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Misère de nous-mêmes

Comment j'ai découvert que je n'étais rien (et que c'était pas si mal)

4 min
À retrouver dans l'émission

Pourquoi la lecture des Pensées de Pascal et y découvrir qu'on est misérable, procure le plus grand bien ?

Misère de nous-mêmes
Misère de nous-mêmes Crédits : Poh Kim Yeoh / EyeEm - Getty

En partenariat avec le Hors-Série du Point : "Blaise Pascal, le coeur et la raison"

C’est le moment où les masques tombent, où je confesse tout.
Je n’avais jamais lu, jusque-là, du Blaise Pascal.
Hasard des programmes de philo ou ignorance crasse de ma part… peu importe. En 2020 et après 15 ans de fréquentations des philosophes, Blaise Pascal, je l’avoue, m’avait échappé. 

Alors, bien sûr, j’avais chez moi, trouvé un jour dans une librairie et sûrement acheté pour crâner, un exemplaire de ses Pensées. Je savais aussi qu’il faisait des mathématiques et qu’il avait inventé la calculette. Et bien sûr, j’étais déjà “tombée” sur des passages de lui. 

Je connaissais ses plus grands tubes : la critique du divertissement, la nécessité du pari (merci Eric Rohmer de l’avoir résumé dans le film, Ma nuit chez Maud) et sa citation “on n’aime jamais personne mais seulement des qualités”. 

De quoi s’ajouter des points dans une copie de terminale, et de quoi impressionner les amis de ses parents. Mais rien de très brillant. 

"Ca te fera le plus grand bien"

Puisque j’ai décidé d’être honnête, je dois vous dire que je n’ai quand même pas attendu la sortie du Hors-Série du Point pour le lire.
En fait, tout a commencé il y a quelques semaines, dans le bureau des Chemins de la philosophie. Alors que j’étais, une fois de plus, perdue dans des réflexions d’une grande volée sur l’absurdité de l’existence, Adèle Van Reeth (qui présente les Chemins de la philosophie), m’a conseillé de lire les Pensées, et m’a précisé : “ça te fera le plus grand bien”.  

Aujourd'hui, je me demande dans quel état j’étais… car disons-le : quand on lit Pascal, on n’a pas de quoi faire le malin.
L’homme est fini, nous dit-il, sa raison n’est que le jouet de son imagination, il a peur du vide, et celui qui s’y connaît un peu dans un domaine (par exemple, la géométrie) ne comprend rien aux questions les plus banales et peut dire adieu à toute esprit de finesse. 

Mais, bizarrement, plus je lis Pascal, plus je suis exaltée, et je dois dire qu'il est peut-être l’une des meilleures choses qui me soient arrivées dans la vie (avec Netflix et la naissance de ma fille).
Car, enfin, j’ai compris une chose essentielle mais qu’on ne se dit jamais, ou seulement pour se convaincre du contraire : qu’on est vraiment misérable (Pascal parlait de la misère de l’homme sans dieu, autant dire : de la misère de l’homme tout court). 

Le réconfort d'être misérable 

Prendre du plaisir à savoir qu'on n'est rien. Je sais, c’est paradoxal.
Pourquoi suis-je excitée comme une puce, dans mon lit, avec mon exemplaire des Pensées alors que chacune d’entre elles n’est qu’un coup de couteau de plus dans ma lassitude existentielle ? Pourquoi s’exalter de ce qui ne semble être qu’une pierre de plus dans ce grand édifice qu’est la haine de soi ? Pourquoi bondir de joie en lisant ça : 

“Trop de bruit nous assourdit, trop de lumière éblouit, trop de vérité nous étonne, trop de jeunesse et trop de vieillesse empêchent l’esprit. Voilà notre état véritable; c’est ce qui nous rend incapable de savoir certainement et d’ignorer absolument”. 

Et ce n’est pas fini : “nous brûlons du désir de trouver une assiette ferme” mais “tout notre fondement craque, et la terre s’ouvre jusqu’aux abîmes”...
Mais quelle satisfaction, quelle réconfort ou consolation trouver dans ce constat là ? On pourra me dire que c’est beau (c’est vrai), que Pascal dit juste (c’est vrai aussi), que la lucidité éclaire tout (d’accord), mais de là, à en sortir revigoré ? 

Je crois avoir trouvé la réponse quelques pages plus loin, quand Pascal affirme que : “La grandeur de l’homme est grande en ce qu’il se connaît misérable”.
Alors, c’était donc ça : la simple pensée de penser qu’on n’est rien, fait du bien, nous grandit.
Mais quelle idée géniale ! Mais surtout : comment avais-je pu faire, jusque-là, sans Pascal, sans savoir à la fois que j'étais misérable et que c'était peut-être pas si mal ?

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