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Photographie d’archive illustrant une tombe double (individus JS 20 et JS 21) avec l’indication par les crayons de la position des artéfacts lithiques - Site de Djebel Sahaba (Soudan)

L’art de la guerre est-il né sur les rives du Nil ?

27 min

Au cœur du Soudan, Sur les rives du Nil, la nécropole de Jebel Sahaba, est considérée comme l’un des plus anciens témoignages de la naissance de la guerre et avec elle, celles des violences de masse.

Photographie d’archive illustrant une tombe double (individus JS 20 et JS 21) avec l’indication par les crayons de la position des artéfacts lithiques - Site de Djebel Sahaba (Soudan)
Photographie d’archive illustrant une tombe double (individus JS 20 et JS 21) avec l’indication par les crayons de la position des artéfacts lithiques - Site de Djebel Sahaba (Soudan) Crédits : © Fond d’Archives Wendorf du British Museum

Au British Museum, nous avons les deux squelettes qui sont en photo sur la page (ci-dessus, ndlr). Ils sont en vitrine dans une galerie installée en 2014. Afin qu'ils puissent faire partie de l'étude, j'ai demandé à Isabelle (Crevecoeur) et ses collègues d'étudier les squelettes avant qu'on fasse l'installation. Daniel Antoine

Publié en 1968, sous le titre « The Prehistory of Nubia » par son fouilleur Fred Wendorf, Jebel Sahaba est une référence incontournable, « l’emblème du concept de guerre organisée ». Il a été récemment remis en avant de la scène par une découverte d’un nouveau conflit préhistorique au Kenya : le site de Nataruk, et ses nombreux vestiges humains, vieux de 10 000 ans. La compétition pour l’accès aux ressources est alors souvent mise en avant pour expliquer l’émergence de ces conflits.

Fred Wendorf a fait un travail remarquable dans cette partie du monde, et, dans les années 90, il a décidé de donner sa collection au British Museum [...] car il savait que le musée pourrait permettre de faire plus d'études sur cette collection très importante. [...] Une partie de mon travail est d'inviter des chercheurs à faire des ré-analyses. Ce qui est vraiment incroyable, c'est que, avec l'évolution de la science, on peut ré-analyser les mêmes squelettes et découvrir de nouvelles interprétations plus approfondies. Daniel Antoine

Il faut savoir que ce site est vraiment exceptionnel. Il a été retrouvé, un peu par hasard, dans le cadre d'un grand programme de fouilles, lancé par l'Unesco, au moment de la construction du barrage d'Assouan. Et en fait, on a retrouvé cette nécropole avec plus d'une soixantaine d'individus extrêmement bien conservés et dont certains présentaient sur leurs ossements des morceaux de flèches fichées dans les ossements. C'est un site comme il y en a très très peu sur Terre en termes de préservation et de contexte. [...] Il est situé au Soudan, à la frontière avec l'Egypte (en Nubie). C'est un site qui était le long de la vallée du Nil et actuellement, il est recouvert par le lac Nasser, donc, il n'y a plus d'accès. Isabelle Crevecoeur

Des scientifiques du CNRS et de l’Université de Toulouse viennent de réévaluer le contexte archéologique et d’analyser l’ensemble des ossements, conservés, aujourd’hui, au British Museum, à Londres. Ceux-ci montrent dans la revue internationale Scientific Reports qu’il ne s’agit pas d’un unique conflit armé, mais plutôt d’une succession d’épisodes violents, sans doute exacerbés par des changements climatiques.

Crâne en vue antérieure et latérale droite (individu JS 33) - site de Djebel Sahaba (Soudan).
Crâne en vue antérieure et latérale droite (individu JS 33) - site de Djebel Sahaba (Soudan). Crédits : © Isabelle Crevecoeur

Les ossements de nombreux individus inhumés à Jebel Sahaba portent des lésions produites par des projectiles dont les pointes ont été retrouvées dans les os. De manière étonnante, hommes, femmes et enfants semblent avoir été traités de la même manière compte-tenu du nombre et du type de lésions. Une centaine de nouvelles lésions, cicatrisées ou non, ont pu être identifiées, certaines présentant des éclats lithiques, non identifiés précédemment, encore fichés dans les os.

Il faut imaginer des tombes en forme de fosses où les individus sont recouverts par des dalles de grès. Il y avait des tombes individuelles, des tombes doubles, et parfois multiples, avec quatre ou cinq individus inhumés en même temps. Ils sont tous positionnés de la même manière, sur le côté gauche, les bras et les jambes en position contractée, les mains proches de la tête, les pieds proches du bassin. On a une vraie homogénéité de pratiques funéraires. Isabelle Crevecoeur

Cela nous montre qu'il y avait un élément de croyance parce que tous les corps ont été placés à peu près de la même manière : le visage qui regarde vers l'Est, la tête en direction du Nord. On a une communauté qui voulait vraiment enterrer ses morts d'une manière très précise. Daniel Antoine

Trace d’impact de projectile, avec éclat lithique, fiché dans le percement au niveau de la surface postérieure de l’os coxal gauche (individu JS 21) - site de Djebel Sahaba (Soudan).
Trace d’impact de projectile, avec éclat lithique, fiché dans le percement au niveau de la surface postérieure de l’os coxal gauche (individu JS 21) - site de Djebel Sahaba (Soudan). Crédits : © Isabelle Crevecoeur / Marie-Hélène Dias-Meirinho

En plus des 20 victimes déjà identifiées, 21 autres squelettes présentent des lésions comme des traces d’impacts de projectiles ou des fractures. Par ailleurs, 16 individus présentent à la fois des lésions cicatrisées et non cicatrisées, ce qui suggère des épisodes de violence répétés à l’échelle de la vie d’une personne et non d’un conflit unique.

Avec Isabelle Crevecœur, paléoanthropologue, chargée de recherche au CNRS (laboratoire PACEA - de la Préhistoire à l’Actuel : Culture, Environnement et Anthropologie - Bordeaux) et Daniel Antoine, conservateur en charge de la bioarchéologie, département de l’Egypte et du Soudan au British Museum (Londres).

A lire (ci-dessous), l'article (en anglais) New insights on interpersonal violence in the Late Pleistocene based on the Nile valley cemetery of Jebel Sahaba co-rédigé par Isabelle Crevecoeur, Marie-Hélène Dias-Meirinho, Antoine Zazzo, Daniel Antoine, & François Bon, publié le 27 mai 2021 sur le site Scientific Reports.

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Intervenants
  • Paléoanthropologue, chargée de recherche au CNRS (laboratoire PACEA - de la Préhistoire à l’Actuel : Culture, Environnement et Anthropologie - Bordeaux)
  • Conservateur en charge de la bioarchéologie, département de l’Egypte et du Soudan au British Museum (Londres).
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