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Le compte Linformatrice sur twitter - chevalier blanc ou blague potache ?

4 min

Vous connaissez peut-être le concept américain du whistleblower, cette personne supposée sonner l'alarme quand un problème se présente au sein d'une entreprise ou d'une administration, passant par-dessus sa hiérarchie et devant parfois protéger son identité pour éviter les représailles. Mais que se passe-t-il quand le whistleblower rencontre les réseaux sociaux. L'exemple n'est pas américain, il est français et il vient d'arriver par l'intermédiaire d'un petit scandale dans la twittosphère francophone depuis quelques jours avec l'apparition d'un mystérieux compte fantôme utilisant le pseudonyme @linformatrice et qui se décrivant comme une whistleblower puisqu'elle serait une : « journaliste politique curieuse qui essaye de faire son travail honnêtement, mais contrainte de garder l'anonymat. » Elle précise également avoir une trentaine d'années et travailler paraît-il dans un grand quotidienD'un ton très agressif, @linformatrice s'est rapidement faite remarquer sur Twitter en lâchant scoop sur scoop, ou tout au moins en reprenant rapidement les dépêches AFP et en maîtrisant à la perfection leur passage en 140 caractères. Autre méthode qui fonctionne bien, le compte @linformatrice s'est fait remarquer en attaquant frontalement plusieurs gros comptes twitter comme celui de Maitre Eolas -- autre grand pseudonyme à succès, se montrant même parfois à la limite de l'insulte avec certains d'entre eux. La méthode fait florès, le personnage plaît, et le compte ne tarde pas à être suivi par tout ce qu'il faut de journalistes politiques, de bloggeurs influents et de twittos prêts à rentrer dans la polémique. Le principe n'est pas nouveau. Il avait déjà été utilisé avec succès par Bruno Roger Petit lors de la précédente campagne présidentielle quand celui-ci avait créé l'excellent blog satirique Mitterrand 2007 -- commentant l'ensemble de la campagne sous le nom et à la manière de Mitterrand, sous le slogan « je crois aux forces de l'esprit, je ne vous quitte pas. » A partir de là, et c'est peut-être une démonstration de la façon dont Internet semble propice à nourrir et se nourrir de toutes les théories du complot, le grand jeu de la petite twittosphère commence à essayer de devenir l'identité de @linformatrice. Dès lors, un autre compte dénommé @antennerelais commence à décortiquer les différents messages et les traces laissées par @linformatrice sur Internet -- jusqu'à affirmer qu'il s'agirait d'un faux-nez de l'extrême droite -- remarquant au passage de nombreux éléments troublants : près de la moitié des followers de @linformatrice seraient des faux, les serveurs de Twitter conseillent aux gens de suivre des comptes d'extrême droite car ceux-ci serait « semblables » au sien selon leur outil de recommandation, elle aurait donné plusieurs âges différents en fonction des moments, elle se serait trahi elle-même car des comptes twitter proches de l'extrême droite aurait suivi ses critiques juste après que ceux-ci se soient exprimés, j'en passe et des moins convaincantes. Les experts de l'Internet ne s'y trompent d'ailleurs pas comme par exemple Fabrice Ebelpoin qui reconnaît qu'il y a bien anguille sous roche mais qui se refuse à accepter aussi facilement l'idée qu'il s'agirait d'un compte ouvert par un militant d'extrême droite destiné à semer la zizanie parmi les twittos de gauche. A ses yeux, la vraie question posée par ce compte c'est la facilité avec laquelle un prétendu journaliste sous pseudonyme arrive à se créer une audience en utilisant un mix intelligent entre une stratégie marketing agressive et un système de botnet, c'est-à-dire des faux comptes vides mais destinés à augmenter artificiellement le nombre de ses suiveurs et son poids apparent dans la twittosphère -- un peu comme si un journal se mettait à mentir sur les chiffres de ses ventes ou de son nombre d'abonnés. Info ou Intox, whistleblower des journalistes, jeune communicant ambitieux désireux de faire un coup, ou militant expérimenté semant son chemin à coup de Tweets ravageurs, personne n'a aujourd'hui le mot de la fin sur l'identité ni même l'intérêt de @linformatrice et -- même si vous aurez compris que ma curiosité est singulièrement aiguisée - surtout pas moi -- je me contente de jouer modestement mon rôle de whistleblower -- peut-être pour éduquer un peu nos auditeurs.

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