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Un toboggan sans enfant

Aller ou pas au parc

3 min
À retrouver dans l'émission

Tel est le dilemme sans intérêt d'une vie avec enfant.

Un toboggan sans enfant
Un toboggan sans enfant Crédits : Yagi Studio - Getty

C’est un dilemme que l’on pourrait croire typique d’une pandémie comme le covid, voué à disparaître dans quelques mois... 

Mercredi dernier, j’ai reçu un mail de la crèche m’informant qu’un des enfants était positif au covid. La crèche, cependant, était maintenue ouverte, sur les recommandations de l’Agence Régionale de Santé, nous laissant ainsi, parent, la responsabilité individuelle de nous débrouiller avec ce dilemme : 

laisser son enfant prendre le risque d’avoir le covid (car celui-ci avait tout à fait eu le temps de se propager) mais pouvoir travailler
OU alors retirer son enfant et se mettre à l’abri mais prendre le risque de devenir fou en cumulant travail et garde à la maison. 

Comme je déteste les dilemmes, j’ai coupé la poire en deux, et j’ai donc fait le pire choix qui soit : j’ai laissé ma fille à la crèche un jour et je l’ai gardée le lendemain, j’ai donc cumulé prise de risque de contamination ET impossibilité de travailler. 

Et comme à chaque fois que je garde ma fille, j’ai aussi fait le pire choix qui soit : j’ai décidé d’aller au parc. Voilà, tout ça pour en venir à ça : à ces interminables sorties au parc. Qui sont également des dilemmes en elles-mêmes et qui me font dire que ça ne finira pas avec le covid... 

La vie est un éternel dilemme...

... surtout quand se présente l’éternelle sortie au parc pour un père ou une mère. Car il y a quelque chose que je ne m’explique pas à chaque fois que j’y vais, c’est pourquoi j’y vais ?
A cette question, plusieurs réponses : pour prendre l’air, pour épuiser l’enfant, pour ne pas avoir à trouver des activités en intérieur.
Pourtant, et malgré ces réponses, à chaque sortie au parc : le même constat. Le terrible ennui qui s’y produit. C'est toujours la même chose. Il ne s’y passe jamais rien... 

Le dilemme est donc là : si je ne sors pas de chez moi, il ne se passera rien, mais si je vais au parc, il ne se passera rien non plus.
Mais dans le 2nd cas, je pourrais dire que j’ai tenté, même si la déception en est alors toujours plus grande. Sans parler de la fatigue. 

D’une certaine manière, assise sur mon banc à regarder ma fille lécher le sol, j’ai pris conscience que ces sorties au parc résumaient parfaitement ces dilemmes qui nous mettent dans la situation insupportable de toujours faire le mauvais choix. 

Je trouve même que c’est le paradoxe de ce genre de dilemme quotidien : on aura beau réfléchir, peser le pour, le contre, délibérer pour finalement miser et tenter de faire le bon choix, on sera toujours un peu perdant. 

Avec ou sans enfant

Je vivais exactement le même genre de dilemme avant, avant d'avoir un enfant.
Sauf que c’était moi que je devais sortir, et pas au parc, mais quelque part, à une soirée ou autre, histoire de faire quelque chose et de dire que j’avais fait quelque chose.
Et si je ne sortais pas, je m’en voulais de n’être pas sortie, et si je sortais, je m’en voulais d’avoir cru que ça changerait quelque chose. 

De là, on pourrait se dire qu’il y a plusieurs problèmes : l’ennui constitutif de la vie, enfant ou pas, le tragique du non-tragique de nos existences, ou encore le parc comme fausse promesse d’échappée et vrai lieu de confinement en plein air.

Mais je m’en tiendrais à un seul : le fait qu’on ait effectivement toujours le choix, mais surtout le choix de faire des choix bofs, sans grande ampleur ni grande conséquence.
A ce propos, le philosophe John Stuart Mill a eu ce genre de grandes phrases : 

« Avoir conscience du libre arbitre signifie avoir conscience, avant d’avoir choisi, d’avoir pu choisir autrement. » 

Je suis d’accord avec lui, mais je nuancerais et je dirais plutôt : avoir conscience du libre arbitre signifie avoir conscience, avant, pendant et après avoir choisi, qu’on peut choisir autrement, mais que l’un dans l’autre, ça ne change, en général, pas grand-chose. 

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