas désespérer l’anti-franquisme en pleine période de « fronts populaires ». Son livre, Hommage à la Catalogne, est pris avec des pincettes, imprimé à très peu d’exemplaires. Mais Orwell, recherché par la police politique en Espagne, pour accointances trotskistes, restera anticommuniste jusqu’à la fin de ses jours.

En Grande-Bretagne, être de gauche quoiqu’anticommuniste n’était pas très original. Mais Orwell est en plus un ennemi déclaré de l’URSS de Staline. Beaucoup plus gênant, lorsque la patrie du communisme, attaquée par Hitler, devient de facto l’unique allié de la Grande-Bretagne en juin 1941... Rédigeant La ferme des animaux en pleine guerre, il se heurte à un refus hypocrite des éditeurs pour le publier. Il le raconte dans une préface inédite à ce roman, publiée en 1950 : « Staline est intouchable, et il est hors de question de discuter sérieusement certains aspects de sa politique. […] On vous avertissait, tant publiquement qu’en privé, que cela « ne se faisait pas ». Ce que vous disiez était peut-être vrai, mais c’était « inopportun » et cela « faisait le jeu » de tel ou tel intérêt réactionnaire. » (II, 95)

En réalité, observe Chritopher Hitchens, dans le livre qu’il a consacré à son maître à penser Why Orwell Matters, Orwell était de sensibilité anti-totalitaire ; ce qui l’a rapproché des grands désillusionnés du communisme, comme Albert Camus, Arthur Koestler ou Czeslaw Milosz. Mais à la différence de ces derniers, il n’avait jamais connu, lui, la tentation du communisme. Il n’avait donc rien à se faire pardonner. Ce qui agaçait, écrit encore Hitchens, c’était son côté « saint de plâtre », en français on dirait 'sainte Nitouche', toujours du bon côté.

Les intellectuels politisés de son temps ont eu à faire à trois maux : l’impérialisme, le fascisme, le stalinisme. Rares furent ceux qui les combattirent tous les trois à la fois ; sans jamais prendre appui sur l’un d’entre eux, afin de mieux combattre les deux autres. Orwell en fait partie.

Mais le socialisme, dont Orwell s’est réclamé toute sa vie était ambigu. Il militait pour « une société d’êtres humains libres et égaux ». Car contrairement aux libéraux, il jugeait liberté et égalité compatibles. Il était donc inutile de chercher un équilibre entre ces deux aspirations. Il était très hostile au pacifisme. A l’économie planifiée et à la bureaucratie d’Etat. Il s’intéressait davantage au sous-prolétariat qu’à la classe ouvrière. Et faisait l’éloge de la « décence commune des simples gens », en l’opposant à l’aspiration spontanée des intellectuels à un pouvoir autoritaire. Drôle de socialiste !

avec : Laurent Joffrin, directeur de la rédaction du quotidien Libération et auteur, l’an dernier, d’une tribune titrée « Souverainistes et libéraux, laissez George Orwell en paix ! » adressée notamment au Comité Orwell
Et Alexandre Devecchio, journaliste au Figaro et l’un des co-fondateurs avec Natacha Polony du Comité Orwell, aujourd'hui nommé Les Orwelliens

Le Comité Orwell a comme idée de dénoncer le fait que nous sommes dans une pensée totalitaire unique qui nous empêche de réfléchir librement, ce n’est plus le pluralisme mais une oppression intellectuelle qui fait que tout le monde doit penser la même chose. En France, chacun est libre ! Cette idée selon laquelle il y aurait une pensée unique qui opprime les gens est une blague ! C’est une manière de se faire passer pour une victime qu’on n’est pas et faire semblant de croire que la gauche domine tout et que la droite n’a plus le droit de penser et de s’exprimer, ce qui est faux.

Laurent Joffrin

Il nous est apparu que « 1984 » est un livre visionnaire avec des points communs entre le monde que décrit Orwell et le monde dans lequel nous vivons. Je ne dis pas que nous sommes dans une dictature mais que la globalisation a conduit à une forme d’uniformisation du monde, que l’alliance du marché et des nouvelles technologies déterritorialisées a fait que les souverainetés populaires avaient de moins en moins la main et que les citoyens, de plus en plus, ont le sentiment que leur destin ne leur appartient pas. Ce monde globalisé et uniformisé fait penser à la société d’Oceania que décrit Orwell.

Alexandre Devecchio

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