LE DIRECT
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.
Manifestement il s'agit d'un bébé animal

J'ai regardé une émission sur les bébés animaux (et j'ai aimé)

3 min
À retrouver dans l'émission

A force d'avaler du contenu télé, mes goûts se sont transformés. Plus flous, plus mous, je me suis trouvée désorientée. Faut-il que je m'en sorte ?

Manifestement il s'agit d'un bébé animal
Manifestement il s'agit d'un bébé animal Crédits : Martin Harvey - Getty

Je m'interroge ce matin sur la transformation de mon goût... et j'entends par là “jugement esthétique”... Tout est parti de ces innombrables soirées passées devant la télé cette année.
Au tout début de la pandémie, naïve que j’étais, je me suis imaginée profiter de cette période pour découvrir les plus grands chefs-d’œuvre du cinéma et de la littérature, tout ce que, par manque de temps ou par flemme (soyons honnêtes), je n’avais jamais daigné lire ou regarder. 

Et puis, finalement, je n’ai presque rien fait de tout ça...
A la place, et pas forcément de manière consciente ou volontaire, je me suis laissée happer par la répétition des journées, le rétrécissement de l’espace, et mon existence intellectuelle s’est vue réduite et mise à ressembler à une éternelle soirée canapé télé.

Si, au tout début, je faisais preuve d’un certain esprit de décision : telle série plutôt qu’une autre, telle chaîne plutôt que telle chaîne…. je me suis vite rendue compte qu’au fur et à mesure, je ne faisais même plus de choix.
Netflix, Disney , Arte, TF1, TFX, France télé, tout y passait et le jour où j’ai conseillé, avec enthousiasme, à ma mère de regarder une émission sur les bébés animaux, je me suis trouvée complètement désorientée. 

Désorientation esthétique

Loin de tomber dans le poncif de la télévision qui abrutit, en donnant ce conseil à ma mère (à raison d’ailleurs car elle était très bien cette émission sur les bébés animaux), je ne me suis pas trouvée bête, je me suis juste rendue compte que j’avais changé, ou plutôt que mes goûts avaient changé.
Et j’ai réalisé que si j’avais pu lire des choses sur la désorientation spatio-temporelle provoquée par le confinement, je n’avais rien vu passer sur cette idée de désorientation esthétique. 

Pourtant, de la même façon que je me suis sentie engloutie par un flux temporel continu, mes goûts sont devenus plus flous, plus mous, plus indistinct…
Et de la même façon que j'ai eu l’impression de naviguer dans l’espace, sans repères très clairs, j’ai peiné à naviguer au sein d’une masse de vagues jugements esthétiques, sans formes précises ni hiérarchies… 

D'où mon interrogation aujourd'hui : si, par définition, le goût est cette faculté à sentir et à distinguer le beau du laid, le joli du moche, comment faire quand on ne distingue plus rien, plus ses propres goûts, le goût d’un dégoût, le bon goût du mauvais ? 

Esthète égarée

Je me suis retrouvée dans ce paradoxe total : à sentir sans pour autant goûter, ou plus précisément, sans pouvoir repérer mes goûts. Ce n’est pas que j’ai perdu le goût, c’est que je me suis moi-même égarée en lui.
J’ai alors pensé à cet exemple que prend René Descartes dans son Discours de la méthode, 2ème maxime : ce voyageur égaré au milieu d’une forêt et qui, pour retrouver son chemin, 

“ne doit pas errer en tournoyant tantôt d’un côté tantôt d’un autre, ni encore moins s’arrêter en une place, mais marcher toujours le plus droit qu’il peut vers un même côté”. 

Ce voyageur égaré, c’est Descartes lui-même qui tente d’élaborer une méthode pour bien penser, pour éviter l’erreur et fonder avec certitude des opinions vraies, et puis, ce voyageur égaré, c’est moi aussi, errant dans la forêt non pas des opinions fausses mais de mes goûts douteux. 

Faut-il alors que je marche tout droit moi aussi, tout droit au bout de mes programmes télé pour bien goûter et ne pas me tromper ? Mais alors jusqu’où ?
C’est tout le problème du goût, ou plutôt de mes non-goûts : parce qu’ils manquent de clarté et de distinction, ils seraient devenus mauvais. 

Mais je me demande : faut-il forcément fonder, justifier, défendre et savoir partager ses propres goûts et en rendre des jugements ? Faut-il forcément se faire le critique de ce que l’on goûte ou ressent ? Là aussi, je dois dire que je suis désorientée...

Ce contenu fait partie de la sélection
Le Fil CultureUne sélection de l'actualité culturelle et des idées  Voir toute la sélection  
Chroniques
8H55
2 min
À quoi rêvez-vous ?
À quoi pensez-vous, Alexandre Mazzia ?
L'équipe
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......