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Paul Virilio en 2002
Épisode 4 :

Le lieu fait le lien

29 min
À retrouver dans l'émission

Si pour Paul Virilio, la vitesse induite pour les technologies ne nous a pas fait gagner du temps mais nous a fait perdre le monde, que peut l'architecture pour réparer, rétablir les liens ?

Paul Virilio en 1977
Paul Virilio en 1977 Crédits : Louis MONIER/Gamma Rapho - Getty

En 1984, le philosophe et architecte Paul Virilio écrit : "On oublie trop vite qu'avant d'être un ensemble de techniques destiné à nous permettre de nous abriter des intempéries, l'architecture est un instrument de mesure, une somme de savoir capable, en nous mesurant à l'environnement naturel, d'organiser l'espace et le temps des sociétés."
Si l'architecture a d'emblée été le lieu d'un diagnostic pour Paul Virilio, celui d'un effondrement de masse sous l'effet de la vitesse, elle garde à ses yeux le pouvoir de réinstaurer une unité de temps et de lieu, un ici plus qu'un maintenant. Mais comment rétablir la bonne distance ? Comment faire face à l'ubiquité et réorganiser l'espace sur Terre, comment habiter le sol avec d'autres que soi ?

L'invité du jour :

Thierry Paquot, philosophe et essayiste

Gagner du temps, c'est perdre le monde

En 1976, Virilio explique que nous avons trois corps : un corps territorial, un corps social et un corps animal et que, par conséquent, nous sommes avant tout des Terriens. Ces trois corps vont être modifiés, transformés progressivement, différemment, évidemment, dans leur rythme d'évolution et de transformation par cette espèce de fascination que la technique va avoir vis à vis de la vitesse, au point de considérer celle-ci comme étant la preuve du progrès. C'est un point décisif chez lui, parce que le progrès produit son accident, ce que les technocrates, les inventeurs, les industriels, et même peut-être les consommateurs ne veulent pas voir, parce qu'ils ne voient que l'aspect "positif" du progrès. Le mot progrès lui-même laisse entendre que c'est toujours mieux. Et pour Virilio, non, on ne va pas vers un mieux, on va vers un plus vite, et ce plus vite est la preuve d'une perte : gagner du temps, c'est perdre le monde.        
Thierry Paquot

La "ville panique"

Virilio voulait réactiver cette très belle notion de ville qui était le lieu de tous les échanges, le lieu de toutes les rencontres, le lieu de toutes les temporalités également. Et évidemment, cette ville tellement déstructurée, désorganisée par la vitesse, devient une ville panique, qui crée sans cesse la panique, qui frôle la catastrophe très rapidement et qui va trouver son expression majeure le 11 septembre 2001.        
Thierry Paquot

Réflexions sur la télé-action

On ne peut pas habiter le virtuel, et pour Virilio nous sommes dans la télé-action généralisée, nous sommes en permanence hors du temps réel, mais à distance. Il évoque cela il y a plus de 30 ans, il parle du téléachat, du télétravail, de la téléprésence. Il veut nous montrer que nous sommes condamnés à être confinés dans quelque chose qui ne nous permet pas d'établir notre demeure. C'est un paradoxe... En même temps, on est dans des lieux qui peuvent être virtuels, mais qui ne possèdent pas cette dimension existentielle qui, pour moi, est présente chez Virilio.
Thierry Paquot

Sons diffusés :

  • Extraits du film Entretien sur le béton, d'Eric Rohmer, 1969
  • Archive de Paul Virilio, 14 novembre 2007, émission Du jour au lendemain d’Alain Veinstein, France Culture

Pour aller plus loin :

Visitez le site du Musée de l'Accident

Intervenants
  • Philosophe, professeur émérite à l'Institut d'urbanisme de Paris
L'équipe
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