LE DIRECT

Pour Randi Zuckerberg de Facebook, il faut mettre un terme à l'anonymat sur Internet...

3 min

L'anonymat en ligne doit disparaître nous dit Randi Zuckerberg, 29 ans, la directrice marketing de Facebook -- mais également grande sœur du patron fondateur Marc Zuckerberg, 27 ans. Pas l'anonymat sur Facebook -- le célèbre site de rencontres amoureuses pour lycéens, et de partage de photos de vacances -- non, l'anonymat sur Internet -- et notamment sur tous les sites internet qui utiliseront le système de commentaire et de discussion online de Facebook, car Randi Zuckerberg - qui a également été chroniqueuse sur Fox News aux Etats-Unis - s'est émue que des gens aient le sentiment de -- je cite -- « pouvoir dire ce qu'ils veulent. »Aujourd'hui, comme le rappelle Guillaume Champeau qui évoque le sujet sur son site Numerama, la situation par défaut de la vie courante c'est pourtant bel et bien l'anonymat. Personne n'est identifié en permanence, mais tout le monde est identifiable. Concrètement, c'est par exemple le travail quotidien de la police qui passe son temps à mener des enquêtes pour lever l'anonymat des citoyens quand l'intérêt général le justifie. Alors allez savoir pourquoi, mais ce qui semble raisonnable dans la vie courante semble inadmissible sur Internet. Anonymes ou pseudos, tous nos mouvements sont pourtant enregistrés en permanence via la fameuse adresse IP -- laquelle doit même être conservée pendant un an -- avec une telle efficacité qu'on vient par exemple d'arrêter quelques uns des responsables du célèbre réseau de hacker « Anonymous » les biens nommés. Ce n'est pas suffisant pour Facebook qui exige depuis longtemps que les gens utilisent leur nom et leur prénom. De même pour Google , le nouveau réseau social de Google, qui s'est permis de désactiver plusieurs comptes utilisant des pseudonymes -- avec un certain nombre de ratés comme par exemple la désactivation du compte de Manuel Dorne alias Korben -- un célèbre bloggeur français qui utilisait pourtant sa véritable identité. Plus que d'une trop grande violence des débats en ligne, le problème semble surtout venir des besoins des publicitaires de l'internet -- ce qui explique l'intérêt de Facebook et Google. L'objectif serait pour eux d'améliorer le traitement de leurs données et de faciliter le data mining qui leur permet d'envoyer les bonnes pubs aux bonnes personnes. Ce n'est pourtant sans doute pas pour rien que les articles de The Economist ne sont jamais signés de leurs auteurs, de même que ceux du Canard Enchainé. Pour Christopher Pool alias Moot, le fondateur du très important forum en ligne 4chan cité par Boris Manenti du Nouvel Observateur, l'anonymat est même un élément important garantissant l'authenticité des participants. Et peut-on vraiment se contenter d'une seule identité alors que l'on se comporte forcément différemment au travail, en famille, dans son club de sport. Ce n'est pas pour rien qu'on a aujourd'hui autant de réseaux sociaux différents. Le besoin de civiliser les cafés du commerce de l'internet justifie-t-il de remettre en question ce qui est l'un des fondements de la liberté de conscience ? Est-il besoin de remonter à Jeremy Bentham pour rappeler que le panopticon est d'abord une prison ? Et comment concilier ces idées avec une proposition comme celle de Martine Aubry qui vise à mettre en place une fondation destinée à la protection en France des cyberdissidents du monde entier ? Comme le faisait remarquer Jonathan Franzen il y'a déjà longtemps dans son essai Imperial Bedrooms -- c'était à l'occasion des assauts de Kenneth Star contre Bill Clinton -- souvenez-vous, à force de mettre sur le même plan les devoirs de vacances de Randi Zuckerberg sur Internet et les négociations sur le plafond de la dette aux USA, c'est plutôt de la qualité de la vie publique dont il faudrait s'occuper.

L'équipe

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......