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Oscar Bear Runner, membre de l'American Indian Movement (AIM), se tient avec un fusil à Wounded Knee (Dakota du Sud), sur la réserve indienne de Pine Ridge.

L’histoire s’est arrêtée… à Wounded Knee

27 min

Retour sur le massacre de Wounded Knee, au cœur du Dakota du sud, le 29 décembre 1890, lorsque 300 Sioux Lakota, femmes et enfants compris, furent tués par le 7e régiment de cavalerie de l’armée américaine. Avec l'historien et archéologue Laurent Olivier, auteur d'un livre sur le sujet.

Oscar Bear Runner, membre de l'American Indian Movement (AIM), se tient avec un fusil à Wounded Knee (Dakota du Sud), sur la réserve indienne de Pine Ridge.
Oscar Bear Runner, membre de l'American Indian Movement (AIM), se tient avec un fusil à Wounded Knee (Dakota du Sud), sur la réserve indienne de Pine Ridge. Crédits : © Bettmann - Getty

Sans nul doute, ce 29 décembre 1890, s'est écrite une des pages les plus sombres de l’Histoire américaine, le massacre de 300 Sioux Lokota, femmes et enfants compris, de leur chef, Big Foot, aussi, dans un acte génocidaire, perpétré par le 7e de cavalerie de l’armée américaine. 

Ce n'est pas possible de tuer 300 personnes si ce n'est pas préparé d'un point de vue juridique. En fait, le massacre de Wounded Knee est préparé par la déshumanisation des Indiens. Ils ne sont pas des êtres humains comme les autres et ils ne méritent pas de vivre. Et à un moment, puisqu'ils manifestent une velléité de résistance, puisque le désarmement ne se passe pas comme convenu ou comme prévu, eh bien, finalement, c'est assez naturel, pense-t-on, de les tuer. Laurent Olivier

Vue générale de Wounded Knee, village Sioux, avant le massacre en décembre 1890.
Vue générale de Wounded Knee, village Sioux, avant le massacre en décembre 1890. Crédits : © Laurent Olivier

La tragédie signe, par-là même, le dernier massacre des indiens et, avec lui, la fin d’un monde, celui de l’empire sioux. Wounded Knee s’avère, depuis des décennies, un lieu de mémoire, le traumatisme de la tragédie perdure encore de nos jours… Toutefois, dépossédés de tout, les Lakota se sont battus et se battent pour garder leur mémoire. 

Ce qui est très frappant quand vous allez là-bas, c'est de voir que les Sioux Lakota sont marqués par ce traumatisme. Les guerres indiennes ne sont pas terminées. Non seulement, il y a eu Wounded Knee et la disparition du bison, mais aussi l'enlèvement des enfants, pour les faire élever dans des familles blanches. Il y a eu, on n'en parle pas, la stérilisation des femmes, quand elles accouchaient. Et puis, il y a tous les mauvais traitements qui ont été infligés aux enfants dans les écoles religieuses. Laurent Olivier

Ramassage de cadavres après le massacre des indiens de Wounded Knee (1890).
Ramassage de cadavres après le massacre des indiens de Wounded Knee (1890). Crédits : © De Agostini Picture Library - Getty

Dans une étonnante enquête, Ce qui est arrivé à Wounded Knee, L’enquête inédite sur le dernier massacre des Indiens (29 décembre 1890) (Flammarion, mai 2021), Laurent Olivier, retrace, pas à pas, les événements, mais aussi les deux versions de l’histoire. Nous le savons, l’Histoire est toujours écrite par les vainqueurs, fort rarement par les vaincus ! 

La version indienne dit qu'ils ont été complètement surpris par le fait que les soldats leur ont tiré massivement dessus. L'armée américaine utilise des munitions à base de poudre noire et donc un épais nuage se forme à l'emplacement du conseil. Quelques-uns (parmi les Sioux Lakota, ndlr.) arrivent à s'échapper, peut-être une vingtaine de survivants au minimum. À ce moment-là, l'armée américaine mène une contre-attaque pour les tuer tous. Les ordres reçus étaient très clairs : "S'ils résistent, détruisez-les". Laurent Olivier

Les cadavres des Sioux Lakota entassés et enterrés sans cérémonies dans la tranchée, après le massacre de Wounded Knee.
Les cadavres des Sioux Lakota entassés et enterrés sans cérémonies dans la tranchée, après le massacre de Wounded Knee. Crédits : © MPI / Hulton Archive - Getty

L’archéologie permet d’établir la vérité du passé, à le révéler tel qu’il a été, au travers de toute sa matérialité. En cela, l’archéologie à Wounded Knee s’avère une quête de justice. La bataille de Little Big Horn signe, en 1876, la plus notoire défaite de l’armée américaine, au travers du 7e de cavalerie (le même régiment qu’à Wounded Knee) sous les ordres du lieutenant-colonel George Custer. Le champ de bataille de cette grande victoire indienne et de leur chef, Sitting Bull, a été largement étudié par les archéologues. Va-t-on, pour autant, entrouvrir les entrailles du sol de Wounded Knee, pour, enfin, en comprendre, et en restituer le drame ? 

J'ai reconstitué le phasage, le déroulement extrêmement précis des événements (de Wounded Knee, ndlr.). On voit qu'il y a un trou dans l'emploi du temps de l'armée, un trou d'environ deux heures et demi. On ne sait pas ce qu'ils ont fait. En réalité, ils ont achevé les blessés pour ne pas s'encombrer de prisonniers. Et puis, ils ont pillé les corps à la recherche de curiosités indiennes, de parures de plumes et de scalps. Laurent Olivier

Cadavre du "Medicine Man" dans la neige.
Cadavre du "Medicine Man" dans la neige. Crédits : © Laurent Olivier

Avec Laurent Olivier, historien et conservateur du département d'archéologie celtique et gauloise au musée d'Archéologie nationale de Saint-Germain-en-Laye. 

Pour en savoir plus

Sur Laurent Olivier

Site du mémorial de la tragédie de Wounded Knee - en 1890 (Dakota du Sud).
Site du mémorial de la tragédie de Wounded Knee - en 1890 (Dakota du Sud). Crédits : © Bettmann - Getty

Sur le massacre de Wounded Knee

Intervenants
  • Historien et conservateur du département d'archéologie celtique et gauloise au musée d'Archéologie nationale de Saint-Germain-en-Laye.
L'équipe
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