LE DIRECT
Lecture à Versailles, par Jean-François de Troy, vers 1728.

Un révolutionnaire

29 min

Fin stratège, Pierre Caron de Beaumarchais a su déjouer la censure pour faire connaître son oeuvre aux plus grands aristocrates d'Europe. Avec l'aide de ses grands défenseurs, comme le comte de Verneuil ou la reine Marie-Antoinette, l'auteur organise des lectures et des représentations clandestines.

Lecture à Versailles, par Jean-François de Troy, vers 1728.
Lecture à Versailles, par Jean-François de Troy, vers 1728. Crédits : Domaine public via WikiCommons

La vie de Beaumarchais est une suite de folles journées. Mais au palmarès des folles journées, celle-ci tient le pompon : c'est le 12 octobre 1781. Dans un petit salon de Versailles, Madame Campan lit. Rien d'étonnant ! C'est son premier métier. Avant de grimper dans la hiérarchie des servantes, et d'atteindre le titre de "femme de chambre de la reine", c'est comme lectrice des filles de Louis XV qu'elle a été embauchée. 

Madame Campan le rapporte, c'est ainsi que Louis XVI, s'étant fait lire Le Mariage de Figaro, aurait accueilli la pièce qui circulait depuis quelque temps dans les salons. Marie-Antoinette se délecte de cette lecture, et Louis XVI explose : "C'est détestable ; cela ne sera jamais joué. Il faudrait détruire la Bastille pour que la représentation de cette pièce ne fût pas une inconséquence dangereuse. Cet homme se joue de tout ce qu'il faut respecter dans un gouvernement. Il ajoute, soudain visionnaire : "Cette représentation ne pourrait être qu'une inconséquence fâcheuse, sauf si la Bastille était détruite". 

Cette lecture date pourtant de 1781, quelques années avant la prise de la Bastille le 14 juillet 1789. Quoiqu'il en soit, ce royal courroux est une mauvaise nouvelle pour Figaro. Son mariage devra encore attendre. À Paris et ailleurs, on s'impatiente. Dans son Barbier de Séville qui a remporté tous les succès trois ans plus tôt, Beaumarchais annonçait une suite. 

Pour tenir en haleine son public, tout en narguant les autorités, l'auteur multiplie les lectures privées. N'étant pas tenu à la même réserve que la femme de chambre, il incarne tous les personnages : il est Chérubin puis Suzanne. La rumeur monte et déborde en Europe. La cour de Versailles est divisée : Beaumarchais y a des défenseurs puissants, comme Marie-Antoine qui ne jurent que par La Folle journée, mais aussi le frère du roi qui suggère une représentation clandestine du Mariage de Figaro. Pour éviter la prison, Beaumarchais court se réfugier à Londres, mais ses amis ne baissent pas les bras...

Rediffusion de l'émission du 10 août 2019

L'équipe
Production
Réalisation

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......