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Susan Sontag chez elle en 1979.
Épisode 4 :

"C’est avec les mots qu’on comprend, c’est avec les photos qu’on se souvient..."

29 min
À retrouver dans l'émission

Comment Susan Sontag voit-elle dans la photographie la transformation du monde ?

Susan Sontag en 1990
Susan Sontag en 1990 Crédits : GHOST/John Martyn/ullstein bild - Getty

En 1977, paraît le quatrième essai de Susan Sontag.
Il s’ouvre sur ces mots : 

L’humanité, installée dans la caverne de Platon, s’y attarde obstinément. Elle s’enivre encore, habitude immémoriale, des simples images de la vérité. Mais l’enseignement que dispensent les photographies est fort différent de celui dont étaient porteuses les images anciennes, beaucoup plus artisanales. D’abord, des images en bien plus grand nombre autour de nous suscitent notre attention. Le début de l’inventaire date de 1839 et, depuis lors, il semble que l’on ait à peu près tout photographié. Rien ne rassasie l’oeil photographique et cette insatiabilité même est venue transformer les conditions de notre réclusion dans la caverne - le monde.

L'invitée du jour :

Corinne Rondeau, maître de conférences en esthétique et sciences de l’art à l’université de Nîmes et critique d’art

A la recherche de la réalité

Le maître-mot de Susan Sontag c’est la réalité. C’est la raison pour laquelle elle critique la question de l’apparence purement platonicienne et que, en 2002, elle va critiquer tout le provincialisme français : de Baudrillard à Guy Debord. Il n’est pas question de penser que la guerre est un problème médiatique. C’est cela qu’elle refuse : que la photo ne soit que du registre du spectacle parce que, dit-elle, c’est une vision cynique du monde.  
Corinne Rondeau

Image et réalité

Tout ce qu’elle écrit est sur le dehors et ce qu’elle écrit c’est sa propre confrontation au monde. Elle le prend à bras le corps à travers le langage qui est une des données les plus essentielles de Susan Sontag. Il n’y a pas d’image sans langage, parce que l’image vaut déjà comme un langage.  
Corinne Rondeau

L’écart entre l’image et la réalité, ce n’est pas du tout ce que les théoriciens des médias nous disent, à savoir que maintenant on n’a plus le sens de réalité, on est dévoré par les médias, la réalité est devenue virtuelle, les gens ne savent plus distinguer la réalité parce qu’on est trop inondé par les images. Ce n’est pas du tout vrai pour moi, c’est plutôt l’opposé. On sait très bien, même si on est complètement drogué par la télé par exemple, tout le monde sait la différence entre l’image et la réalité.  
Susan Sontag

Le "ici" et le "là-bas"

Si on ne comprend pas que la réalité chez Sontag c’est un corps qui prend le risque de mourir pour une action ou des gens qui n’ont rien fait, qui vont mourir et dont on a des images, on ne comprend pas Sontag. Je rappelle que la sensibilité immédiate est la pensée pure. Sontag c’est les deux à la fois : toute image nous dit qu’il y a un être derrière, ce ne sont pas des apparences. [...] Tant qu’on ne prend pas la distance, on est soumis à la violence. Et si on est soumis à la violence et au choc des images, on sera toujours leur objet.  
Corinne Rondeau

Sons diffusés :

  • Archives de Susan Sontag, extraites de l'émission Surpris par la nuit, France Culture, 22/10/2003

Bibliographie

Intervenants
  • Maître de conférences en esthétique et sciences de l’art à l’Université de Nîmes et critique d'art
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