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Le nouveau sport des paris en ligne

3 min

Savez-vous quel est le nouveau sport à la mode ? C'est le pari sportif. Paradoxe me direz-vous ? Hé bien non justement car je tiens pour important que la seule légitimité morale du pari c'est qu'il devienne lui même un exercice et un spectacle, concurrençant même le secteur sur lequel il porte à l'origine. 256 millions d'euros dans des campagnes de communication en 2010 selon l'AFP ? Après des années de rigueur quasi-puritaine, tous attendent que les clients français soient de bons moutons et deviennent -- automatiquement c'est la clé de tous leurs modèles économiques -- une nation de parieurs. Le marché est estimé à 800 millions d'euros dans le seul secteur du sport. Mais au 31 décembre 2010, il n'y avait que 3 millions de comptes dont 2/3 maximum étaient actifs -- sans compter qu'ils mélangent aussi hippisme et poker. Pour le premier trimestre 2011, cela représente 147 millions de paris pour le sport... pour 256 millions de dépenses de communication donc... et en réalité une participation en baisse de 26% depuis l'année dernière ! On est donc loin du succès prévu. Les grands groupes médias sportifs s'étaient naturellement lancés dans cette aventure dont ils espéraient faire une source de revenus importante. Mais Amaury a déjà commencé à réduire la voilure, tandis que TF1 et Canal ont complètement arrêtés. Le problème serait qu'il faille "faciliter le parcours des joueurs" -- ces grands idiots - pour accéder aux jeux en ligne autorisés et de permettre aux joueurs étrangers de participer aux tournois de poker sur des sites français -- autant profiter du « succès » français pour attaquer l'international.Le tout dans un contexte de réglementation compliquée. Le prochain match de l'équipe de France -- France-Chili est un match amical qui ne pourra pas donner lieu à des paris en France. De même impossible de miser en France sur autre chose que sur les résultats des matchs. L'idée générale est d'éviter la pression des bookmakers, mais cela n'a pas de sens dans une économie mondialisée où les chinois peuvent parfaitement miser depuis guangzhou sur le match lorient / le havre et -- si triche il y avait, ou plutôt quand triche il y aura - essayer de faire pression sur l'arbitre ou les joueurs autant qu'ils le souhaitent. Les opérateurs de paris sportifs eux-mêmes sont bien sur à blâmer. Loin d'avoir intégré la dimension spectacle de ce secteur, ils ne l'ont abordé que sous le seul registre de la martingale économique, sans considération aucune pour leur public, à tel point que les sites de paris en ligne -- allez voir -- sont à peu près aussi passionnants que la lecture de la bourse dans le quotidien la tribune. Le problème achoppe sur un raisonnement paradoxal. SI l'on suit les plaisanteries de Peter Sloterdijk le grand batave -- qui n'est pas joueur de foot mais philosophe -- le sport est la nouvelle religion d'un monde sans dieu au cœur de laquelle l'exercice est un élément essentiel. Car la seule solution pour que les sites de paris en ligne retrouvent leur nature, transformer le pari en exercice, transformer l'acte de parier en sport, parler des paris sportifs, devenant ainsi le meta-media de leur propre pratique, ils doivent se crowdsourcer et considérer leurs visiteurs non comme des clients mais comme des acteurs du sport de parier. Concrètement, les sites de paris en ligne ne peuvent faire de l'audience qu'en apportant des conseils à leurs visiteurs -- c'est-à-dire en les aidant à gagner et donc à leur prendre de l'argent -- ce qui est pour le moins contre-intuitif mais qui redonne une légitimité morale aux sites de paris en ligne.

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