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Des strumpfs 3D au gendarme à New York...

5 min

Une chronique depuis Los Angeles où les francophones du monde de l'animation se réjouissent du succès des smurfs au box office américain, une adaptation des schtroumpfs réalisée par sony animation et qui est à mon sens emblématique de la transformation que sont en train de vivre les industries culturelles et créatives dans le secteur. Pour replacer les choses dans leur contexte, je suis donc ici avec des étudiants des gobelins et des jeunes des quartiers dans le cadre d'un programme dénommé flame et organisé par l'ambassade des Etats-Unis, l'école des gobelins, cap digital et la fondation randstad. Il s'agit de faire visiter les grands studios d'animation américains à ces jeunes professionnels français pour leur donner le goût de ce secteur, qu'ils souhaitent ensuite en faire leur activité en France, aux Etats-Unis ou ailleurs. Or le grand sujet qui nous a occupé avec eux à plusieurs reprises, et notamment lors des visites de studios et d'une longue discussion avec Charles Solomon, le grand historien de l'animation, c'est la convergence entre l'animation et le cinéma traditionnel via les ponts que représentent la 3D, l'image de synthèse, les effets spéciaux et les jeux vidéos. Concrètement, quelle est la part de cinéma et de dessin animé 3D dans un film comme Green Lantern ? Thor ? Captain America ? Y'a t'il finalement plus de 3D et d'effets spéciaux dans les strumpfs que dans la planète des singes ? Et surtout où va alors se déplacer la valeur dans ces différents films ? Faut-il applaudir James Franco ou l'animateur du singe César ? J'ajoute que le tout s'accompagne d'un choc des cultures qui s'annonce assez difficile dans la mesure où les acteurs et les réalisateurs de cinéma sont tout à leur hubris et leur ego tandis qu'on fait difficilement plus modeste et réservé qu'un animateur ou qu'un dessinateur. Mais pour l'industrie du cinéma, c'est un choc indispensable. Avec la baisse des revenus liés au dvd, il leur est nécessaire de trouver de nouvelles sources de revenus. Pour une part au moins, ils comptent sur cette révolution technologique apparue il y a une quinzaine d'années pour apporter de nouvelles possibilités à la dimension cinématographique. L'animation assistée par ordinateur mélangée aux prises de vue réelles, voilà ce qui permet de porter un cran plus loin le célèbre instant du suspension of disbelief, ce moment où l'on oublie que l'on est en train de regarder une fiction et où l'on se met à confondre l'image et la réalité. D'où les strumpfs, d'où Tintin très bientôt, et beaucoup d'autres œuvres issues du patrimoine culturel mondial. De la même façon que l'invention du long métrage animé par Walt Disney avait précipité un immense besoin de trouver des histoires à raconter par le biais de ce nouveau média -- avec les emprunts subséquents à perrault, aux frères grimm, mais aussi à Arthur Rackham, Gustave Doré ou aux peintres pré-raphaélites ; de même la multiplication des films mixtes entre animation et cinéma va devoir se nourrir de tous les imaginaires qu'Hollywood pourra capter. Autrement dit, après s'être fait les dents depuis 15 ans sur le patrimoine des comics américains qui ont essuyé les platres de ce nouveau storytelling -- à ce sujet je vous conseille d'ailleurs l'exposition Tim Burton au Los Angeles County Museum of Arts dont le travail sur Batman avait marqué le début de cette époque, Hollywood a faim de création et va commencer à s'approprier tout ce qu'ils peuvent commercialiser utilement. Ce n'est pas à dire que les étrangers soient laissés de coté dans ce mouvement de globishisation. Le film « moi moche et méchant » a été réalisé par le studio parisien McGuff après avoir été imaginé par les américains de Illumination studio, des auteurs tels que Riad Satouf ou Joann Sfar expérimentent eux aussi les allers-retours entre l'univers du dessin et celui du cinéma. Les japonais n'ont pas dit leur dernier mot. Et les canadiens non plus qui n'hésitent pas à abreuver les studios des subventions les plus alléchantes pour attirer leurs talents et les éloigner du soleil de la Californie. Reste que c'est encore ici que les strumpfs réalisent le rève de louis de funès dans un mashup burlesque mais mainstream de l'œuvre de peyo et du gendarme à new york -- un rève californien qui se répète et n'est pas nouveau puisqu'il s'agissait d'un film de jean girault déjà en 1965 -- juste une nouvelle étape d'un cycle finalement très traditionnel.

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