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Le philosophe américain John Rawls à Paris le 20 mars 1987
Épisode 5 :

La pensée de John Rawls est-elle dépassée ?

28 min
À retrouver dans l'émission

La pensée de John Rawls a fait l'objet de vifs débats et réveillé un vent d'opposition venant de courants libertariens et communautariens. Rawls a fondé des concepts avec lesquels s'expriment bien souvent les réfutations de ses thèses. Pour autant est-il toujours d'actualité ?

Le philosophe John Rawls à Paris le 20 mars 1987
Le philosophe John Rawls à Paris le 20 mars 1987 Crédits : Frédéric Reglain - Getty

La Théorie de la justice de John Rawls a donné lieu à des débats passionnés. Le philosophe de l’égalitarisme libéral a été contesté de plusieurs côtés : par les libertariens, comme Robert Nozick, qui l’ont accusé de vouloir collectiviser les talents individuels et de refuser ses justes récompenses au mérite ; par les communautariens, qui ont jugé que son système ne faisait pas leur juste place aux identités et aux loyautés collectives qui donnent sens à la vie concrète des communautés. 

Mais, observe Katrina Forrester, une jeune universitaire de Harvard, dans un livre qui vient de paraître, In the Shadow of Justice, toutes ces critiques, en leur temps, partageaient largement en fait les idées principales de Rawls. Et pour cause : ce philosophe a imposé son propre cadre conceptuel à toute réflexion portant sur la justice sociale durant plusieurs décennies dans le monde anglo-saxon. Les concepts fondamentaux et les buts de la philosophie normative, tels que Rawls les avait formulés, s’imposaient même à ses détracteurs. Pourquoi ? Parce que, selon Katrina Forrester, « Rawls a construit une architecture philosophique d’une grande flexibilité à une idéologie, celle du libéralisme moderne. » Toute une génération d’intellectuels anglo-saxons a appris à penser avec Rawls.

Tel n’est plus le cas, aujourd’hui selon elle. La Théorie de la justice de Rawls porte les traces de l’époque où elle a été conçue : le consensus de l’après-guerre aux Etats-Unis. Une période de très forte croissance et d’optimisme libéral, où l’idéal de la social-démocratie tendait à s’imposer, même aux Etats-Unis. Et en fait, au moment où le livre est paru, les réalités politiques et sociales auxquelles il devait ses lignes directrices, étaient déjà en train de chanceler. Sous le coup, notamment, des néolibéraux dont les idées allaient triompher en politique dès la fin des années 1970. Et le type de consensus raisonnable que prônait Rawls était en train d’être mis à mal par de nouveaux mouvements sociaux. Sa théorie a ainsi fourni, écrit Katrina Forrester, « une consolation aux libéraux alors même que le monde de leurs rêves disparaissait ». Car : « elle reflétait l’optimisme d’une époque précédente »…

En fin de compte, le monde rêvé par Rawls aurait perdu toute actualité. Ainsi faut-il oublier Rawls, autrement dit Rawls est-il dépassé ou bien ses outils conceptuels peuvent-il encore nous servir presque un demi-siècle après la publication de sa Théorie de la Justice ?

Bibliographie

Intervenants
  • professeur de philosophie morale et politique à la London School of Economics (Department of Philosophy)
  • professeure de philosophie politique à l'Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne
L'équipe
Production
Production déléguée
Réalisation
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