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Marlin Awad
Épisode 1 :

On ne naît pas noire, on le devient ?

29 min
À retrouver dans l'émission

Prix Nobel en 1993, Toni Morrison a bouleversé la littérature et les représentations de la société américaine. Née en Ohio, dans l'Amérique ségrégationniste des années 1930, l'écrivaine n'a en effet cessé de mettre en question la mémoire, traumatique et ensevelie, de l'esclavage aux Etats-Unis.

Toni Morrison, deux ans avant son obtention du Prix Nobel de littérature, en 1993.
Toni Morrison, deux ans avant son obtention du Prix Nobel de littérature, en 1993. Crédits : Klaus Morgenstern - Maxppp

Cela fera un an le 5 août prochain que l’autrice de Beloved est morte, à l’âge de 88 ans. Un an après son décès, les derniers mots d’un homme noir agonisant sous le genou d’un policier blanc ont fait le tour du monde et sont devenus un slogan politique : « I can’t breathe », « Je ne peux plus respirer ». Ce drame a provoqué une prise de conscience mondiale de la condition noire, et le mouvement Black Lives Matter a désormais un écho planétaire. Or, s’il est bien une romancière à la fois pionnière et prophétesse, dont l’œuvre entière parle de la couleur de peau, de ses stigmates, de la violence qui lui est inhérente, du rapport de force qu’elle instaure entre les êtres, de l'innocence confrontée au mal, de la mémoire défigurée, c’est Toni Morrison.

A travers ses onze romans, mais aussi ses cours, ses discours, les livres qu’elle a édités, ses conférences, à travers Pecola, Sethe, Tar Baby, Macon Mort, Florens et tous ses formidables personnages, elle n’a cessé de raconter ce qu’être noir aux Etats-Unis veut dire et de mettre des mots sur l’amnésie, la cécité à propos de ce qui est au fondement de l’histoire et de l’identité américaine, à savoir l’esclavage et le racisme.

En ce sens, Toni Morrison n’a pas seulement été une immense romancière, elle a aussi contribué à bouleverser le regard que la société américaine porte sur elle-même. Elle qui s’était donnée pour défi d’ « écrire assez bien pour que la question raciale soit importante tout en ne l’étant pas », est-elle parvenue à démontrer la puissance des mots et de la littérature à laquelle elle a toujours cru ? C’est ce que nous allons voir toute la semaine. Pour commencer, nous nous demandons qui était Toni Morrison avec son éditrice française Dominique Bourgois et le journaliste Frédéric Joignot

Toni Morrison a eu du plaisir à pouvoir, grâce à son Prix Nobel, dire des choses, être invitée à écrire et à être entendue. Mais elle a toujours été attentive à ce qu'on ne fasse pas d'elle une "femme noire américaine Prix Nobel". Elle l'a dit : "Je ne veux pas être le substitut d'un homme blanc. Et elle mettait en garde les journalistes qui voulaient l'enfermer dans cette position. Dominique Bourgois

Ces dernières années ont été gâchées par la présidence de Donald Trump, qui l'a vraiment contrariée. Elle a dit dans une interview qu'elle allait y survivre. Cela n'a pas été le cas. Mais elle avait la rage, et je suis heureuse qu'elle ne vive pas les moments que nous sommes en train de vivre. Dominique Bourgois.

Toni Morrison a exploré l'imaginaire afro-américain qui avait été jusque là très peu exploré. Lorsqu'elle publie "L'Oeil le plus bleu", ce livre est très mal vu par la communauté noire, par les écrivains noirs : parce qu'elle ne parle pas de grandes choses terribles, mais simplement d'une petite fille noire qui rêve d'avoir les yeux bleus.  Frédéric Joignot

Après l'élection d'Obama, on a pensé qu'on rentrait dans une ère post-raciale. Mais Toni Morrison était très lucide sur le fait que l'Amérique était toujours une Amérique raciale, ostracisante, raciste. Frédéric Joignot

Extrait musical entendu en fin d'émission 

  • Summer Time - Ella Fitzgerald

Bibliographie

Sula

Sula10/18

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