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Adieu les hôtesses du Tour de France

Adieu les hôtesses du Tour de France

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Désormais, plus de podium "100% miss" pour accompagner le champion du Tour de France, mais un hôte et une hôtesse. Pourquoi avoir besoin d'hôte et d'hôtesse ?

Adieu les hôtesses du Tour de France
Adieu les hôtesses du Tour de France Crédits : Vectoriels - Getty

Il y a une semaine, le directeur du Tour de France, Christian Prudhomme, en a fait l’annonce : désormais, plus de podium 100% miss, je cite, pour accompagner le champion mais un homme et une femme, un hôte et une hôtesse. Nouveauté de ce Tour de France, elle a pourtant déjà lieu dans d’autres courses, tout comme la Formule 1 qui, depuis 2 ans, décidé de se séparer de ses “grid girls” (j’ai découvert ce terme hier soir), ces jeunes femmes qui indiquent l’emplacement des véhicules. 

On ne peut que se féliciter d’une telle nouvelle : pourquoi un coureur devrait-il être accueilli seulement par des femmes pour lui donner son trophée et le féliciter ? Mais plus généralement, ne devrait-on pas aussi se demander : pourquoi un coureur, qui que ce soit, d'ailleurs, devrait-il être accueilli par des hôtes ou des hôtesses, dont la seule mission consiste à valoriser celle d’un autre ? 

Hôte et hôtesse

Ce qui est frappant avec ce terme, c’est qu’il ne charrie pas du tout le même imaginaire au féminin et au masculin : quand on parle d’un hôte, on voit l’ami qu’on reçoit chez soi ou qui nous reçoit dans son salon, on voit l’hospitalité, Ulysse dans l’Odyssée d’Homère, qui migre d’un lieu à l'autre. Mais bizarrement, quand on pense “hôtesse”, on voit tout autre chose : loin de l’hospitalité spontanée, c’est cette femme jolie, en veste et jupe tailleur, en général noir ou bleu marine, qui vous tend un fascicule au salon... de l’automobile. 

Ce n’est pas qu'elle n'est pas accueillante ou sympathique, c’est qu’on lui demande de paraître accueillante et sympathique. De l’hôte à l’hôtesse d’accueil, de la vertu au service, du salon privé au salon événementiel, c’est comme s’il se produisait ainsi ce drôle de glissement de l’hospitalité vraie à l’hospitalité feinte, jouée et caricaturée. Un bon accueil serait forcément celui d’une femme belle et souriante, dévouée à faciliter et féliciter la vie d'un autre qu'elle-même. 

Mais pourquoi ? Pourquoi l’hospitalité serait-elle devenue un rôle essentiellement féminin, de composition et de figuration ? Et pourquoi, comme le disait Jean-Paul Sartre du garçon de café qui joue à être garçon de café, bourré d’automatismes, de mauvaise humeur et de mauvaise foi, les hôtes d’aujourd’hui nous donnent cette impression d’être peut-être de bonne humeur, mais pas moins dans des situations de mauvaise foi ? 

Qui est de mauvaise foi ?

Le paradoxe de cette hospitalité désormais calculée, apprêtée, jouée, découvre bien sûr le problème féministe : pourquoi serait-ce à une femme de jouer ce rôle ? et d’endosser ce glissement de l’hospitalité vraie en fausse ?, mais carrément un problème éthique : pourquoi devrait-on faire appel à qui que ce soit pour être guidé, félicité, chouchouté, aux yeux de tous ? 

Sartre nous disait que le garçon de café en jouant le garçon de café était de mauvaise foi, mais, je me demande, qui est véritablement de mauvaise foi dans ces jeux de rôles ? Quel coureur, quel visiteur ou quel spectateur croit vraiment que ces hôtes de podium ne jouent pas à être des hôtes ? 

Au fond, le problème, ce n’est pas l’hôte qui reçoit, qui joue malgré lui ou pas, c’est l’hôte qui est reçu, c’est ce coureur, ces visiteurs, c’est moi au salon de l’automobile qui accepte de me faire servir, et qui, pleine de mauvaise foi, incapable de lire un plan et de prendre par moi-même un fascicule, accepte de jouer un jeu dans lequel il n’y a aucun gagnant. 

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