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"Always On", ou la connexion permanente pendant les émeutes de Londres

4 min

Une chronique inspirée bien sur par l'actualité des émeutes de Londres ainsi que par le récent ouvrage de Brian Chen « Always On » dans lequel l'auteur journaliste à Wired étudie la façon dont la société se transforme à partir du moment où chaque individu est connecté en permanence à Internet via son téléphone mobile. C'est pourtant l'étonnement qui semblent saisir les commentateurs qui voient les émeutiers de Londres utiliser les nouvelles technologies pour compenser le gap qui les sépare de la police alors même que c'est une méthode qui a été utilisée à profit depuis plusieurs années par les émeutiers d'autres pays -- au hasard l'iran, l'égypte, la tunisie. Mais comme le souligne le chercher Evgeny Morozov dans son ouvrage « la déception Internet, » on peut parfaitement voir les logiques de sagesse des foules appliquées à des sujets bien moins sages que wikipedia. Le manque de préparation des autorités londoniennes à cette appropriation bien peu citoyenne des réseaux sociaux est donc étonnant. Les policiers en sont même à dénoncer leurs systèmes de communication comme trop centralisés et antidéluviens. Après la mort de Mark Dugan, c'est une page facebook qui s'est montée samedi matin vers 10h30 soit quand même près de 5h après la première manifestation de protestation qui avait eu lieu pendant la nuit devant le poste de police de Tottenham. Mais dès les premières dégradations vers 10h45, les propriétaires de la page proposaient déjà à tout le monde -- participants ou témoins -- de poster des photos des dégats afin, je cite, « d'envoyer le message que tout ceci s'est transformé en une émeute. » Mais pour Twitter ou Facebook c'est à peu près tout, car comme vous le savez ces deux sites sont publics ou semi-publics, et les autorités n'ont pas tardées à faire savoir qu'elles les surveilleraient et qu'elles n'hésiteraient pas à punir ceux qui aideraient virtuellement les émeutiers -- par exemple en les informant sur les mouvements de la police. Du coup, le mégaphone virtuel des manifestants ne semble être ni Twitter, ni Facebook mais Blackberry Messenger, le service de messagerie interne des téléphones blackberry, en raison notamment de leur grand succès au Royaume-Uni où 37% de ces jeunes en seraient équipés, et surtout les conversations ne s'y font pas à la vue de tout le monde, un peu à l'image d'un SMS.De cette façon, on a pu passer de la logique des « flash mobs » - ces happenings rassemblements instantanés proches de la performance artistiques - à celle des « flash robs » et où les émeutiers ont pu lancer de véritables appels au vandalisme et au pillage dans les termes les plus directs : « pour tout le monde à londres, rdv à oxford circus pour casser des boutiques sans personne et récupérer des affaires gratuites, - je cite sans traduire - fuck the feds, etc. »Alors bien sur, l'anonymat et le sentiment d'impunité offert par le BBM n'est qu'une apparence car la société RIM -- le fabricant canadien - a d'ores et déjà annoncé sa totale et complète collaboration avec la police, mais elle démontre un manque de préparation et de veille de leur part puisqu'ils ne se tenaient pas prêts à surveiller ce réseau en particulier. Dans le même temps les médias sociaux étaient également utilisés de façon plus positive par les nombreux témoins des violences et les journalistes. Servant d'outils de validation des informations, ils ont permis d'envoyer nombre de photos, de vidéos ou de simples messages. Le quotidien le Guardian a pu mettre en place une page participative réalisée à partir des informations envoyées par leurs lecteurs, recoupées avec les leurs propres, et qui permet de suivre en direct chaque jour et chaque soir le déroulement des opérations -- de façon bien plus efficace et plus « live » que n'importe quel autre dispositif journalistique -- une forme de coopération entre les journalistes et leurs communautés de lecteurs.Google de son coté a mis en place une carte sur Google Maps permettant de localiser les émeutes au fur et à mesure de leur déroulé, n'hésitez pas à aller la regarder en ligne car c'est très impressionnant et permet de vraiment bien comprendre en direct l'étendue incroyable de ces débordements. In fine, pour reprendre l'analyse de Jared Cohen, les médias sociaux ont rempli deux rôles : celui de catalyseurs de ces événements et celui de validateur de l'information de l'autre.

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