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 Germaine Tillion, 1985
Épisode 2 :

Une ethnologue à Ravensbrück

28 min
À retrouver dans l'émission

Comment cette anthropologue a fait de sa déportation à Ravensbrück le sujet de son premier livre d'ethnologie.

Ravensbrück (2020)
Ravensbrück (2020) Crédits : picture alliance - Getty

Le 31 octobre 1943, Germaine Tillion est déportée à Ravensbrück. Dans le train, elle emporte avec elle les notes de ce qui aurait dû devenir sa thèse sur les Chaouias d'Algérie. Une précieuse documentation qu'elle va perdre. Tout au long des dix-huit mois qu'elle va passer dans le camp, jusqu'à sa libération le 23 avril 1945, l'ethnologue va prendre des notes, observer, questionner ses co-détenues et analyser la mécanique concentrationnaire. 

Ma déportation à Ravensbrück, pendant une période assez longue je l’ai oubliée. Aujourd’hui encore, je m’en d’une façon ténébreuse. J’ai été cassée pendant des années. J'ai traversé une période d’épuisement vital, de dégoût de vivre. C’est très difficile d’en parler. Passons aux étapes suivantes.                
Germaine Tillion en 1975

Une fois libérée en 1945, elle va s’atteler à rédiger son premier livre d’anthropologie qui est une analyse précise du complexe concentrationnaire de Ravensbrück et de son fonctionnement. Pour évoquer les trois ouvrages successifs que Germaine Tillion consacrera au camp de Ravensbrück, Perrine Kervran s'entretient avec Annette Wieviorka, historienne, autrice de L’ère du témoin (1998). Sollicitée comme observatrice lors du procès de Ravensbrück à Hambourg qui voit comparaître du 5 décembre 1946 au 3 février 1947 plusieurs responsables du camp, Germaine Tillion est un témoin majeur de celui-ci. Mais si l'on retrouve chez elle le souci de témoigner pour celles et ceux qui ne sont pas revenus, à l'instar de beaucoup de survivants, son témoignage revêt la spécificité que lui confère sa formation intellectuelle comme le précise Annette Wievorka :

Le fait qu’elle ait étudié l’ethnologie lui permet de ne pas faire que raconter ses souvenirs de Ravensbrück – d’ailleurs elle les a très peu racontés, on ne l’a jamais vue aller dans les écoles par exemple – et de penser qu’il est nécessaire d’ajouter à sa vision, forcément parcellaire, une réflexion éclairée par l’histoire, la sociologie, par les sciences sociales qui permettent de dépasser l’expérience individuelle. Tout en faisant preuve d'une sensibilité qui précisément trouve sa source dans l’expérience individuelle. Je pense que si on avait retrouvé sa thèse sur les Aurès, on n’aurait pas eu les trois Ravensbrück. Elle serait retournée à ce qui lui tenait à cœur alors que là, paradoxalement, Ravensbrück devient son premier livre d’ethnologie.

Malgré le grand souci de justesse et de vérité que lui conférait son ambition ethnographique, Germaine Tillion n’a pas su voir clairement la spécificité du sort réservé aux Juifs par le système concentrationnaire nazi :

Il y a quelque chose qu’elle n'a pas su saisir pas de mon point de vue. Dans Ravensbrück, elle postule que l’univers concentrationnaire et la destruction des Juifs forment un bloc, comme le nazisme forme un bloc pour elle. Or pour moi, il existe des différences entre les camps. A Auschwitz-Birkenau par exemple, il n’y avait aucune possibilité de prendre la moindre note. Alors que Germaine Tillion est très attentive aux différences entre les détenues, elle gomme en quelque sorte les différences entre les camps. De même, contrairement à ce qu’elle martèle, tous les déportés n’étaient pas voués de manière homogène au sort unique de la destruction. Le sort réservé aux déportés juifs est spécifique.
Annette Wievorka

Mais cela n’empêchera pas Germaine Tillion de participer aux cotés de David Rousset à la Commission internationale contre le régime concentrationnaire qui travaillera après-guerre sur les camps de concentration soviétiques.

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