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La politique online en russie ou le pessimisme slave

3 min

Une chronique dont l'idée vient des techniques de campagne en ligne en russie, avec une vidéo qui a buzzé la semaine dernière au sujet de Vladimir Poutine, le Premier Ministre de la Fédération de Russie. Le déroulé en est simple. Sur un montage très dynamique, une jeune fille prénommée Diana commence par expliquer pourquoi elle pense du bien de Vladimir Poutine. Et iPhone en main, elle annonce -- accrochez vous -- qu'elle offrira un iPad à celles qui réaliseront un strip tease en déchirant leur t shirt-- oui un strip tease -- pour Vladimir Poutine en se filmant et en mettant la vidéo sur Internet - le tout sur fond musical vaguement hype, avec force gros plans sur les appareils pommés et des décolletés vertigineux.L'origine de ce clip n'est pas claire, mais il a été publié sur le blog de Kirill Shchitov, parlementaire membre du United Russia party, le parti de Poutine. Il est censé appeler à sa candidature pour la prochaine élection présidentielle, en mars 2012.La méthode peut surprendre mais un concept similaire avait déjà été utilisée en 2001 par le même Vladimir Poutine pour lequel un groupe de deux jeunes filles sexy avait créé une chanson « je veux un copain comme poutine, un mec plein de force, un mec qui ne boit pas, » le tout sur fonds de eurobeats qui raviraient les fans du dr alban tendance 1992. Son Président Medvdev n'est pas en reste puisque c'est un vrai geek et un fervent utilisateur de twitter qui maintient lui-même son compte depuis 2010 sous le pseudonyme KremlinRussia -- abonnez vous pour voir, avec un tel succès qu'il a depuis été obligé de créer un deuxième compte twitter appelé MedvedevRussia pour y envoyer ses tweets plus personnels et à ses états d'âme. Il comptabilise aujourd'hui 90 000 followers sur l'un et 400 000 sur l'autre. Pas mal. Mais par ailleurs, la Russie a pu préserver un positionnement stratégique sur Internet avec plusieurs entreprises florissantes sur son propre territoire -- mail.ru pour l'email, kontakte.ru à la place de facebook, yandex.ru à la place de google. Un dispositif quasiment à la chinoise qui permet aux entreprises russes de résister à l'expansionnisme de leurs concurrentes américaines, et même de contre attaquer puisque les fonds créés grâce à leur succès ont ensuite été utilisés pour prendre des participations dans les entreprises américaines qui leur ont servi de modèles -- c'est ainsi que Yuri Milner, un géant de l'internet russe, a pu prendre des participations stratégiques de plusieurs centaines de millions de dollars dans Facebook, Zynga ou Groupon dès 2009, et qu'il participe depuis 2011 au programme Y combinator, la star des incubateurs américains -- offrant 150 000 dollars à chaque nouveau lauréat. Voilà des exemples de succès qui devraient surprendre les internautes occidentaux épris de e-démocratie et d'open data que nous sommes. Les dirigeants russes se permettent même aujourd'hui de donner des leçons à leurs camarades occidentaux. Par exemple, s'exprimant à propos de la réforme du droit d'auteur en ligne et de la nécessité de protéger les artistes, Medvedev expliquait ainsi à la sortie du eG8 du mois de juin que ses collèges avaient une vision trop conservative de l'Internet pour le réguler correctement et qu'ils ne l'utilisaient peut être pas assez ou ne le comprenaient pas suffisamment. In fine vous l'aurez compris, l'Internet russe est un beau succès commercial et un bel outil de communication politique pour ses dirigeants, sans pour autant forcément réussir à transformer les usages de la démocratie comme on a trop souvent tendance à croire que ce serait naturel en Europe ou aux Etats-Unis. Ce n'est pas un hasard si c'est Evgeny Morozov, un chercheur d'origine bielo-russe et l'auteur de « The Net Delusion » qui représente aujourd'hui l'un des principaux critiques de l'internet utopianisme, rappelant que le réseau des réseaux n'est pas forcément démocratique en soi et qu'il ne fait que se développer selon le terreau culturel sur lequel on le fait pousser. A ses yeux les exemples ne manquent pas. Une forme de pessimisme slave en sorte, mais nous aurons l'occasion d'en reparler.

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