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Du downgrading financier au downgrading politique

3 min

Le buzz des blogs américains a bien évidemment été lié à l'actualité de vendredi dernier et au downgrading de la note américaine par Standard and Poor's, c'est-à-dire à la dégradation de leur note de AAA vers AA , laquelle était annoncée depuis plusieurs semaines. Contrairement aux peurs des analystes les plus grands publics, le blog de The Economist estime que cette dégradation n'aura pas d'impact à la hausse sur les taux d'intérêt, ni à la baisse sur les marchés. Une analyse dont on va voir si elle tient le choc après la baisse de plusieurs % subie par les bourses asiatiques et du moyen orient. Nombre d'analystes démocrates reprochent bien sur cette dégradation à l'attitude des républicains pendant la négociation sur l'augmentation du plafond de la dette, faisant ainsi des Etats-Unis un pays « incohérent » comme le dit le bloggeur prix nobel Paul Krugman. Tous bien sur rappellent le rôle de pompier pyromane de Standard and Poor's au cours de la crise des subprimes il y a 3 ans, crise avant laquelle ils n'avaient pas hésité pendant plusieurs années à noter AAA de nombreux actifs pourris qui avaient ensuite perdus leur valeur et précipité le monde dans la dépression -- créant ainsi une bonne partie de la dette dont ils sont aujourd'hui en train de parler. Ces questions sont d'ailleurs d'autant plus importantes que l'on s'est rendu compte au cours du week-end que l'agence avait fait une erreur de calcul dans ses prévisions... une erreur de 2000 milliards de $, excusez du peu -- alors même qu'on apprend également que leur maison-mère édite des manuels d'arithmétique pour les enfants. Mais beaucoup reprochent cette situation au président Obama, dont Amy Davidson rappelle qu'il a dit il y a quelques jours que si l'économie des Etats-Unis était AAA, ce n'était pas le cas de leur système politique. En effet, le plus grave pour Ezra Klein comme pour beaucoup de bloggeurs économiques américains, ce n'est pas tant un downgrading de la dette américaine qu'un downgrading du système politique américain. Le tout alors même que la semaine dernière a démontré que démocrates et républicains étaient justement capables de s'entendre. Ce qui conduit Robert Reich -- cité par de nombreux twitters français comme Tariq Krim - a affirmer sans détours que Standard and Poor's n'a rien à faire à dégrader la note de la dette des Etats-Unis, et ce d'autant qu'elle ne juge pas la capacité des Etats-Unis à payer ce qu'ils doivent, mais qu'il s'agit d'un jugement sur leur système politique et sur le fonctionnement de leur démocratie. Pour le dire plus simplement, Standards and Poor a dégradé la note des Etats-Unis parce que les représentants américains n'ont pas adopté les mesures économiques qui satisferaient les analystes de Standard and Poor's. Pour le comprendre il faut citer leur analyse in extenson : « la dégradation reflête notre opinion que le plan de consolidation fiscal récemment passé par le congrès et l'administration ne rassemble pas -- à notre avis -- les conditions qui permettraient la dynamique financière à moyen terme du gouvernement » alors même que les institutions politiques américains sont, je cite toujours, « instables, inefficaces et imprévisibles. »Ce qui amène finalement Robert Reich a dénoncer l'intrusion de Standard and Poor's dans la vie politique américaine, finissant même par qualifier leur action de malfaisante. Il est certain que c'est la première fois que l'ensemble de ces analystes prennent conscience de l'impact du financier sur le politique, le moment où des analystes impresonnels et froids viennent juger leur système démocratique -- mais n'est ce pas ce qu'ils ont fait depuis plusieurs années avec les pays du tiers monde ? Et ce qu'ils font depuis 18 mois avec les grecs, les espagnols, les portugais et bientôt les italiens ? Bref, d'une certaine façon c'est finalement la question de l'état de droit qui se pose. Si Standard and Poor's n'est pas légitime pour juger les américains, pourquoi le seraient-ils pour juger les autres ? Ou même pour juger tout court.

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