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Martine Aubry et Jean-Louis Brochen créent le buzz pour se défendre contre la rumeur

3 min

Nous faisions il y a quelques jours notre chronique sur les déclarations de Randi Zuckerberg qui affirmait la nécessité de supprimer l'anonymat sur Internet. Via la personne de Martine Aubry, l'actualité nous apporte une preuve que ces déclarations étaient très exagérées. En effet, Martine Aubry et son ancien avocat de mari Jean-Louis Brochen n'ont visiblement rencontrés aucune difficulté à assigner un site internet appartenant à un certain Francis Neri dont ils estiment qu'il les diffame en reprochant à son mari d'être un « un défenseur des provocateurs salafistes et communautaristes. » Alors sur Internet, on ne commence normalement pas par attaquer, mais pas envoyer des notifications demandant aux propriétaires ou aux animateurs de sites de retirer les contenus que l'on juge offensants ou diffamants. C'est la tâche à laquelle se sont attablés Martine Aubry et son équipe depuis le mois de mai -- envoyant l'un après l'autre des notifications aux sites qui reprennent les rumeurs sur Jean-Louis Brochen. Ce n'est pas la première fois qu'un homme politique est victime d'une rumeur online et que la justice lui apparaît comme une solution. On se rappelle notamment de cette rumeur propagée il y a 2 ans par les « birthers » aux USA, lesquels demandait à Barack Obama de démontrer qu'il était bel et bien né aux Etats-Unis -- condition nécessaire pour pouvoir être élu Président, avant de lui demander ensuite de démontrer que les papiers d'identité qu'ils venaient de produire étaient bien des vrais. Le même mécanisme est ici à l'œuvre ici depuis deux ans, où des sites présentant des vidéos sur Lille, la capitale islamiste de la France, ou bien sur , ont successivement décrit le mari de Martine Aubry comme « l'avocat des islamistes », « l'avocat halal », « l'avocat salafiste », « l'avocat des barbus, » etc. Le tout sans jamais réussir à percer le plafond de verre de la communication grand public. Car c'est la différence entre le buzz et la rumeur. Si le buzz s'appuie sur des faits qui sont transmis de façon rapide entre internautes pressés d'être le premier à pouvoir les annoncer à ses amis -- soit par le biais d'un article de blog, soit via des messages de statuts sur les réseaux sociaux ; au contraire, la rumeur s'appuie sur des non-faits transmis de façon très lente entre internautes qui ne se revendiquent jamais d'être les premiers à les annoncer -- et elle se déplace surtout via les non-lieux que sont les forums de discussion ou les tchats de messagerie instantanée, sa présence sur des pages webs est exceptionnelle et ne correspond qu'à des étapes de solidifications temporaire pour que ses participants puisse faire une pause, résumer leurs arguments et restructurer leur rhétorique. Car en fait c'est peut-être l'une des grandes différences, la rumeur c'est une activité, une occupation qui tire parti du tunnel informationnel dans lequel se retrouvent parfois les internautes les plus passionnés. Internet est un environnement génératif qui multiplie les interactions entre internautes pour les pousser à créer du contenu. Quand cette énergie se reporte sur des sujets intéressants ou utiles, cela aux internautes de remplir leur rôle d'amateurs au sens noble du terme. Mais cela donne aussi des exemples plus étonnants et peut-être -- toutes proportions gardées moins utiles - comme les célèbres immenses pages de wikipédia qui décrivent la liste de tous les jedis qu'on peut trouver dans Star Wars. Et finalement la stratégie de Martine Aubry c'est peut-être justement de créer le buzz pour faire taire la rumeur.

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