LE DIRECT
Vue zénithale de la tombe de soldats attribués à l’armée royale, inhumés au couvent des Jacobins (Rennes).

L’ultime bataille d’Anne de Bretagne révélée par les isotopes

27 min

Une équipe de chercheurs vient de reconnaître des soldats des derniers combats du siège de Rennes en 1491. Ceux-ci sont les uniques témoins du conflit qui opposa les armées de la duchesse Anne de Bretagne et du roi de France.

Vue zénithale de la tombe de soldats attribués à l’armée royale, inhumés au couvent des Jacobins (Rennes).
Vue zénithale de la tombe de soldats attribués à l’armée royale, inhumés au couvent des Jacobins (Rennes). Crédits : © Rozenn Colleter / Inrap

De 2011 à 2013, la fouille du couvent des Jacobins à Rennes, met au jour deux fosses communes, contenant plus d’une trentaine de sujets. L’appartenance de ces corps restait à élucider. Ces fosses, de 4 et 28 individus sont contemporaines et indiquent un épisode soudain : les analyses ostéologiques montrent que ces soldats, sans doute professionnels, sont morts par arme blanche ; les analyses radiocarbone datent l’événement du milieu du XVe siècle et de la fin du XVIe siècle. Tous ces critères correspondent à un seul conflit : la guerre de Bretagne (1487-1491).

Fouille de la tombe attribuée au camp breton pendant le siège de Rennes en 1491.
Fouille de la tombe attribuée au camp breton pendant le siège de Rennes en 1491. Crédits : © Rozenn Colleter / Inrap

On avait deux fosses, donc une tranchée de plus de trois mètres de long, avec au moins 28 corps [...] que l'on a trouvées à la toute fin de la fouille. Il est assez fréquent, en archéologie préventive, de faire de belles découvertes dans les derniers coups de pelle ! Avant, on avait trouvé une fosse un peu plus petite où il y avait quatre sujets. L'intérêt de ces fosses, c'est que l'on a des sujets qui sont enterrés simultanément, c'est-à-dire que l'on voit qu'ils ont été déposés à un instant T dans la fosse et, donc, on peut suspecter qu'ils sont morts au même moment. Rozenn Colleter

On a l'impression qu'il y a un soin qui a été apporté sur les corps déposés ici. Ils sont dépouillés, donc, il reste très peu de mobilier archéologique (on a juste retrouvé un petit grelot et des perles d'un chapelet), mais, ils sont bien alignés, déposés sur trois couches successives et sont dans des positions qui sont identiques à celles des sujets inhumés dans le reste du couvent, avec la tête à l'ouest, les pieds à l'est, les mains qui sont, soit le long du corps, soit en avant du pubis ou sur l'abdomen. Rozenn Colleter

La dernière guerre franco-bretonne est un épisode peu connu.  Elle est liée à la volonté du roi de France, après la guerre de Cent Ans, de s’imposer en Bretagne ; à des divisions au sein de la noblesse bretonne, mais aussi à l’absence d’héritier mâle au duc François II. Ainsi, le roi de France, Charles VIII, revendique la Bretagne tandis que le duc positionne ses filles en tant qu’héritières légitimes. La guerre implique de nombreuses forces européennes : l'Angleterre, les royaumes de Castille et d’Aragon, le Saint-Empire romain germanique. Elle signera la fin de l’indépendance bretonne.

Superposition des squelettes dans la tombe attribuée au camp royal pendant le siège de Rennes en 1491.
Superposition des squelettes dans la tombe attribuée au camp royal pendant le siège de Rennes en 1491. Crédits : © Rozenn Colleter / Inrap

Il y avait un autre conflit qui aurait pu correspondre chronologiquement, celui des guerres de religion, mais pour des raisons à la fois historiques et liées au type de blessures de nos cadavres, c'était difficilement envisageable. Il n'y a, à Rennes, aucun d'incident militaire important à la fin du XVe siècle et donc la probabilité la plus forte ou la quasi certitude concerne le siège de Rennes, qui se situe au cours de l'été et de l'automne 1491 et qui correspond aux derniers grands événements militaires de la guerre de Bretagne. Philippe Hamond

Le siège de Rennes, en 1491, se conclut par le mariage de la duchesse Anne de Bretagne, alors âgée de 14 ans, avec Charles VIII. Deux camps, deux fosses. Les deux fosses fouillées par l’Inrap à Rennes contenaient exclusivement des squelettes masculins. Grands, plutôt jeunes, certains sont marqués par des traumatismes péri-mortem. Pour autant, à quels camps appartenaient les inhumés des Jacobins ? Pour déterminer la provenance géographique de ces soldats, des analyses isotopiques du soufre, du strontium et de l’oxygène ont été conduites. Les résultats sont plus qu’incroyables ! Que contiennent ces fosses : le dernier carré de soldats bretons ou la force royale ? 

Sur la première fosse, on avait quatre squelettes. On a créé des cartes pour déterminer la provenance de ces soldats et ça nous a permis de voir que trois d'entre eux viennent très probablement de Bretagne. Le quatrième, il semble qu'il ait grandi en dehors de la Bretagne, mais possiblement, il a vécu les dernières années de sa vie dans une région côtière, donc, pourquoi pas la Bretagne ? Mais ce ne sont pas les isotopes, du coup, qui nous ont permis de raccrocher cet individu à la Bretagne, mais son ADN mitochondrial, donc la génétique. Klervia Jaouen

Lésions et données paléopathologiques observées sur les sujets de la sépulture 337 (Clichés macroscopiques et par macroscopie à épifluorescence en noir et blanc).
Lésions et données paléopathologiques observées sur les sujets de la sépulture 337 (Clichés macroscopiques et par macroscopie à épifluorescence en noir et blanc). Crédits : © PLOS ONE CC-BY 4.0 International license

Avec Rozenn Colleter, archéo-anthropologue à l’Inrap (Bretagne) et au Centre d'Anthropobiologie et de Génomique de Toulouse, Klervia Jaouen, chargée de recherche au Laboratoire GET du CNRS à Toulouse (laboratoire de recherche fondamentale et appliquée des Géosciences aux Sciences de l’Environnement), spécialiste des isotopes, et Philippe Hamon, historien, professeur d'histoire moderne à l'université Rennes-2 et professeur émérite de l'université Paris III-Sorbonne-Nouvelle.

Pour aller plus loin

Sur Rozenn Colleter

A écouter, ci-dessous, le résultat d'une partition de musique du XVe siècle trouvée gravée sur une dalle de schiste dans le couvent des Jacobins à Rennes.

Pour afficher ce contenu Youtube, vous devez accepter les cookies Publicité.

Ces cookies permettent à nos partenaires de vous proposer des publicités et des contenus personnalisés en fonction de votre navigation, de votre profil et de vos centres d'intérêt.
Gérer mes choix

Sur Klervia Jaouen

Sur Philippe Hamon

Sur Anne de Bretagne

Intervenants
  • Archéo-anthropologue à l’Inrap (Bretagne) et au Centre d'Anthropobiologie et de Génomique de Toulouse
  • Historien, professeur d'histoire moderne à l'université Rennes-2 et professeur émérite de l'université Paris III-Sorbonne-Nouvelle.
  • Chargée de recherche au au Laboratoire GET du CNRS à Toulouse, spécialiste des isotopes.
L'équipe
Production
Réalisation
Avec la collaboration de

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......