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Bruno Boudjelal

Numéro 41. Les traversées de Bruno Boudjelal

1h01
À retrouver dans l'émission

Bruno Boudjelal est parti en Algérie en 1993 en pleine décennie noire, pour retrouver sa famille. Il part avec un petit appareil photo amateur, il deviendra photographe. Ses photos sont floues, décadrées, elles sont nos paysages de départ, elles sont le flux de la vie, le voyage.

Bruno Boudjelal
Bruno Boudjelal Crédits : Agence VU

Il est 23h, qu’est ce qu’on fera de notre enfance ? Et de l’autre, celle qu’on n’a pas vécue. Celle de nos parents, celle qu’on aurait pu vivre dans un autre pays, sur un autre territoire, si ceux qui nous ont précédés n’étaient pas partis, étaient restés, avaient pris l’autre décision. Qu’est ce qu’on fera de ces enfances parallèles, pas vécues mais qui créent dans la tête des images. Qui dans la vie, suggèrent des chemins. Des enfances pas vécues, mais forces de proposition. Bruno Boudjelal est entré dans l’intranquilité, il appelle les jours intranquilles, ceux de son arrivée en Algérie, le pays de son père, pays qu’on avait tu, jamais formulé, pas prononcé à la maison. Il est parti avec un petit appareil photo amateur et n’a pu photographier l’Algérie que décadrée, floue, de côté. Ce sont des photos où il ne vise jamais. Pour ne jamais se faire attraper, pour passer tranquillement les regards et les barrages. C’est aussi attraper au vol cette vie parallèle pour l’instant jamais vécue, c’est ne pas interrompre le mouvement de ce qui avance sans nous et qu’on approche parfois –il est d’ailleurs capable de laisser dormir les films, attendre avant de révéler, l’image on la voit plus tard. Après l’avoir imaginée. C’est le critique de cinéma Serge Daney qui disait attention, le cinéma a arrêté d’être au milieu de la vie des gens, attention quand le cinéma devient adulte il disparaît – le cinéma dépend de ce qu’on fera de notre enfance, la télévision elle, est amnésique, dans une servitude au présent. Bruno Boudjelal fait de la photographie au milieu de la vie des gens, en plein cœur. Il remet de l’enfance et de l’intranquillité. Du mouvement. Il nous replace devant ce lien fort qu’on peut avoir avec un paysage inconnu. Cette sensation qu’on a devant un paysage jamais vu, qui n’est pas à nous, qui est à des années lumière, qui ne fait pas partie de notre vie et pourtant ce paysage c’est notre histoire. Bruno Boudjelal fait le lien entre des sensations éphémères et des sentiments éternels. Il photographie l’air de rien, comme on voit la vie à travers la vitre d’un train – ce moment précis ou le présent défile et où dans tout, l’enfance est là. Le flou qui mêle un présent qui passe et un passé qui refait surface. C’est intranquille, c’est pas rassurant, mais c’est avoir eu le courage de choisir le voyage

Bruno Boudjelal, photographe né à Montreuil en 1961, d'origine algérienne. Il fait partie de l'exposition Frontières au Musée national de l'histoire de l'immigration à Paris, jusqu'au 3 juillet.

Dominique Laulanné, Directeur artistique de la Maison de la Musique à Nanterre, et Zaina, participante au projet de Nanterre de Bruno Boudjelal : dans vos albums de famille, quelle photo représente votre "ailleurs" ?

LIVE : HAKIM HAMADOUCHE, mandoluth

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