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Vue du site de Chehel Burj (la forteresse des quarante tours) dans la province de Yakawlang, Bamyan.

Quel avenir pour le passé d'Afghanistan ?

29 min

La déroute de l’armée afghane, la fuite du président Ghani, puis la prise de pouvoir talibane le 15 août laissent présager quelque catastrophe pour les œuvres d’art et d’archéologie. Nous en parlons avec deux spécialistes.

Vue du site de Chehel Burj (la forteresse des quarante tours) dans la province de Yakawlang, Bamyan.
Vue du site de Chehel Burj (la forteresse des quarante tours) dans la province de Yakawlang, Bamyan. Crédits : © Philippe Marquis / DAFA

En mars 2001, la destruction des bouddhas géants de Bamiyan résonne encore en Occident, comme un véritable traumatisme. Il faut dire que l’antique est à nos yeux un élément fondateur de notre récit occidental, ce qui pourrait ne pas être le cas pour les nouveaux maîtres de Kaboul. Quoiqu’il en soit, le patrimoine peut-il être un enjeu pour les talibans ; à l’image des ONG humanitaires restées dans le pays, les organismes œuvrant à la sauvegarde du passé pourraient-ils eux aussi rester, ou revenir ?

La manière dont les talibans parlent du patrimoine montre qu'ils ont compris que le patrimoine pouvait être un enjeu, en s'appropriant un discours tout à fait logique et audible en la matière. Je crois qu'ils veulent montrer qu'ils ne souhaitent pas que le patrimoine soit un objet de polémique et c'est plutôt un élément positif pour que des catastrophes comme celle de Bâmiyân ne se reproduisent pas. Je crois qu'il faut les prendre au mot sur ces déclarations et dire OK. Philippe Marquis

Concrètement, le 15 août 2021, quand les talibans sont rentrés à Kaboul, une des premières choses qui a été faite, a été d'envoyer une escouade de talibans pour garder le musée national qui a été réouvert et les personnes en charge du musée sont revenues travailler dans ce musée. Je ne dis pas que la démonstration est faite, mais en tout cas, il y a encore une fois, des signes qui montrent que les temps ont changé. Philippe Marquis

Depuis un siècle, la Délégation archéologique française en Afghanistan (DAFA) œuvre à l’inventaire, la formation et à la fouille du passé afghan. En juillet 2021, Philippe Marquis, directeur de la délégation archéologique française en Afghanistan était encore sur place, et œuvrait avec une équipe afghane à la fouille de la forteresse de Kaboul.

La citadelle de Bala Hissar à Kaboul.
La citadelle de Bala Hissar à Kaboul. Crédits : © Philippe Marquis / DAFA

Avant que je ne quitte l'Afghanistan (juillet 2021), je m'occupais d'un grand chantier sur la citadelle de Kaboul (Bala Hissar), qui est en quelque sorte le Louvre de Kaboul, avec un programme à la fois de fouilles, de restauration et de mise en valeur. Un ensemble monumental tout à fait impressionnant avec des résultats archéologiques à la hauteur de ce que l'on peut espérer, c'est-à-dire un site extrêmement bien conservé. Une séquence stratigraphique d'une douzaine de mètres de hauteur, du 19e siècle jusqu'au 3e siècle avant Jésus-Christ, donc un ensemble tout à fait considérable. [...] C'est le château fort des émirs de Kaboul, un endroit extrêmement symbolique où l'on retrouve les grandes étapes de l'histoire de Kaboul. Philippe Marquis

Les trésors de Mes Aynak vus d’un drone - gigantesque gisement de cuivre et ses vestiges de l’empire Kouchane, ses monastères bouddhiques (stupas, sculptures…).
Les trésors de Mes Aynak vus d’un drone - gigantesque gisement de cuivre et ses vestiges de l’empire Kouchane, ses monastères bouddhiques (stupas, sculptures…). Crédits : © Iconem / DAFA

Fouilles récentes et projets

Retour sur les fouilles récentes et projets d’avenir : Hérat, mais aussi Balkh où des niveaux pré-achéménides et de l’âge du Fer ont été mis au jour sur le Bala Hissar, tandis que la présence hellénistique vient d’être révélée à Tepe Zargaran. Mais aussi, Mes Aynak, à plus de 2 500 m d’altitude, gigantesque gisement de cuivre exploité par la Chine et ses vestiges de l’empire Kouchane, ses monastères bouddhiques (stupas, sculptures…).

