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Marlin Awad
Épisode 5 :

Toni Morrison, in memoriam

29 min
À retrouver dans l'émission

Transmission et mémoire, lecture poétique et politique avec l'ancienne Garde des Sceaux Christiane Taubira, qui vient clore cette semaine consacrée à l'oeuvre et à l'héritage de Toni Morrison.

Christiane Taubira, à qui Toni Morrison a "empêché de baisser la garde".
Christiane Taubira, à qui Toni Morrison a "empêché de baisser la garde". Crédits : Joel Saget / Deborah Feingold

Après avoir interrogé la personnalité de Toni Morrison, sa conception et son usage de la langue comme arme politique,  la révolution littéraire qu'elle a opérée et l'héritage politique et mémoriel qu'elle nous laisse, c'est avec l'une de ses plus ferventes lectrices et admiratrices que nous clôturons cette semaine, Christiane Taubira

Je lis Toni Morrison depuis plus d'une trentaine d'années et j'ai une immense gratitude à son endroit. En tant qu'auteure, elle m'apporte d'inépuisables tourments. Je lui en suis reconnaissante car, grâce à ces inépuisables tourments, elle me garde aux abois, à l'affût et m'empêche de baisser la garde.

Dans l'ordre social, qui est un désordre lorsqu'il est injuste, c'est par le langage qu'on opprime, qu'on évacue des personnes, qu'on les exclue. Lorsqu'on utilise un type de langage, il y a des personnes dont on se dit, très délibérément, qu'on ne souhaite pas qu'elles comprennent ce que l'on dit, qu'elle ne soient pas en capacité de commenter ou de répondre à ce que l'on dit. C'est cela, le langage qui "boit le sang". 

Il y a des millions d'adolescents, de jeunes adultes, souvent des hommes, qui sont en insécurité dans l'espace public, et parfois même chez eux. L'organisation du monde est telle aujourd'hui que les personnes dites "noires" ou de "couleur", sont des personnes en danger permanent. Le danger est plus ou moins important dans certains pays, à certaines époques. Ce que l'on partage tous, c'est le danger permanent mais, plus grave encore, c'est la conscience de ce danger.

Le passé est du présent. Toni Morrison a tout vu venir. Elle a parlé du "bench by the road" : elle a dit un jour qu'il était inconcevable qu'aux Etats Unis, il n'y ait pas de traces de l'esclavage dans l'espace public. Il n'y a pas de monuments, pas de grattes-ciels : il n'y a même pas un "banc sur la route".  Et d'ajouter : "where you can think about them or not think about them".  Donc il faut des traces dans l'espace public, qu'elles vous servent à rendre hommage, ou que vous vous défassiez de l'hommage à ces personnes-là. 

Pour aller plus loin, une liste (non-exhaustive) d'ouvrages sur la question du racisme, de l'anti-racisme et de la mémoire de l'esclavage : 

La chanson de Keedron Bryan, interprétée après la mort de George Floyd

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