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Susan Sontag chez elle en 1979.
Épisode 5 :

Comment regarder la maladie en face ?

28 min
À retrouver dans l'émission

Dès 1975, Susan Sontag rentre dans le monde de la maladie. En rédigeant deux essais consacrés à ce matériau sensible, elle cherche la vérité de la maladie en purgeant celle-ci de toute métaphore. Cette volonté d’essentialisation serait-elle un problème ?

Susan Sontag en 1986
Susan Sontag en 1986 Crédits : Wolfgang M. Weber/ullstein bild - Getty

Susan Sontag est morte le 28 décembre 2004 d’une leucémie. En 1975, elle avait déjà réchappé à un cancer du sein en phase 4 qui avait touché son système lymphatique. En 1998, elle avait été atteinte d’un sarcome utérin.
De cette entrée dans le monde de la maladie, elle écrira deux livres, deux grands textes sur le cancer et le sida… avec une question en creux : comment faire face à la maladie ?
Sa réponse : tout simplement la regarder en face, sans détour ni métaphores.
En pleine épidémie de covid, la question soulevée par Susan Sontag est cruellement d’actualité... mais sa réponse, est-elle si facile à entendre et à mettre en oeuvre ? 

L'invitée du jour :

Elisabeth Lebovici, historienne de l'art, critique d'art et journaliste

La double nationalité des individus

La maladie est la zone d’ombre de la vie, un territoire auquel il coûte cher d’appartenir en naissant nous acquérons une double nationalité qui relève du royaume des bien-portants comme de celui des malades. Et bien que nous préférerions tous présenter le bon passeport le jour vient où chacun de nous est contraint, ne serait-ce qu’un court moment, de se reconnaître citoyen de l’autre contrée.    
Susan Sontag

Les métaphores comme maladie

Les discours, toutes les métaphores qui sont utilisées pour caractériser la tuberculose d’un côté, le cancer de l’autre, c’est comme une double peine. Non seulement ils sont malades mais en plus il y a tous les fantasmes que ces deux maladies suscitent et qu’on leur applique. [...] Elle [Susan Sontag] dit que le cancer est une sorte de soi qui développe un hors de soi qui l’envahit. Il y a donc une culpabilisation du malade qui est assez violente. [...] Elle veut purger la maladie de la métaphore, elle veut trouver une espèce de vérité de la maladie comme elle a voulu trouver une vérité du texte et de l’écriture. [...] Pour elle, les métaphores sont une maladie.  
Elisabeth Lebovici

D'où parle Susan Sontag quand elle écrit sur la maladie ?

D'emblée, Elisabeth Lebovici nous a confié qu'elle ne partageait pas un grand enthousiasme pour les deux textes que Susan Sontag consacre à la maladie, à savoir La maladie comme métaphore (1978) et Le SIDA et ses métaphores (1988). Et cela tient certainement à la quasi absence de "choc" lors de la lecture du texte – ressenti pourtant essentiel selon elle dans la réception d'une oeuvre, comme nous l'avons vu mercredi.

Ce n’est pas poignant, pour moi c’est ça le problème. Elle parle en tant qu’écrivaine, en tant qu’essayiste. Elle ne parle pas en tant qu’elle est affectée par le SIDA. Et elle est affectée par le SIDA comme elle l’a été par le cancer.
Elisabeth Lebovici

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