Aujourd’hui, dans le cadre de futures négociations internationales, l’archéologie pourrait-elle devenir un outil de diplomatie ? 

Site des Bouddhas de Bâmiyân, détruits en 2001
Site des Bouddhas de Bâmiyân, détruits en 2001 Crédits : © DR UNESCO

Les sites que l'on découvrait à travers des photographies aériennes et satellitaires étaient des sites déjà pillés. [...] N'oublions pas que l'Afghanistan est le carrefour de cette partie du monde où plusieurs civilisations se sont bien développées depuis l'âge du bronze au début du troisième millénaire avant Jésus-Christ. Julio Bendezu-Sarmiento

Histoire du vandalisme et de l’iconoclasme

En ces temps troublés, l’archéologie et les biens culturels sont particulièrement menacés par l’iconoclasme, ou l’iconoclastie : Palmyre, Mossoul, Homs ou Alep et tant d’autres…  Si ces actes destructeurs, le plus souvent mis en scène et enjeu international, sévissent aujourd’hui entre Moyen-Orient et Asie centrale, rappelons que ce type de mouvement n’est en rien spécifique de l’Islam. Ainsi, dans la longue histoire du vandalisme, faut-il évoquer par exemple, l’iconoclasme byzantin au cours des VIIIe-IXe siècles ou plus récemment la fureur iconoclaste protestante durant la Réforme.  

Avec Philippe Marquis de la délégation archéologique française en Afghanistan (DAFA) et Julio Bendezu-Sarmiento, chargé de recherche au CNRS et ancien directeur de la DAFA (par téléphone d'Ouzbékistan). 

La France a une longue histoire dans l'archéologie afghane, depuis 1922, à la demande du premier roi, à la création de l'Afghanistan en tant que République. C'était une demande officielle pour créer cette délégation (La DAFA). Et depuis, on a eu un vaste travail à travers le pays jusqu'aux années de l'invasion soviétique. [...] Il fut un temps, effectivement, où l'on pouvait travailler sans aucun problème, mais depuis une quarantaine d'années, la situation n'a pas été simple. Julio Bendezu-Sarmiento

Notre travail est double, à la fois scientifique, lié avec les développeurs qui travaillent sur les chantiers miniers, mais aussi un travail plus social, plus économique, politique, au bon sens du terme, qui est d'intégrer les populations à ces projets scientifiques. Philippe Marquis

Pour aller plus loin

A lire, l'article de Boris Hallier (France info.TV) Patrimoine : l'Afghanistan est "une terre promise" en péril, alertent des archéologues après la prise de pouvoir des talibans.

L'entretien avec Julio Bendezu-Sarmiento, L’incroyable inventaire du patrimoine afghan (site de la DAFA - Mai 2018).

Page de présentation de la DAFA (site de l'ambassade de France en Afghanistan).

A voir, le site de la DAFA.

Page wikipédia sur les Bouddhas de Bâmiyân.

A écouter ou à ré-écouter, la série de quatre épisodes, La longue histoire de l'Afghanistan diffusée dans l'émission Le Cours de l'Histoire sur France Culture, du 30 août au 2 septembre 2021.

Intervenants
  • Conservateur et directeur de la Délégation Archéologique Française en Afghanistan (DAFA).
  • Chargé de recherche au CNRS, ancien directeur de la Délégation Archéologique Française en Afghanistan (DAFA).
L'équipe
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