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Fragment de statue de style celtique, représentant un torse humain. Au dos sont sculptés deux animaux en plein combat. L'association de représentations anthropomorphe et zoomorphe est extrêmement rare. (Artenay, Loiret)

Au pays des aristocrates carnutes

28 min

C’est aujourd’hui un carrefour où, tels des forçats de la route, 12 000 camions quotidiens freinent puis accélèrent aux abords d’un immense complexe logistique, l’avenir de notre commerce, le futur de nos échanges … Mais, il y a 2 000 ans, c'était bien autre chose !

Fragment de statue de style celtique, représentant un torse humain. Au dos sont sculptés deux animaux en plein combat. L'association de représentations anthropomorphe et zoomorphe est extrêmement rare. (Artenay, Loiret)
Fragment de statue de style celtique, représentant un torse humain. Au dos sont sculptés deux animaux en plein combat. L'association de représentations anthropomorphe et zoomorphe est extrêmement rare. (Artenay, Loiret) Crédits : © Mathilde Noel / Inrap

C’était, voici plus de 2 000 ans, une vaste exploitation agricole, propriété d’un puissant aristocrate carnute… Bienvenue sur la fouille d’Artenay-Pourpry ! (Loiret).

Vue d’ensemble du chantier de fouilles archéologiques d’Artenay (Loiret), en bordure de l’autoroute A10.
Vue d’ensemble du chantier de fouilles archéologiques d’Artenay (Loiret), en bordure de l’autoroute A10. Crédits : © Inrap

Concernant le Néolithique, ce que nous avons trouvé se limite à deux sépultures qui sont à l'extrémité nord de notre emprise, dont l'une, la première que l'on ait fouillée, avec un défunt qui était en position fœtale sur le côté droit et qui tenait dans ses bras un bois de cerf perforé, destiné à être suspendu, et, sous sa tête, on a trouvé une hache polie en silex, colorée à l'ocre, qui était encore emmanchée dans le bois de cerf. [...] Retrouver cela, c'est vraiment quelque chose d'exceptionnel. Jean-Philippe Gay

Une résidence aristocratique gauloise

Sous la lame des pelles mécaniques, huit hectares sont en cours de dégagement jusqu’au mois d’août (2021). L’équipe d’archéologues, sous la direction de Jean-Philippe Gay, fait apparaitre sous la terre arable de nombreux bâtiments : maison de maître, maisons, étables, greniers, caves ou celliers datés du Ier siècle av. au IIe siècle de notre ère.

Les fossés, c'est la spécificité de la fin de l'âge du fer et de ces exploitations rurales, où l'on se place à l'intérieur d'un enclos. Donc, on creuse un énorme fossé, on fait une levée de terre à l'intérieur pour faire un talus. Ces fossés, ici à Artenay, font jusqu'à 8 mètres 20 en largeur et presque 3 mètres 50 en profondeur. [...] Un si grand fossé, c'est une volonté du propriétaire car c'est vraiment un moyen, pour lui, d'exprimer son statut social et sa puissance. Plus il sera riche, plus il le montrera en creusant des fossés profonds. Jean-Philippe Gay

La découverte de parures, de céramiques peintes, parfois d’origine lointaine, témoignent du statut social élevé du maître des lieux, mais ce sont de très puissants fossés qui confirment sa puissance financière.  En effet, ceux-ci constituent un travail considérable : 3m de profondeur pour 7m de large, ils enserrent deux espaces de 7 200m2 et 4 300m2, travail de corvée ou tout simplement d’esclaves ?  

On a trouvé plusieurs celliers, dont un qui a été détruit par un incendie. La chance que l'on a eue, c'est que l'incendie a détruit toute la superstructure qui s'est écroulée. Donc, ça a permis de conserver les niveaux de circulation de l'époque, sur lesquels étaient posés notamment toute une série de vases disposés dans le fond de la cave et également une paire de chaussures. Jean-Philippe Gay

Une rare statuaire celtique

Bien plus curieuses est la présence de statuaire au sein de cette vaste résidence, tout à la fois agricole et aristocratique. La statuaire celtique est rarissime en Gaule, une trentaine tout au plus pour cette période couvrant le dernier siècle de l’indépendance et le tournant de notre ère. Sur un bloc de calcaire est sculpté un personnage aux mains placées sur le ventre, pouces en l’air, et au bras orné d’un bracelet torsadé. Dans son dos, deux probables cervidés se font face ou s'affrontent. Cette sculpture d’Artenay est unique en région Centre, pourquoi donc dans ce cas, fut-elle brisée, puis jetée dans un des fossés, simple relégation ou acte iconoclaste ?

Fragment de statue de style celtique représentant deux animaux en plein combat. Au dos est sculpté un torse humain. L'association de représentations anthropomorphe et zoomorphe est extrêmement rare. (Artenay, Loiret)
Fragment de statue de style celtique représentant deux animaux en plein combat. Au dos est sculpté un torse humain. L'association de représentations anthropomorphe et zoomorphe est extrêmement rare. (Artenay, Loiret) Crédits : © Mathilde Noel / Inrap

On dit que les Gaulois ne représentait pas leurs dieux, même si, à la fin de la période, il y a une volonté de représenter des héros. Et donc, on a quelques figurations de personnages héroïsés, proches finalement de ce que l'on trouve dans le monde méditerranéen. Dominique Garcia

Élément de statuaire réalisé en céramique. Cette représentation d’un homme barbu aux yeux et aux oreilles qui ressortent particulièrement est unique en céramique.
Élément de statuaire réalisé en céramique. Cette représentation d’un homme barbu aux yeux et aux oreilles qui ressortent particulièrement est unique en céramique. Crédits : © Vincent Charpentier / Inrap

Plus classique malgré son matériau, un second élément, en terre cuite, représente un personnage barbu, dont les yeux et les oreilles sont mis en valeur, pour ne pas dire hypertrophiés. Cet objet, également de style celtique, possède les mêmes caractéristiques que les sculptures récemment découvertes à Trémuson, en Côtes d’Armor.

Avec Jean-Philippe Gay, archéologue protohistorien et Dominique Garcia, président de l’Inrap.

Nous sommes ici chez les Carnutes, entre Orléans et Chartres. C'est un des plus puissants peuples de la Gaule avec les Éduens et les Arvernes. César en a parlé abondamment dans la guerre des Gaules. C'est aussi un des premiers peuples à se révolter à Orléans. On connaît aussi la fameuse forêt des Carnutes, où se tiendrait l'assemblée des druides. [...] En allant vers l'Est, on s'approche du territoire des Sénons, qui n'est pas très loin. Jean-Philippe Gay

Ce sont de grandes fermes, en fin de compte. Si César est intéressé pour conquérir cet espace, c'est bien parce que c'est un lieu de production. On sait que les richesses agricoles de la Gaule sont importantes. Deux de ces régions sont restées aujourd'hui de grandes régions agricoles et donc, on avait là une densité d'occupation et une appropriation par la noblesse gauloise de ce riche terroir. Dominique Garcia

Pour aller plus loin

Intervenants
  • Archéologue et protohistorien à l'Inrap
  • Président de l'Inrap (Institut de recherches archéologiques préventives), professeur à l’université d’Aix-Marseille.
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